BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

CD 1 - Alya :
1. Sunset (3:08)
2. Lost Angels (6:19)
3. Time Trap (5:58
4. Alya (4:47)
5. The First Inquisition (6:06)
6. Sentence (6:10)
7. The Last Drink (7:29)
8. Babylon (6:17)
9. Open Skies (5:44)

CD 2 - The Last Summer :
1. Masks (7:03)
2. Dreaming In L.A. (10:00)
3. Love Warchild Of 64 (6:24)
4. Different Places (4:10)
5. The Play Of My Life (4:49)
6. Two Days Left (4:49)
7. Sparkles In The Dark (5:48)

FORMATION :

Lele Hofmann

(guitares, claviers)

Scandy

(basses, percussions)

Sandor Kwiatkowski

(images, paroles)

Giovanni Galfetti

(claviers)

Walter Calloni

(batterie)

Mario Krag

(guitares)

Noel McCalla

(chant)

INVITÉS :

Steve Rothery
(guitare solo [CD1 - 6])

Arjen Anthony Lucassen
(guitare solo [CD1 - 6])

SHAKARY

"Shakary 2006"

Suisse - 2006

SHK Records - 52:01/43:07

 

 

Shakary est désormais un groupe connu et bien implanté dans l'univers progressif, dont il a d'ailleurs par le passé largement été rendu compte dans nos colonnes (voir les n° 34 et 45). Le troisième album studio du combo doit justement paraître à l'automne, mais en attendant, ses leaders ont décidé de réenregistrer leurs deux précédentes réalisations, en ne conservant que les parties de batterie originelles. C'est donc un double album qu'ils proposent, le premier constitué d'une sélection d'un peu plus de la moitié du magnum opus Alya, initialement paru en 2000, et le second de la totalité de The Last Summer, sorti en 2002.

Le principal changement concerne en fait le chant : au lieu de deux chanteurs différents, nous avons droit à un seul titulaire, Noel McCalla, qui sera également le vocaliste du disque inédit à venir. L'homme est d'ailleurs loin d'être un inconnu, puisque avant d'être le chanteur du Manfred Mann Earth's Band, il avait enchanté les oreilles des plus accros de Genesis sur le premier album solo de Mike Rutherford, Small Creep's Day. Sa voix chaude et expressive, ajoutée à une diction extrêmement claire, constitue une indéniable amélioration, d'autant que la production est plus rutilante que jamais. Enfin, les musiciens ont tous réenregistrés leurs parties respectives, et de nouveaux arrangements ont été ajoutés, en particulier pour Alya. Cerise sur le gâteau, deux stars progressives ont été conviées à venir poser leur solo de guitare sur "Sentence" d'Alya : Arjen Anthony Lucassen et Steve Rothery, excusez du peu ! Certes, ils ne sont présents que sur un unique titre, mais leurs prestations, en plus d'être assez étendues, sont particulièrement réussies, chacune dans un style différent, Lucassen plus métallique, Rothery plus pointu et planant, mais tous deux avec le lyrisme dont ils sont coutumiers.

Quoi qu'il en soit, l'œuvre de Shakary ressort grandie de ce double album revisité, particulièrement Alya. Chaque composition possède en effet un potentiel mélodique extrêmement attractif, ce qui rend l'écoute de chaque disque passionnante, sans aucune longueur. Un certain équilibre est d'ailleurs observé entre la guitare et les claviers (l'instrumental "Sunset"), et la moelle mélodique est épaisse sur chaque titre, mariant emphase maîtrisée et émotion subtilement dosée, avec de nombreux soli, la guitare de Lele Hofmann, lyrique à souhait, évoquant fortement celle de Mike Oldfield, avec ses notes délicatement ciselées et légèrement tremblantes. De même, les claviers sont prolixes en soli, nettement moins que la guitare, mais avec de bons développements ("Open Skies" ou "Babylon" en particulier, ou les instrumentaux introductif et conclusif). Pour autant, les lignes vocales ne sont pas simplistes, et parviennent à équilibrer accessibilité et recherche progressive. En outre, les arrangements de violon, œuvres de Carlo Cantini, sont de toute beauté ("Time Trap", "Alya", "First Inquisition", "Last Drink" et "Open Skies"), un plus indéniable, tout comme la trompette sur l'instrumental "Open Skies" qui rend d'autant plus indispensable l'acquisition de ce double revisité. Ce qui est vrai pour Alya, véritablement transfiguré, l'est aussi pour The Last Summer, notablement amélioré. Initialement, ce second opus s'avérait plus léger et moins convaincant que le premier. Sans toujours égaler Alya, il est ici rehaussé d'un cran, avec des soli de guitare littéralement irrésistibles et quelques morceaux brillants (le long "Dreaming in L.A.", aux arrangements variés, en particulier).

Voilà donc un doublé recommandable aussi bien pour les mélomanes déjà convaincus de la qualité des deux albums de Shakary, qui y trouveront des plus values notables, que pour ceux (comme moi au départ !) qui ne connaissent pas encore ce groupe extrêmement talentueux, architecte d'un pont entre le progressif classique et le néo-prog le plus classieux.

Jean-Guillaume LANUQUE

(chronique parue dans Big Bang n°63 - Automne 2006)