BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. Selaou (10:17)
2. Dornskrid (3:10)
3. Sovajed a-feson (6:02)
4. Naer ar galloud (6:49)
5. Hybr'Ys (9:35)
6. Kan Kêr'Ys (6:25)
7. Liñvadenn (5:03)
8. Tad ha Mamm (8:02)
9. Enora ha Maël (4:40)
10. Mall eo monet da Ys (8:50)

FORMATION :

Bleunwenn

(chant)

Gwendall Mével

(flûte)

Claude Mignon

(guitares électrique et acoustique, claviers)

Gérard Le Dortz

(concept, design, paroles)

Konan Mével

(uillean pipes)

Farid Aït Siameur

(chant)

Gurvan Mével

(batterie, percussions)

Olivier Carole

(basse)

Gwenhaël Mével

(trombone, flûte)

Cyril Froger

(chant)

Thierry Chassang

(enregistrement, mixage, mastering)

Bagad Penhars

SEVEN REIZH

"Strinkadenn Ys"

France - 2001

Autoprod. - 76:53

 

 

Quelle surprise que cet album venu de Bretagne ! Si depuis quelques années, avec l'éclosion d'une nouvelle vague de groupes, la mouvance progressive française connaît un nouveau souffle, avec Seven Reizh, elle voit bel et bien naître aujourd'hui une formation à l'envergure de leader, qui manque en fait depuis longtemps à sa dynamique. En effet, ce groupe a tout pour rassembler, et il montre tant d'énergie a vouloir convaincre qu il faudrait être de bien mauvaise foi pour lui résister...

Voyons donc de plus près à quoi ressemble ce Strinkadenn Ys. Tout d'abord, ça crève les yeux, le format matériel de l'album (20 x 25cm) est pour le moins inhabituel. Ce n'est certes pas la taille d'une pochette de 33, mais ça a une autre gueule qu'un boîtier de CD, fût-il digipack !! Mieux encore, il ne s'agit pas seulement d'un coffret abritant le disque, mais carrément d'un livre de 50 pages superbement illustrées et contant, en français comme en breton, l'histoire sur laquelle est basée la musique.

Évidemment, on ne peut s'empêcher de mesurer les risques encourus par le petit nouveau dans une mouvance où le public est déjà bien restreint, et avant même la première écoute le groupe a déjà gagné notre respect. Courage ou inconscience... Toujours est-il que c'est précisément de ce genre d'initiative que nous avons besoin pour secouer l'immobilisme de la scène musicale...

Ceci dit, bien que l'objet mette dans les meilleures dispositions, il ne sera besoin d'aucune indulgence pour juger de son contenu. L'introduction déroute certes un peu, dans la mesure où elle balaye d'emblée l'attente d'une musique teintée de folklore celtique, nous proposant à l'inverse, une courte entrée en matière façon néo-prog (de type Jadis pour être plus précis).

Si l'on retrouve sur l'album d'autres traces de cette approche, elle n'en est pas pour autant révélatrice du style dominant adopté. La bombarde, dans ce contexte, fait alors vite glisser «Selaou» (10:17) vers un propos plus caractéristique, et par la suite plus posé, où les vocaux vont se révéler un atout de choc. Sur un fond très Floydien, Bleunwenn (connue des fans de Tri Yann) nous dévoile alors un chant féminin d'une incroyable pureté, qualité que le jeu de guitare de Claude Mignon saura reprendre à son compte pour conclure le morceau.

Voilà, le décor est planté. Mais il manque à cette description un élément déterminant qui donne à l'album son unité et son originalité : excepté un passage en kabyle, tout y est chanté en breton ! Il convient dés lors de prendre à nouveau la mesure de cet album. La lecture du livre nous avait déjà mis sur la piste. Il s'agit bien plus qu'un simple concept-album : d'un véritable opéra qu'il serait un peu réducteur de qualifier rock. Gérard Le Dortz, concepteur et parolier, tenait avec force à ce que celui-ci soit réalisé dans cette langue régionale dont la musicalité n'est plus à démontrer. Aussi ce choix appliqué à ce type de musique s'avère totalement inédit pour une œuvre de cette dimension. Le breton est en effet habituellement associé à la musique traditionnelle, et s'il fut un temps (les années 70 évidemment) où Alan Stivell, entre autres, n'hésitait pas à inscrire sa musique (en le déclarant publiquement) dans le champ progressif, force est de reconnaître que cette noble intention restait fortement ancrée aux considérations traditionalistes.

