BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. Autres Jungles (11:27)
2. Escales (4:37)
3. Quartiers Perdus (8:25)
4. Exorex [Extreme Orient Express] (4:39)
5. Le Reve D'Omer Spliter (12:23)
Partie 1 : Hypnosis
Partie 2 : Ombres Et Replis
Partie 3 : Another Quiet Place
6. Le Repli Ombres ~ Partie 4 (12:14)

FORMATION :

Jean-Paul Dedieu

(claviers)

Michel Dedieu

(guitares)

Pim Focken

(percussions)

SOMBRE REPTILE

"Le Repli des Ombres"

France - 2005

Muséa - 43:45

 

 

Sombre ou pas, tout reptile digne de ce nom doit en principe avoir le sang froid. Eh bien, pour être honnête, il me semble déceler chez celui-ci un tempérament relativement tiède, à défaut d’être bouillant, suffisant en tout cas pour me laisser penser que nous avons affaire à une espèce hybride. D’abord parce que cet animal là est passé maître dans le mélange des genres, associant souvent à la froideur électronique de sa musique de chaudes couleurs ethniques. Ensuite, parce qu’il possède un sens du rythme beaucoup trop aiguisé, selon moi, pour une créature habituée à passer la moitié de son temps dans un état semi-léthargique, quand elle n’est pas fossilisée. Tout cela pour dire que cet album, comme son titre - Le Repli des Ombres - semble l’indiquer, n’est finalement pas si ténébreux que ça, et possède même un petit quelque chose d’ouvertement déluré.

Certes, la recette de Sombre Reptile n’a pas franchement évoluée depuis son premier CD, In Strum Mental, paru en 2002. Le line-up lui-même, plutôt restreint, reste inchangé : les frères Dedieu assurent toujours les claviers et guitares, assistés du percussionniste Pim Focken à la batterie et, euh…, aux percussions, donc. Ce que nous avions dit à son propos dans notre numéro 43 reste donc parfaitement valable, même si, sur ce nouvel album, les influences ethniques semblent légèrement en retrait, de même que les quelques clins d’œil Crimsoniens perçus alors (certains plans de guitare sur In Strum Mental évoquaient en effet fortement Robert Fripp). L’ombre de Brian Eno demeure toutefois très prégnante, à travers ces rythmes électroniques entremêlés et hypnotiques, servant de trame à d’envoûtantes broderies instrumentales.

Evidemment, comme l’avait déjà souligné à l’époque Yann Carreau (précédent chroniqueur du groupe), on touche ici aux limites de cette entreprise, tellement focalisée sur sa dimension rythmique, qui plus est à dominante synthétique, que celle-ci semble étouffer, à première vue, toute autre forme d’expressivité. A première vue seulement, fort heureusement, car une écoute un peu attentive révèle en fait de nombreuses subtilités, et une efficacité mélodique de tous les instants. Ce dernier aspect s’exprime avec un bonheur particulier sur les titres les plus courts, comme «Escales», ou encore le très réussi «Exorex» (4:37 chacun), exprimé par une guitare électrique fluide et acidulée sur un épais support de claviers. Les morceaux longs (11 à 12 mn en moyenne), pour leur part, ménagent une approche plus atmosphérique, suffisamment déliée et attrayante pour servir de contrepoint à ce que certains risquent de percevoir comme un matraquage rythmique exagéré.

Car malgré le renfort acoustique appréciable de Pim Focken, et même si elle se démarque par une riche complexité et un certain pouvoir de fascination, cette composante percussive omniprésente manque tout de même, à mon sens, d’une petite touche de délicatesse. Il suffirait sans doute de peu de chose pour y remédier, peut-être l’abandon, ou la simple mise en retrait, de certaines sonorités trop grossièrement synthétiques, comme cette méchante caisse claire artificielle dont le martèlement retentissant finit par devenir épuisant. Rien de rédhibitoire donc, mais une simple question de dosage.

Au bout du compte, je ne peux m’empêcher de trouver à la musique de Sombre Reptile une véritable séduction, alliée à une franche personnalité, quand bien même celle-ci ne rime pas toujours avec originalité. Voilà en effet un groupe lucide quant à ses propres capacités et qui ne s’évertue pas à les forcer, mais se borne à faire ce qu’il sait faire, en le faisant bien. Difficile, dans ces conditions, de ne pas lui témoigner autre chose que du respect. Une fois fait le tour de ses limites et de ses qualités, Le Repli des Ombres s’avère être un excellent petit album, à la fois fringant et souvent captivant, qui ne déparera aucune discothèque. Il serait en tout cas bien dommage de le bouder sans lui accorder une petite écoute, histoire de se débarrasser de tout préjugé.

Olivier CRUCHAUDET

(chronique parue dans Big Bang n°59 - Octobre 2005)