BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. J. Anitor (1:22)
2. S. Phrenia I (8:38)
3. R. Fire (13:10)
4. G. Mania (5:11)
5. C. Chaos (9:43)
6. G. Arret (3:23)
7. S. Phrenia II (5:41)
8-10. F. Power (18:39)

FORMATION :

Det Maurer

(chant)

Andre Teikhoff

(chant)

Stefan Mageney

(chant, chœurs)

Christian Razborsek

(chant, guitares)

Anja Kiechle

(chant, voix)

Olaf Kobbe

(chant)

Holger vom Bruch

(chant)

Sonja Mischor

(chœurs, flûte)

Aneli Claus

(chœurs, voix)

Klaus Hoffmann-Hoock

(chant, sitar)

Lorena Espinoza

(voix)

Allison Blizzard

(voix)

Volker Janacek

(batterie, voix)

Robert Valet

(claviers, guitares, voix)

Peter Terhoeven

(guitares, voix)

Jörg Weweries

(basse)

Andreas Bracht

(basse)

Tim Isfort

(contrebasse)

Wolfgang Döhr

(guitares)

Hans Lammert

(piano)

Jürgen Wimpelberg

(orgue Hammond)

SOLAR PROJECT

"The House Of S. Phrenia"

Allemagne - 1995

Autoproduction - 75;00

 

 

Inutile de vous le cacher : les deux précédents albums de Solar Project - The Final Solution (1990) et World Games (1992) - ne nous avaient pas laissé de souvenirs impérissables dans les oreilles : trop sommairement 'hard' et brouillons. Mais tel n'est heureusement pas le cas du troisième opus concocté par nos cousins germains... !

Ce concept-album ("contrainte" que s'impose le groupe...) nous invite donc à visiter la maison (ou plutôt l'immeuble) d'un certain Mr. Phrenia, Schizo de son prénom. Plus sérieusement, les compositions (de 2:30 à 12:00) du CD sont autant d'étages (annoncés au début de chaque titre par une charmante voix féminine) ou, par extension, de niveaux de conscience de l'esprit humain. Elles sondent les profondeurs du psychisme, et au-delà, reflètent les conditions de nos sociétés modernes.

Robert Valet, fondateur, claviériste, chanteur et compositeur, nous en dit plus : "Le concept de l'album ? Un type (peut-être un psychiatre) marche dans une maison, je veux dire un cerveau. Cela peut être le vôtre, ou le mien. Chaque étage est un instantané de la vie quotidienne, et le silence, à la fin, montre le vide infini du cerveau".

De ce point de vue, on touche à l'abus ! Car, sur les 75 minutes du CD, 15 sont essentiellement composées de vide (sept rien que pour la fin, et le reste en intermèdes entre les morceaux). L'écoute de l'album dans son intégralité requiert donc une attention des plus poussées, mais tous les auditeurs en seront-ils capables ? Je me permets d'en douter !

Musicalement, qui dit concept-album, dit musique à thèmes récurrents et inspiration logiquement uniforme. Point de tout cela ici : comme l'esprit dont elle s'inspire, la musique peut partir dans toutes les directions. C'est évidemment ce qui fait tout l'attrait de ce CD. La ligne directrice reste ce que Solar Project connaît le mieux (un rock puissant, proche du hard), mais aux alentours, il y en a pour tous les goûts ! Alors, si vous le voulez bien, suivons étage par étage les méandres céphaliques de cette demeure !

Après un premier étage introductif très court, basé essentiellement sur un jeu de guitare bien psyché, le second enchaîne sur une montée d'adrénaline : riffs tendus, atmosphère sous haute tension, la rythmique s'affole tandis que le refrain semble sorti tout droit du "Bohemian Rhapsody" de Queen. Et puis, tout autre chose, le tempo ralentit, les claviers se portent en avant-scène, très mélancoliques, évoquant le meilleur Taurus.

Le troisième étage renoue avec une énergie proche du hard, entrecoupé à brûle-pourpoint de séquences hispanisantes (guitare acoustique, castagnettes, chant) ou orientales (sitar), et au quatrième, ô surprise, un bar enfumé où l'on joue du jazz, avec une chanteuse qui rappelle, avec plus de puissance mais moins de sensualité, Frances Pearless d'Edge.