Aujourd'hui, et ce maintenant depuis plusieurs années, les musiques celtiques connaissent un succès médiatique et public sans précédent. Pourtant, Seven Reizh ne s'inscrit pas dans ce registre. Personne ne pourra lui reprocher un quelconque opportunisme. En renonçant totalement à l'élément traditionnel, Claude Mignon a choisi de reprendre les choses là où Stivell avait pu les laisser au lendemain de sa Symphonie Celtique : autrement dit créer une musique libre de toutes contraintes, et par là même en adéquation directe avec la sensibilité de son époque. En lui associant un chant breton, il exprime dès lors clairement le souhait que cette langue évolue avec son temps.

On avait bien déjà tenté de marier des consonances celtiques à une multitude de genres musicaux. Mais personne n'a eu l'idée de briser la plus grande partie des conventions folkloriques pour faire rimer celtisme breton avec liberté. Et en matière de liberté, lorsque l'on reste soucieux de son public (pour ne pas créer d'amalgame avec le terme 'free'), on n'est déjà pas très loin de l'ambition progressive...

Encore faut-il avoir les moyens de cette ambition... C'est là où Seven Reizh pouvait être attendu au tournant. Et, à notre grande surprise, le groupe se montre à la hauteur de l'enjeu. Tout au long de son album il se montre apte à coller au plus près de la quête initiatique développée par les textes. L'adéquation est on ne peut plus parfaite.

Musicalement, au gré des différents morceaux, Seven Reizh évoquera forcément aux plus éclectiques d'entre nous aussi bien le Marillion des premiers albums, pour le celtisme involontaire de certaines mélodies, que Pink Floyd pour le côté planant, ou Mike Oldfield, aussi bien pour le celtisme précédemment évoqué que pour la fluidité, la pureté et le lyrisme mélodique de la guitare tenue, comme les claviers d'ailleurs, par Claude Mignon. On notera aussi dans le dernier morceau, «Mall eo monet da Ys» (8:50), une forte similitude avec la section instrumentale du «Abacab» de Genesis. Mais, au-delà de ces références qui situent clairement le propos des Bretons vers des territoires que nous ne pouvons qu'apprécier, le groupe a surtout le mérite d'avoir trouvé une unité à partir d'une indéniable originalité.

Encore une fois, le chant n'y est pas étranger. L'expression de la quête initiatique évoquée par les paroles comme les textes du livre trouvent, par la voix de Bleunwenn et de Farid Aït Siameur, une forme inespérée proche dans l'esprit du Dunwich (rappelons qu'il s'agit de l'un des tout meilleurs groupes italiens) le plus lumineux débarrassé de ses extrêmes (le côté classique, traditionnel ou heavy).

On ne peut d'autre part négliger, parmi les particularités de Seven Reizh, l'apport indéniable des instruments traditionnels (dans un contexte qui ne l'est pas) tenus par les quatre frères Mével (qui nous viennent tout droit le l'excellent et défunt Kad, déjà fortement orienté prog), et du bagad Penhars pour la seule séquence qu'on puisse vraiment qualifier de folklorique. La constance mélodique, sans se départir de l'ambitieuse sophistication, a l'avantage de séduire dès la première écoute, ce qui, n'en doutons pas, aura l'avantage de ratisser large (cette remarque n'a rien de péjoratif - au contraire, dans la mesure où elle n'impose en aucune façon une adhésion aux schémas commerciaux). Et au-delà d'une vingtaine d'écoutes, je peux vous garantir que les compositions tiennent vraiment la route, les mélodies conservant leur puissance sur la base d'une interprétation et d'arrangements de première classe.

Enfin, pour les plus dubitatifs qui en ont vu d'autres démarrer ainsi en trombe et baisser pavillon sitôt perçu l'obstacle médiatique (et par là même financier) signalons que l'ambition de Seven Reizh ne s'arrête pas là, et qu'il inscrit Strinkadenn Ys dans une trilogie dont on attend déjà avec avidité le second volet (le parallélisme s'impose avec le brillant Heretik de Nathan Mahl, qui prévoit lui aussi deux autres volumes).

Puisse Seven Reizh ne pas se départir de l'indépendance qu'il s'est fixé : c'est certainement, au départ, un handicap, mais c'est là aussi une réelle chance à saisir de se distinguer.

