
PISTES :
Between Sunlight And Shadow
I. Drive (4:50)
II. Invictus (1:48)
III. Stratum (2:54)
IV. Endless (2:43)
V. Flight (2:28)
VI. Inferno (6:10)
VII. In Passing (2:26)
VIII. All Comes Down (0:58)
IX. Ground Zero (2:51)
X. Still (1:08)
XI. Hold a Candle (2:41)
XII. Traces (2:08)
XIII. Metamorphosis (3:02)
XIV. Coming Undone (2:39)
XV. Infractus (4:46)
FORMATION :
John Green
(claviers, chant)
Jamie McGregor
(batterie, chant)
Matt Zafiratos
(guitare, basse, chant)
SINGULARITY
"Between Sunlight And Shadow"
États-Unis - 2003
Autoprod. - 43:30
A l'heure où le courant progressif connaît à son tour une forte baisse de ses ventes, phénomène qui ne manque pas d'inquiéter toute l'industrie du disque, on peut légitimement se poser la question de savoir si l'on doit se réjouir de voir apparaître autant de nouvelles formations... En terme artistique, nul doute que nous ayons tous et tout à gagner de voir éclore de si nombreux et talentueux groupes. A contrario, cette émergence risque indubitablement de fragiliser les fondations de notre microcosme, en morcelant le marché progressif par ailleurs déjà bien vulnérable...
Cette interrogation, objective donc légitime me semble t-il, perd pourtant toute crédibilité à l'écoute de Between Sunlight And Shadow. Cet album, œuvre d'un groupe américain qui m'était encore inconnu il y a quelques semaines, a envoyé sans coup férir toute mon introduction au tapis. Il faut dire que Singularity frappe fort, et que le combat était perdu d'avance... Uppercuts, directs ou crochets, tous les termes de l'art pugiliste pourraient y passer, tant la découverte de cet opus (le second en fait !) nous laisse au bord du K.O... Néanmoins, si mon enthousiasme s'avère des plus inébranlables, il n'est pas certain qu'il soit unanimement partagé. Des précisions s'imposent donc. Singularity, à l'instar de son compatriote Product, œuvre ainsi dans un genre balisé par Timothy Pure avec le brio que l'on sait. Ce genre, défini «à la louche» comme un «progressif atmosphérique typiquement américain», repose sur un flot de mélancolie, sortant régulièrement de son lit pour faire céder les digues de nos a priori. Car ce progressif qui doit beaucoup à Pink Floyd, est bien plus profond qu'il n'y paraît de prime abord.
Ainsi, dans le cas de Singularity, la séduction opère sans artifice ostentatoire, la discrétion étant même un véritable atout pour le groupe qui en use avec une rare intelligence. Between Sunlight And Shadow fait ainsi se succéder brillamment accélérations électriques (il y en a, entendons-nous bien !) et retenues atmosphériques, mais en drapant constamment son propos d'une espèce de pudeur. Une caractéristique à double tranchant, qui pourra (peut-être, on ne sait jamais) en frustrer certains, alors qu'il m'a littéralement envoûté... Car Singularity est à mon sens une formation charismatique, laissant l'auditeur incapable de ne pas écouter Between Sunlight And Shadow dans son intégralité. Certes, ce dernier offre une durée que l'ère digitale a rendu bien peu conséquente, mais repose sur un équilibre, que rien ne vient jamais briser. La bâtisse n'est certes pas pharaonique, mais l'architecture dévoile des trésors d'imagination, à découvrir au gré d'écoutes multiples... Que ce soient le chant soigné et suave, les séquences aériennes débordantes de subtilité, le piano mélancolique, ou les envolées de guitare et de claviers, tout s'imbrique parfaitement en un progressif de très haute volée. Et si vous voulez en être autant convaincu que moi, écoutez en priorité le dernier quart d'heure (globalement instrumental) de Between Sunlight And Shadow, qui vous prend aux tripes, vous soulève de terre et vous fait perdre conscience de toute réalité. Le réveil n'aura lieu que plus tard, bien longtemps après que les dernières notes de ce superbe album ont été jouées...
Olivier PELLETANT
(chronique parue dans Big Bang n°51 - Novembre 2003)