Déjà le cinquième niveau, la musique est à nouveau plus violente, le chant aussi, encore relayé par un chœur masculin, puis s'engage une partie instrumentale débridée, dominée par un orgue au vieux son psyché (on n'est pas loin du Pink Floyd des débuts !), avant une retombée sur le thème initial; la musique devient un simple accompagnement, puis se fond en bruitages... eux aussi balayés par un vent cosmique et une plainte de guitare; surgit alors une voix 'vocoderisée' en premier plan, tandis que d'autres, à gauche et à droite, masculines et féminines, profèrent d'étranges paroles. Coupure brutale !

Après un long intermède, la visite du sixième étage débute par une intro aux claviers en nappes éthérées (façon Iskander), poursuivi par un solo de guitare plus lyrique, qui évoque par ses sonorités un peu froides, l'album 1914 d'Arkus. Une belle plage apaisante.

Au septième, on retrouve Pink Floyd dans l'intro-référence (cf. Pendragon, Eloy...) de "Shine On, You Crazy Diamond", une voix féminine prend le relais, accompagnée sagement d'une guitare acoustique et de quelques nappes de synthétiseurs, qui s'envole lorsque la batterie apparaît. Le titre se conclut sur un petit passage flûte/cordes charmant.

Enfin, arrivent les trois derniers morceaux, formant une sorte de triplex. On y découvre un chanteur un peu trop maniéré et, en fond sonore, du mellotron (!), avant un furieux break et le lancer d'un refrain accrocheur, mais prenant sur le "Pouvoir Des Fleurs", où vient encore se glisser un solo de claviers. De nouveau, une coupure brise net la partition.

Un piano, inédit, d'abord inquiétant, puis martelé, s'affirme en répondant au break guitare-batterie-basse, et c'est la conclusion : le final sur un solo de guitare digne de tous les émules d'Andy Latimer (non pas dans le son ni le toucher, mais dans cette propension à viser le ciel et les sommets de l'émotion).

Tout un parcours, des plus variés, s'achève. Je m'y suis laissé prendre, malgré quelques longueur. Ce disque ne fera certainement pas l'unanimité (d'où le ton descriptif de cette chronique, de façon à prévenir l'auditeur potentiel), ce qui est normal. Quel esprit a jamais rassemblé toute l'Humanité ?

Christian AUPETIT

Trois questions à Robert VALET :

Peux-tu nous en dire plus sur Solar Project et son histoire ?

Solar Project s'est formé en 1988, sous l'impulsion de Peter Terhoeven (guitare), Volker Janacek (batterie) et moi-même. Pour les albums, un certain nombre d'invités se joignaient à nous. Nous enregistrons dans le studio Rhine à Duisburg. Notre musique est un mélange de psychédélique et de hard-rock, mais aujourd'hui on l'appelle du "progressif". En fait, le terme n'a pas une grande importance.

Nous faisons des concerts seulement depuis 1994. Sur scène, la composition du groupe est la suivante : Anja Kiechle au chant, Jörge Weweries à la basse, Niels Geller à la batterie (qui vient de nous quitter), Christian Rasborzek à la guitare et au chant, en plus de Peter et moi...

Pourquoi avoir choisi une pochette plutôt repoussante (une cervelle toute fraîche en gros plan !). Ne pensez-vous pas que c'est "anti-marketing" ?

Nous avons eu de longues discussions à ce propos. Certains (dont moi) pensaient que l'idée était très bonne, d'autres détestaient. Mais c'est la même réaction pour les auditeurs de notre musique. En fait, comme nous n'avions pas d'autre idée, et pas le temps d'approfondir nos recherches, j'ai décidé de la garder. Il est possible que cette pochette soit anti-commerciale, mais la musique n'est pas notre gagne-pain, c'est juste un hobby, alors nous pouvons nous permettre des choix qui ne seront pas forcément populaires...

Quelle est l'actualité du groupe ?

Nous avons fait un concert le 24 juin à Moers et nous avons commencé à enregistrer un nouvel album. Mais normalement, nous avons encore besoin de deux ans et demi (sic) pour le terminer !

(chronique et entretien parus dans Big Bang n°12 - Juillet/Août 1995)