En traînant sur le Net, on constate qu'à son propos personne n'évoque le terme progressif, tout en lui reconnaissant un côté novateur. Il est compréhensible que les Bretons se montrent discrets à ce sujet, ils n'ont aucun intérêt à compromettre leurs chances de promotion. Mais il est vrai d'un autre côté, qu'on aimerait beaucoup les voir porter très haut le drapeau. Soyons patients, il y a un temps pour tout... Pour l'instant, le temps est à la musique, sachons l'apprécier à sa juste valeur, et lui assurer la plus grande diffusion.

Laurent MÉTAYER

Entretien avec Claude MIGNON & Gérard LE DORTZ :

Que signifient le nom du groupe et le titre de l'album ?

Gérard : Seven Reizh est un jeu de mot en breton, «seven» signifiant «poli, convenable», et «reizh» signifiant «droit, juste», «équilatéral» mais aussi «sexe»... Le tout pouvant se traduire «sexuellement correct» ou «poliment sexuel» etc. Mais comme vous pouvez l'Imaginer, cette expression à tiroirs permet tous les euphémismes... «Strinkadenn» veut dire éclaboussures, jaillissement ou éjaculation (!), etc. «Strinkadenn'Ys» est ce qui reste à Enora après ses rêves, des éclaboussures, des bribes de qu'elle voudrait que sa vie soit. Ys est la ville de toutes les harmonies, de toutes les confluences, elle est située en Bretagne mais elle pourrait être en Équateur ou au Japon... (Il y a évidemment une connotation sexuelle ou psychanalytique derrière tout cela... «Strinkadenn» peut être lu à plusieurs niveaux, pas du tout ou pour le plaisir...)

Pourquoi avoir laissé mystérieuse la fonction de certains musiciens, certains étant même présentés par des photos où ils sont encore enfants ?

Claude : En fait, les deux seuls personnages restés mystérieux, puisque représentés par leur photo enfant, sont Gérard et moi (quoique la fonction de Gérard peut être comprise, puisqu'il tient un crayon...). Je pense que le mystère, le questionnement, la vision de l'enfance... sont très présents dans l'écriture aussi bien littéraire que musicale du disque, alors c'est une Interrogation supplémentaire... D'autres raisons nous ont amenés à faire ce choix. Tout d'abord, en tant que créateurs du projet, nous voulions nous démarquer, Gérard et moi, des autres musiciens présents sur l'album. Pour plus de précisions, Gérard a écrit les textes, créé l'univers visuel, et moi composé la musique. C'est dans un travail très fusionnel et de concertation entre le texte et la musique que nous avons conçu ce disque. Enfin, se lancer dans cette aventure, pour nous qui adorons la musique (c'est un euphémisme !!), est un peu comme une renaissance, d'où notre représentation en tant qu'enfants...

Par rapport à Kad, dont on retrouve la plupart des musiciens à vos côtés, Seven Reizh se montre franchement engagé dans la voix progressive, est-ce un choix délibéré aussi déterminé que la volonté de lier les mots et la musique ?

Gérard : Kad et Seven Reizh sont deux groupes assez différents du point de vue musical, même si nous sommes tout deux bretons. Kad a une approche plus jazzy, alors que nous, même si nous écoutons toutes sortes de musiques et qu'il faut parfois classer les genres, je dirais que nous restons devant l'éternel de grands progsters...

Claude : Avant de connaître les musiciens de Kadwaladyr, nous faisions partie de ceux qui appréciaient beaucoup leur musique. Leur premier album, The Last Hero, fut pour nous un vrai choc... Nous les avons rencontrés plusieurs fois après leur concert (toujours mémorables), et les hasards de la vie nous ont fait devenir amis. Ils ont tous beaucoup donné d'eux même pour Strinkadenn, notamment Gurvan, qui a travaillé d'arrache-pied pendant six mois. Gwendal, qui est prof de breton, a fait un travail énorme de traduction et d'adaptation, et il faut rajouter qu'il joue de la flûte traversière sur «Tad Ha Mamm». Tous ont génialement bossé sur le disque... Et par dessus tout, il y a Bleunwenn, qui traverse l'album de part en part, ajoutant sa magie à chaque moment ou elle chante. Ceci dit, la culture musicale que nous avons, Gérard et moi, est bien sûr d'abord «progressive» (même si je pense comme beaucoup que ce terme ne veut plus dire grand-chose aujourd'hui), mais nous ne voulons aucunement nous enfermer dans ces vocables restrictifs, ce serait alors «régresser» au lieu de «progresser»...

Quelles sont vos influences ?

