BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. The Dance Of Fools (7:31)
2. Darktown (9:12)
3. Mystified (7:07)
4. Questions At Hand (6:56)
5. The Final Hour (4:15)
6. Say Goodbye To The Morning (6:43)
7. The Queen Of The City Of Ice (17:22)

FORMATION :

Brendt Allman

(guitares électrique et acoustique, chant)

Mike Baker

(chant)

Carl Cadden-James

(basse, chant, flûte, basse fretless)

Chris Ingles

(piano, claviers)

INVITÉS

Ben Timely
(batterie, percussions)

John Cooney
(percussions)

Lianne Himmelwright
(chœurs)

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PISTES :

1. Cliffhanger (8:41)
2. Untitled #1 (0:40)
3. Crystalline Dream (5:44)
4. Untitled #2 (0:43)
5. Don't Ever Cry Just Remember (6:29)
6. Untitled #3 (1:03)
7. Warcry (5:59)
8. Celtic Princess (2:05)
9. Deeper Than Life (4:32)
10. Untitled #4 (0:18)
11. Alaska (5:18)
12. Untitled #5 (0:18)
13. Ghostship (19:84)
14. Untitled #6 (7:24)

FORMATION :

Brent Allman

(guitares, chant)

Carl Cadden-James

(basse, flûte, chant)

Mike Baker

(chant)

Gary Wehrkamp

(piano, guitare, synthétiseur, chant)

Chris Ingles

(synthétiseur, piano)

Kevin Soffera

(batterie)

SHADOW GALLERY

"Shadow Gallery"

États-Unis - 1992 - Magna Carta - 59:06

"Carved In Stone"

1995 - Magna Carta - 61:04

 

 

L'expression 'hard-progressif américain' ressemble à un pléonasme, tant ce pays regorge de formations attirées par ce courant musical. Il faut dire que la culture 'heavy-metal' aux États-Unis est très répandue, et bénéficie d'un succès sans équivalent de par le monde. Alors, lorsqu'un groupe veut faire une musique plus ambitieuse, il la colore d'influences rudes et violentes, c'est dans les gênes !

Shadow Gallery est l'exemple type de ces formations : le savant mariage du hard-rock et d'influences plus symphoniques.

Tout commence dans une petite bourgade de Pennsylvanie au milieu des années 80, lorsqu'à la fin de leurs études, Chris Ingles (claviers), Carl Cadden-James (basse, flûte et chant) et Mike Baker (chant) décident de créer un groupe. En 1988, ils sont rejoints par Brendt Allman (guitare et chant), originaire de Dallas. Tous ont une formation musicale classique poussée, et Carl est de plus diplômé en électronique et technique du son : c'est donc lui qui s'occupera de l'enregistrement et de la production des albums.

Après plusieurs années axées sur la composition et les répétitions d'un répertoire original, le groupe se lance dans l'aventure d'un premier album, qui sort à l'automne 1992. D'emblée, les critiques s'enflamment et ne tarissent pas d'éloges sur le groupe. Il est vrai que les qualités de Shadow Gallery sont nombreuses, et qu'on sent poindre un talent propre à renouveler un genre qui n'en est pourtant qu'à ses débuts.

Toutefois, un gros défaut nuit à cet album : sa qualité sonore. Manque de moyens, inexpérience, la production laisse fortement à désirer, surtout pour la partie rythmique; celle-ci n'est par ailleurs assurée que pour moitié par le groupe, puisque le batteur présent sur l'album est un invité, Ben Timely, dont le jeu trop brutal gâche certaines des sections les plus dynamiques.

En dépit de ces réserves, à ne toutefois pas négliger, l'inspiration du quatuor est déjà d'un haut niveau. S'y côtoient des séquences fortement teintées de classique (le piano omniprésent) et d'autres célébrant un heavy-metal pur et dur (la guitare échevelée, parfois jusqu'à la démonstration de dextérité). La large palette d'influences du groupe (de Rush à Bach, dont Ingles est un grand amateur, en passant par Jethro Tull, Kansas, Kate Bush, Queen - à qui l'épique morceau de clôture de l'album est d'ailleurs dédié -, etc...) est bien assimilée : Shadow Gallery n'est le clone d'aucun autre groupe.

L'une des qualités les plus remarquables de Shadow Gallery est cette capacité à développer des harmonies vocales riches et aux mélodies épurées, loin de la complexité d'un Gentle Giant ou d'un Echolyn : le trio de vocalistes du groupe tendrait plutôt vers du Yes, ou plus proche encore, It Bites.

Ce travail vocal est superbe dès le premier titre ("Dance Of Fools"), mais le point culminant est bien sûr "The Queen Of The City Of Ice" (17:22), longue suite baignée pour sa quasi-totalité d'une douceur alanguie (seules 3 minutes sont instrumentalement très nerveuses), où la profusion d'effets vocaux (récit, chant, vocalises, voix féminine) fait merveille. Malgré une fin qui tire en longueur, on en redemanderait presque ! Mike Baker est un excellent chanteur, et sa voix (parfois maniérée à la Axl Rose de Guns & Roses) possédant une large palette de timbres (à aucun moment il n'est vulgairement braillard !), n'est pas le moindre intérêt de Shadow Gallery.

