
PISTES :
1. Hey!
2. Under The Seal
3. A Bedtime Story
4. Devonian Forest
5. Pilgrim's Progress
6. B.A.J.S. Radio
7. Kadazan
FORMATION :
Ola Johannson
(percussions)
Stefan Renström
(basse, guitares électrique et acoustique, flûte, claviers)
Nils Stenström
(guitare électrique, piano)
Daniel Fäldt
(chant)
SIMON SAYS
"Ceinwein"
Suède - 1995
Bishop Garden - 53:54
On ne peut que se réjouir de la vitalité actuelle de la scène progressive sur le plan mondial. Que ce soit des États-Unis, de l'Italie, du Brésil, et où sais-je encore, pas un mois ne passe sans que l'on voie apparaître de nouvelles formations prometteuses et talentueuses. La Suède n'échappe pas à cette frénésie créatice, ce pays en est même une figure de proue.
La dernière surprise en date est donc Simon Says, jeune formation de Stockholm née en 1993 sous la férule de Stefan Renström, bassiste échappé d'un autre groupe local, Egg. Associé à Kenneth Magnusson, membre du groupe The Moor (sorte de croisement entre Hawkwind, Porcupine Tree et Rush !) et jouant ici le rôle de producteur (plus quelques programmations et claviers additionnels), Renström conçoit et compose seul la musique d'un premier album, Ceinwen. Celui-ci est enregistré et publié un an plus tard sur un nouveau label suédois, Bishop Garden Records.
Le groupe se compose de Nils Stentröm à la guitare électrique et au piano, Daniel Fäldt au chant, Ola Johansson à la batterie, tandis que Renström joue, en plus de la basse, des guitares acoustique et électrique, de la flûte et des claviers (il y a en plus quelques nvité(e)s au chant et à la trompette).
Définir en quelques lignes la musique de Simon Says tient de le mission impossible : il y a trop de variété, trop d'influences différentes. Chaque morceau a sa couleur particulière, et un style plus ou moins identifiable à des choses déjà connues. De plus, compte tenu de la durée de certains, les nombreux développements ne cessent de varier les atmosphères pour que jamais un sentiment de lassitude ne puisse s'installer. Plus précisément, cela va d'harmonies vocales à la Gentle Giant ("Hey !"), jusqu'au délire ludique du It Bites le plus inspiré ("A Bedtime Story" ou encore "Devonian Forest" dans l'utilisation et le son si particulier des claviers), en passant par "le" morceau typiquement suédois (si je puis dire), "Under The Seal", et sa formidable pulsation, ses nappes de mellotron sublimes.
Les compositions sont à dominante instrumentale, même si le chant bénéficie d'une place de choix. La voix de Daniel Fäldt peut évoquer tout autant Shane MacGowan des Pogues que Francis Dunnery, tout en sachant s'intégrer sobrement à l'ensemble. Et même si certains passages dérivent légèrement vers la pop, c'est pour aussitôt renverser la vapeur ! Electrique la plupart du temps, voire électronique, elle sait aussi se faire plus acoustique (le très beau "Pilgrim's Progress").
La panoplie d'instruments révèle d'ailleurs l'extrême variété de l'inspiration du groupe (du mellotron au moog, sans oublier la flûte, les guitares et autres synthétiseurs), tout comme la construction des morceaux, qui procède souvent par une succession de thèmes, brisures, enchaînements. A de rares exceptions près, la musique possède une fort pouvoir d'attraction mélodique, sachant habilement combiner puissance et accalmies, sans jamais dévier vers des démonstrations complaisantes (que les musiciens seraient parfaitement capables d'exécuter !).
L'album se conclut par le morceau qui synthétise sans doute toutes les qualités évoquées plus haut, "Kadazan" (c'est aussi le plus long) : variété de l'inspiration, de l'instrumentation, écriture complexe et soignée, interprétation efficace et lyrique (le chant, les solos de guitare, le mellotron...).
Un album d'une telle densité et intensité ne s'assimile qu'après de nombreuses écoutes, même si la première suffit à persuader l'auditeur qu'il tient là une œuvre, sinon d'exception, au moins d'envergure supérieure à la moyenne. Vous voilà prévenus, ce groupe est très original, très neuf, et il fera certainement parler de lui encore un peu plus dans les mois ou les années à venir. Je n'ai donc plus qu'un seul conseil à vous donner : écoutez dès maintenant ce que Simon a à vous dire !!!
Christian AUPETIT
(chronique parue dans Big Bang n°15 - Printemps 1995)

