
PISTES :
1. Jag, Änglamarks Bane (13:45)
2. Positivhalaren (7:19)
3. Kakafonia (6:26)
4. Valkyria (10:03)
5. Ulv I Farakläder (9:55)
FORMATION :
Rickard Biström
(basse, chant)
Mats Segrdahl
(batterie)
Fredrik Karlsson
(claviers)
Robert Sjöback
(guitares)
Linda Agren
(flûte, chant)
Lena Petterson
(violoncelle)
SINKADUS
"Cirkus"
Suède - 1999
Cyclops - 47:28
Il nous aura fallu patienter deux longues années pour pouvoir enfin rendre à Sinkadus ce dont, comme beaucoup de chroniqueurs au moment de la sortie de son premier album, je l'avais en partie privé : son talent. Si cette attente m'a semblé si longue, c'est que j'étais conscient, en mettant en exergue (comme je le fis alors) les similitudes flagrantes entre Sinkadus et l'un de ses illustres prédécesseurs, suédois comme lui (je tâcherai, si c'est possible, de ne pas le nommer dans cette chronique, histoire de respecter la consigne que je m'étais lancée, sans succès, à l'époque), de ne pas rendre justice au travail pourtant remarquable des six musiciens. Telle est, il faut s'y résoudre, la triste destinée de ceux qui ont le malheur d'arriver seconds...
Deux ans donc, c'est le temps que se sera donné Sinkadus pour accoucher du successeur d'Aurum Nostrum. Entre-temps, il n'aura certes pas su résister à la tentation de publier le témoignage, en grande partie superflu (plus encore maintenant puisqu'on retrouve ici son unique titre inédit), de sa prestation pâlotte au Progfest'97. Mais il aura su se donner les moyens de ne plus prêter le flanc à la critique, à l'exception d'un seul point : l'originalité, dont il a certainement compris qu'il lui serait difficile, mais aussi inutile, de la revendiquer.
Cirkus est par conséquent très proche d'Aurum Nostrum, ne traduisant aucun bouleversement stylistique notable par rapport à celui-ci. Il en est donc dans une large mesure la décalque, à ceci près qu'aucune imperfection n'est cette fois à déplorer : les compositions sont ainsi d'une pertinence remarquable, que ce soit dans leur écriture mélodique ou dans les arrangements, qui ne sombrent à aucun moment dans une complexité artificielle; la prestation des instrumentistes, qui bénéficie de la présence d'un nouveau batteur, est impeccable, bien supérieure à celle, encore un peu scolaire, du premier opus.
Quant aux parties vocales, principal talon d'Achille d'Aurum Nostrum, Sinkadus a fait le choix courageux de les conserver - même s'il propose cette fois deux titres totalement instrumentaux, "Positivhalaren" (7:19) et "Valkyria" (10:03) -; bien lui en a pris, car elles sont cette fois mieux intégrées à son propos (jouant bien leur rôle de repères au sein de compositions labyrinthiques), et mieux assumées par Rickard Biström qui, à défaut d'être un grand chanteur, s'acquitte désormais de sa tâche avec conviction.
Tout ceci peut sembler insignifiant, mais c'est énorme. Car si objectivement il n'y a pas un contraste qualitatif si marqué entre les deux albums de Sinkadus, le perfectionnisme qui imprègne d'un bout à l'autre Cirkus recèle une immense portée symbolique : il confère en effet au groupe une légitimité que la suspicion d'une entreprise de clonage (non dissipée par la qualité musicale d'Aurum Nostrum, et même renforcée par Live At Progfest'97) l'empêchait jusqu'ici de revendiquer.
Il est donc maintenant possible d'affirmer sans réserve que Sinkadus est bel et bien l'un des tous meilleurs groupes progressifs actuels, et que Cirkus est d'ores et déjà voué à figurer parmi les réussites majeures de cette année qui commence. Car peu importe si l'ombre d'un glorieux défunt continue à planer sur les mélodies de flûte, les nappes de Mellotron et les cassures de rythme spectaculaires dont sont gorgées ces cinq compositions : l'essentiel est bel et bien ailleurs, dans le plaisir immense que procure leur écoute. Alors, chapeaux bas, Äng... aïe, pardon... Sinkadus !
Aymeric LEROY
(chronique parue dans Big Bang n°29 - Février 1999)