Plus musicalement cette fois, j'en terminerai avec quelques appréciations sur les six autres morceaux de l'album, plus ou moins remarquables : le final 'en accéléré' de "The Dance Of Fools" (7:31), l'équilibre entre parties calmes et plus 'heavy' de "Darktown" (9:12) - hélas gâché par une conclusion au goût d'inachevé -, la belle ballade "Mystified" (7:07), un peu emphatique dans les claviers, le tonitruant "Questions At Hand" (6:56), mené à un train d'enfer, et enfin les plus conventionnels "The Final Hour" et "Say Goodbye To The Morning", chansons à la limite du hard-FM.

Un premier album déjà riche en qualités, qui appelait donc fortement un successeur, plus mûri, corrigé des erreurs du passé, et encore plus personnel.

Après un an d'enregistrement, cet album attendu sort enfin. Plus que la manifestation d'une prétention sans borne, son titre ("gravé dans la pierre") symbolise bien le sentiment final que nous laisse son audition. Il y a bien de ci de là quelques défauts, mais dans son genre, c'est une réussite remarquable qui fera date.

D'abord, on reste impressionné par sa durée (1 heure 10) et sa construction, où tous les morceaux sont reliés entre eux par des ponts sonores très courts (environ une minute), joués au piano et synthétiseurs. Ensuite, on applaudit à la qualité de la production, qui donne à la musique toute l'ampleur qu'elle mérite.

Et puis, il y a les nouveaux membres du groupe : Kevin Soffera à la batterie, et Gary Wehrkamp aux claviers, guitare et chant, et ceux-ci ne sont certainement pas étrangers aux progrès accomplis. Je soupçonne ce dernier notamment d'avoir réussi à augmenter la place des claviers, dont la rivalité avec les guitares (puisque ce prodige en joue aussi) est plus équitable que par le passé. Enfin, il reste à savourer les compositions.

"Cliffhanger" (8:50) démarre sur une somptueuse intro au piano et guitare acoustique. D'emblée, on retrouve ce style majestueux, un peu pompeux diront certains. Le morceau s'envole avec la guitare électrique, le rythme est tendu, et la voix toujours aussi magnifique de Mike Baker apparaît. Les duels guitares-claviers rivalisent de rapidité tout en restant très mélodiques.

"Crystalline Dream" (5:45) s'enchaîne (vous me direz, tout s'enchaîne !) après un break abrupt; le refrain vocal est splendide, tandis qu'une nouvelle fois les parties instrumentales délivrent une 'pêche' incroyable.

"Don't Ever Cry, Just Remember" (6:25), plus intimiste (chant, piano), nous propose une belle envolée lyrique, avec un très beau passage de flûte, des claviers symphoniques et une guitare au son 'heavy' mais fluide : l'un des meilleurs morceaux de Carved In Stone, s'il me fallait choisir.

"Warcry" (5:56) inaugure un jeu de claviers très délié, très "chantant", avant que la guitare n'accélère encore le rythme (et là, la batterie est un peu limite, il faut le dire), ou que les claviers rejaillissent plus pompeux que jamais...

"Celtic Princess" (2:04) est le seul des nombreux intermèdes du CD à être mentionné dans le livret : un court duo piano/guitare acoustique qui ne cesse de jouer sur le temps/contre-temps. Pour brouiller les cartes, "Deeper Than Life" fait retomber le niveau. C'est le titre le plus hard et le moins nuancé : le bémol qui fausse la perfection ?

Heureusement, "Alaska" (5:21) revient à des rivages plus calmes, où l'on retrouve la flûte, le piano, la guitare acoustique (avec ce jeu en arpèges qui, depuis le premier album, est l'une des marques de fabrique du groupe) et de très belles harmonies vocales comme eux seuls en ont le secret.

Enfin, "Ghostship" (21:56) est une épopée en sept parties, et tout ce que je vous dirai, c'est qu'elle contient sans doute tout le meilleur de Shadow Gallery, tel que je vous l'ai évoqué par ailleurs, et s'avère le sommet de l'œuvre du groupe à ce jour. Avec un morceau d'une telle durée, il n'y a plus de limites à l'expression, plus de retenue, les musiciens s'aventurent dans de nouvelles directions (voix déformée, introduction de bruitages, percussions électroniques...). Le final est grandiloquent à souhait. Sans aucun doute, ce titre est un pilier monumental de leur œuvre.

Avec Carved In Stone, Shadow Gallery force désormais le respect : ce second album constitue sans doute ce que l'on peut espérer de mieux, et surtout de plus progressif, d'un genre dont certains aspects restent cependant de nature à rebuter une certaine frange du public 'prog'.

Christian AUPETIT

PS : Ce n'est pas fini. Le 20ème morceau, non mentionné dans les crédits, n'est pas un "gadget sonore" comme cela se pratique beaucoup ces temps-ci. Au contraire, cet "inédit" est une perle de plus, au style nouveau pour le groupe (un plaisir de Chris Ingles ou Gary Wehrkamp ?), synthétiseurs évoquant Vangelis et piano réminiscent du dernier Pink Floyd (!!), pleins de sensibilité. Une cerise sur le gâteau...

(chronique parue dans Big Bang n°13 - Septembre-Octobre 1995)