BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. Leap Of Faith (3:46)
2. Weight Of The World (8:03)
3. The Colors In Between (4:41)
4. Hold Me (4:40)
5. A Way Outside (1:12)
6. A Way Inside (3:49)
7. Significance (3:34)
8. Taken Root (6:33)
9. The Weight Is On (0:59)
10. Take My Life (5:10)
11. For Every Loss (5:46)
12. Katherine (4:46)
13. A Lot Of Hope (4:49)
14. A Reason Why (0:48)
15. River To The Sea (4:47)

FORMATION :

Dan Merrill

(chant, guitare)

Jeff Miller

(piano, claviers, guitare, chant)

Buzz Taylor

(batterie, chant)

INVITÉS

Buck Dharma
(guitares)

Tony Levin
(basse)

John Helliwell
(saxophone)

Steve Rodby
(basse)

Hugh McDowell
(violoncelle)

Dave Stahl
(trompette)

SIMON APPLE

"River To The Sea"

États-Unis - 2005

Trunk - 65:18

 

 

Le premier album de Simon Apple, From The Toybox, paru en 1998, était passé en dehors des mailles du filet des chercheurs invétérés que sont les rédacteurs de Big Bang. Avec pas loin de six ans d'absence, ces américains nous reviennent ici avec un deuxième album dont, il faut bien l'avouer, personne ou presque n'attendait quoi que ce soit. Avec River To The Sea, les membres de Simon Apple nous ont concocté un plan marketing du feu de dieu. En effet, pour leur nouvelle réalisation, ceux-ci ont fait appel à une ribambelle d'invités tous aussi prestigieux les uns que les autres, leur assurant ainsi une attention toute particulière de la part de la presse spécialisée. Tenez-vous bien, car la liste est longue : Buck Dharma (Blue Oyster Cult), John Helliwell (Supertramp), Tony Levin (Peter Gabriel, King Crimson), Hugh McDowell (Electric Light Orchestra), Steve Rodby (Pat Metheny Group), Dave Stahl (Buddy Rich, Harry Connick Jr.) et Adam Ayan à la console (Rush, Phish, Eric Clapton, Bob Marley, Linkin Park, Bruce Springsteen, Dave Matthews, Counting Crows, Mariah Carey, etc.). Ce casting de rêve laisse bien évidemment songeur. Mais bien que ces noms soient gages de qualité, c'est à reculons que votre humble scribouillard s'est attelé au dur labeur que requiert l'élaboration d'une chronique objective.

Avant toute chose, laissez-moi vous conter la belle histoire de nos voisins d'Outre-Atlantique. A l'époque de From The Toybox, le groupe est composé de trois membres : Jeff Miller (guitares, claviers), Buzz Saylor (batterie, percussion), et John Feldmann (chant). Mais, privilégiant sa carrière de père de famille à la vie de bohème inhérente à tous musiciens respectables, Feldmann démissionne de l'entreprise pour laisser place à Dan Merrill qui assurera désormais toutes les parties vocales. C'est donc ragaillardis et plein d'entrain que les musiciens nous proposent ici le fruit de leur doux labeur, à savoir River To The Sea.

Les premières secondes d'écoute ne laissent entrevoir aucun doute, nous sommes bien là en terre Yankee. Que ce soit au niveau de la production, des mélodies ou encore de la virtuosité des musiciens, Simon Apple nous renvoie irrémédiablement vers d'autres de ses compatriotes avec qui nous avons déjà passé d'agréables moments, à savoir Spock's Beard, Izz ou encore Phish. Mais là où ses confrères se caractérisent par un goût prononcé pour la complexité et les breaks bien heureux, Simon Apple se la joue légèrement moins fougueux. Non pas que ceux-ci ne se frottent pas à quelques développements instrumentaux dont nous sommes tous adeptes, c'est simplement que le groupe évolue dans une sorte de pop progressive à l'américaine, une musique un peu moins ambitieuse donc. L'album est ainsi truffé de petites pépites propres à séduire de nombreuses radios voir même une pelleté d'auditeurs en soif de musique quelque peu différente de la soupe habituelle que leur recrachent les stations de la bande FM. Le propos est donc consensuel, la musique se voulant avant toute chose mélodique et sophistiquée. Si certains morceaux nous renvoient à une pop typiquement américaine, Simon Apple n'hésite pas à étirer son propos notamment sur «Weight Of The World» (8:15) et sur «Taken Root» (6:33). Sur ces morceaux, le groupe nous communique son penchant pour le jazz dans des échanges instrumentaux plein de feeling et superbement maîtrisés, et leur ouverture d'esprit nous emmènera même à la limite de la salsa, pour retomber ensuite sur un prog un peu plus classique. «A Way Inside» (4:06) fait quant à lui étonnamment penser à du Stevie Wonder, tandis que «Significance» (4 :14) et «Take My Life» (5:33) nous renvoient quant à eux à un Spock's Beard juvénile qui aurait donc conservé sa spontanéité.

L'album défile ainsi sans que l'on s'ennuie une seule fois. Frais et divertissant, cette musique se veut sans prétention et peut parfaitement s'écouter dans la voiture, la fenêtre ouverte, les lunettes de soleil posées nonchalamment sur la tête. River To The Sea est en quelque sorte un album de saison qui accompagnera à merveille vos sorties à la plage. Les américains possèdent juste ce qu'il faut de sophistication pour séduire les progsters adeptes de belles mélodies. Dans la catégorie de l'album le plus rafraîchissant de ce début d'été, Simon Apple remporte donc la palme haut la main.

Julien GOARNISSON

(chronique parue dans Big Bang n°58 - Été 2005)