
PISTES :
1. Outro - A Striving After Wind
(3:25)
2. Am I Really Here? (9:30)
3. Faded (1:51)
4. One Step Further (14:25)
5. The Weight Of The Wind (9:16)
6. Access (1:26)
7. Discussed (8:05)
8. Naivety (2:01)
9. Run (7:15)
10. Denied (16:41)
FORMATION :
Udo Gerhards
(piano, orgue, synthétiseurs, chœurs)
Ingo Roden
(basse)
Thomas Thielen
(chant, guitares, claviers, orgue)
Martin Walter
(batterie)
INVITÉE :
Verena Buchholz
(flûtes)
SCYTHE
"Divorced Land"
Allemagne - 2001
Galileo - 73:57
Commençons par évacuer deux problèmes. Le premier étant évidemment : comment diable prononcer le nom de ce groupe ? La résolution de ce casse-tête faillit monopoliser l'ordre du jour d'une récente conférence de rédaction (quelques propositions : «skitt», «skaïtt», «cité»...), jusqu'à ce qu'un membre éminent de notre équipe ait l'idée lumineuse... d'ouvrir un dictionnaire. Réponse : «scythe» désigne une faux, et se prononce «saïth», avec le «th» à l'anglaise, la langue collée aux dents du haut...
Deuxième problème : la nationalité de ce fameux Scythe. Avouons qu'à l'exception des fanas de prog-metal, peu nombreux sont parmi nous ceux qui s'enthousiasment spontanément à l'idée de découvrir un nouveau groupe allemand. Le temps où le progressif allemand se déclinait sur le mode planant, voire symphonique, sous l'égide de formations mythiques comme Grobschnitt ou Eloy, paraît aujourd'hui bien lointain.
Aussi y a-t-il tout lieu de se réjouir de découvrir, une fois Divorced Land englouti par sa platine CD, une musique qui contredit résolument tous ces clichés. Ceux-là, et les autres aussi, d'ailleurs. Difficilement assimilable à l'un ou l'autre des courants du progressif actuel, mais située plutôt à la croisée de styles que l'on n'a guère l'habitude de voir cohabiter, cette musique illustre de manière éloquente et convaincante un melting-pot d'influences qui, sur papier, ressemblait plutôt à un classement de fin d'année du camarade Davenas : la liste citée par le groupe fait en effet cohabiter King Crimson, Frank Zappa, Genesis, Magma, Yes, Présent, Marillion ou les Beatles... Tout cela mélangé, c'est soit une catastrophe totale, soit la découverte de l'année !
Le bilan sera évidemment plus nuancé, quoique très largement positif. Au chapitre des qualités, on retiendra bien sûr cette capacité à intégrer les ingrédients musicaux les plus divers sans nuire à la cohérence globale des compositions et de l'album. Cette capacité repose en grande partie sur une cohésion instrumentale bâtie sur plusieurs années de pratique commune (le bassiste excepté, les membres de Scythe jouent ensemble depuis 1994), et une réelle créativité au niveau des arrangements qui permet au quatuor, tout en empruntant à droite et à gauche, de dépasser le stade du pastiche pour s'approprier avec brio ces éléments disparates.
Cette ambition se traduit logiquement par des morceaux plutôt longs : en dehors de quatre plages de transition assez brèves, ils dépassent systématiquement les 7 minutes, pour culminer à deux reprises autour des 15 minutes. La production, assez léchée, met bien en valeur la variété des sons utilisés, qui fait écho à celle des styles visités. On passe ainsi d'un progressif aux accents guitaristiques crimsonniens à un symphonisme baroque et ténébreux à la Il Trono Dei Ricordi, en passant par de jubilatoires escapades du côté du jazz-rock (le solo de piano Fender de «Run»). Mais l'ensemble demeure accessible grâce à une évidence mélodique qui rapproche également Scythe d'un néo-prog moderne et ambitieux (celui du IQ actuel, voire de Collage), sans toutefois en reproduire les carcans.
Le chant, tenu par le guitariste Thomas Thielen, s'avère inégal selon les morceaux, tantôt passionné et touchant à la manière d'un Matthew Parmenter (Discipline), tantôt irritant par le recours un peu trop fréquent au falsetto (qui évoque pour sa part le Fish des débuts de Marillion, mais ce dernier savait ne pas en abuser) qui trahit ses limites vocales. Quoi qu'il en soit, on peut se rattraper avec de généreuses envolées instrumentales, qui permettent en particulier au claviériste Udo Gerhards de montrer toute l'étendue de son talent.
Quatrième découverte du label suisse Galileo, qui effectue décidément un beau parcours après nous avoir révélé Xang, Metaphor et Forgotten Suns, Scythe semble assurément promis à un avenir radieux. Le temps ne peut en effet que jouer en la faveur de ces quatre instrumentistes accomplis, compositeurs de talent, auxquels il ne manque finalement qu'un peu de bouteille, discographiquement parlant, pour devenir une formation réellement incontournable. Et, pourquoi pas, redonner à l'Allemagne la place qui était autrefois la sienne sur l'échiquier progressif international.
Aymeric LEROY
(chronique parue dans Big Bang n°39 - Mai 2001)