Claude : Bien sûr, je suis traversé par de multiples influences, même si je n'aime pas ce terme, qui a un sens, pour moi, trop proche de soumission ou de pression extérieure. Je préfère le terme de «résonance» qui, au-delà de son sens musical, exprime mieux le lien existant entre ce que nous recevons de l'extérieur et ce que nous sommes à l'intérieur... Je dirais alors que l'universalité de Pink Floyd, la sensibilité d'Andy Latimer, la magnificence de Genesis (avant 1980), la positivité de Yes (avant 1980 aussi...), le génie d'Oldfleld, mais aussi la finesse de Pat Metheny, l'ouverture d'esprit de Stivell, le chaos de King Crimson, les voix de Lorena Mac Kennitt, Sinead O'Connor, Mary Fahl (October Project), Toris Amos ou Kate Bush me touchent... Bien sûr, je suis loin d'être exhaustif, car j'aurais pu y ajouter quelques disques de musique classique ou de multiples groupes de la scène dite 'progressive' actuelle... J'ai besoin tout d'abord d'être touché émotionnellement par ce que j'entend et j'espère que ceux qui écouteront Strinkadenn le seront aussi... Nourri de toutes ces résonances et imprégné du texte de Gérard, j'ai pu alors composer la musique de Strinkadenn. Cette histoire, compte tenu des émotions et des images qui s'y dégagent m'a permis de m'exprimer comme dans un scénario de film...

Gérard : Ouah ! Y cause bien, le m'sieur, hein ?... Ouais !... Donc, à partir de cette matière première, nous avons élaboré une maquette avec l'aide de Bleunwenn. Elle nous a génialement aidé pour la mise en place du chant en breton. Dès les premières notes, nous savions que l'album sonnerait - grâce à elle. Mais un travail herculéen restait à faire, et à ce moment, la grande surprise fut d'obtenir sans difficulté la participation des frères Mével (Gwendal, Konan, Gurvan, Gwenhaël). Gwendal a travaillé avec moi toutes les traductions, et ce ne fut pas une mince affaire, notamment pour l'adaptation des chants. Ensuite Gurvan, «the best drummer in Brittany», a fait un travail sublime de réécriture de la batterie et des percus, puis, à la suite d'anecdotes étonnantes et trop longues à expliquer ici, est venu Olivier Carole, notre magnifique bassiste.

J'ai proposé à Farid, que je connaissais par ailleurs pour avoir fait les pochettes des CD de Taÿfa (superbe groupe kabylo-breton), d'interpréter quelques morceaux qui correspondaient à l'histoire. C'était un défi pour lui, chanteur kabyle, d'essayer le chant breton. Il a aussi traduit le texte final de «Linvadenn» en kabyle. Le Bagad Penhars (Quimper), à qui nous avons soumis le projet, accepta tout de suite de participer, Claude à fourni à Jean-Yves Herlédan (pennsoner : chef d'orchestre) les partitions de «Kan Ker"Ys», en lui laissant carte blanche pour les arrangements. Jean-Yves savait seulement que ce final correspondait dans l'histoire à l'apogée de la cité, entre joie et inquiétude...

Et pour finir, nous avons rencontré Thierry Chassang, de Master Studio, qui s'est enthousiasmé pour Strinkadenn, et a géré l'enregistrement de tout ce beau monde avec une rigueur devenue légendaire pour nous...

Avez-vous conscience des risques que vous prenez en associant des options musicales rejetées par les médias à un investissement conséquent au niveau de l'objet proposé ? Précisons que nous saluons évidemment un tel courage artistique...

Claude : Nous ne vivons pas de la musique, Gérard est graphiste à Kemper, et moi je suis éducateur spécialisé près du Mans. Nous n'attendons pas de la musique qu'elle nous fasse vivre. Nous sommes par conséquent complètement hors de toutes pressions commerciales. Nous nous sommes donc offert le luxe d'aller jusqu'au bout de notre rêve, tant au niveau de la musique que de l'objet dans son ensemble, que nous avons voulu le plus proche possible des 33 tours d'antan...

Gérard : Nous ne nous faisons pas d'illusions sur Strinkadenn du point de vue économique. Notre but est d'abord de rembourser notre mise de départ - grâce à votre accueil, nous avons peut être des chances... reste encore le DVD à faire... !! Au début, il s'agissait pour Claude et moi d'assouvir notre passion pour la musique. Nous souhaitions retrouver dans Strinkadenn le plaisir que nous avions adolescents, quand nous achetions des disques miraculeux comme Thick as a Brick, The Lamb Lies Down... ou surtout The Wall. Ces albums nous comblaient, parce qu'ils avaient une démarche intellectuelle, musicale et visuelle. Il me semble que tous ces éléments sont liés : la musique doit exprimer l'indicible, le chant sonner comme un instrument, et l'univers visuel inviter au voyage... On mélange le tout et on prend son pied !...

Connaissez-vous la sphère progressive actuelle, notamment en France, où Seven Reizh pourrait à l'évidence faire figure de locomotive ?

Claude : Nous sommes surpris et prenons comme un très beau compliment que vous puissiez penser cela (smack !!). Ce que nous pouvons d'ores et déjà dire, c'est que l'accueil réservé à Strinkadenn est incroyable, aussi bien par les critiques de magazines spécialisés tel Big Bang que par les journaux et publications 'conventionnelles'. Il nous semble qu'un public est en attente de ce genre de musique (le prog n'est pas mort, vive le prog !...) et nous en sommes très fiers. Nous espérons que cet accueil se confirmera dans les semaines qui viennent, ce qui nous permettrait d'envisager l'avenir d'Enora plus sereinement, et de continuer l'aventure pour finir cette trilogie... Par ailleurs, concernant les groupes français, nous avons particulièrement apprécié le disque d'Iris, Crossing the Desert. Nous sommes également attentifs à ce que peuvent faire des groupes comme XII Alfonso (avec notre cher Quimpérois Dan Ar Braz) ou Priam, que nous avions vus à Corbigny en 1998. Nous apprécions également beaucoup des artistes comme Geoffrey Oryema, qui à été accompagné longtemps par le grand Jean-Pierre Alarcen et, pour l'anecdote, qui est accompagné et produit maintenant par Rupert Hine, grand 'progster' s'il en est. N'oublions pas non plus le génial Alan Stivell, Dan Ar Braz, ainsi que des groupes comme Taÿfa (avec Farid), Gwendal et Mugar, qui apportent beaucoup de fraîcheur et d'inventivité dans leur musique... Ouah ! J'arrête, j'en peux plus...

Avez-vous le sentiment d'évoluer dans la 'sphère celtique' qui connaît depuis quelques années un regain d'intérêt, ou au contraire souhaitez-vous vous en dégager pour mieux éprouver votre liberté d'expression ?

Gérard : Nous sommes bretons et fiers de l'être, mais ce postulat n'a d'intérêt que s'il permet de partager avec les autres, quelle que soit leur nationalité. Il faut donc, à mon sens, développer ses propres racines en les nourrissant d'échanges et de frottements... J'espère que nous faisons aujourd'hui la musique traditionnelle de demain. Pour moi, la musique n'a pas de frontières. Je ne comprends pas bien les étiquettes, même s'il faut bien nommer les choses. La 'sphère celtique', comme vous dites, est très riche musicalement, c'est vrai, mais elle ne se suffît pas à elle-même. Il faut qu'elle rayonne, mais aussi qu'elle reçoive toutes les influences, pour vivre et «progresser». La liberté d'expression, nous l'avons, que nous fassions de la musique bretonne ou progressive... Ce qui compte, c'est qu'elle "sonne" et communique des émotions à un maximum de gens...

Claude : Étant d'illustres inconnus, nous ne nous sentons inclus dans aucune sphère, et donc notre liberté d'expression est totale. La volonté d'utiliser par moments des instruments bretons dans notre musique est liée à notre cœur, à nos racines. La langue bretonne est très belle et très imagée, elle nous a permis de sortir du moule uniformisateur anglo/américain et de proposer une musique aux couleurs d'Armorique ouverte sur le monde...

Seven Reizh a-t-il déjà donné des concerts ? Si oui, où, et quel fut l'écho rencontré ? Sinon comptez-vous le faire ?

Claude : Seven Reizh n'a pour l'instant pas donné de concerts. Ce n'est pas actuellement notre objectif. De tels concerts demanderaient beaucoup de musiciens sur scène, et donc un investissement financier que nous ne pouvons assurer. Ceci reste encore un rêve, et nous sortons à peine du premier, celui d'être allé au bout du premier des trois disques prévus... Les projets immédiats restent donc l'écriture du deuxième album, dont plusieurs morceaux sont déjà en gestation. Nous aimerions également perfectionner notre site Internet et... soyons fous... si on en avait les moyens, faire un DVD de Strinkadenn, avec mise en scène, images 3D et tout et tout !!... Ach... Guel bié !... Si d'autres fous nous entendent : «is anybody out there ?»...

(chronique et entretien parus dans Big Bang n°39 - Mai 2001)