
PISTES :
1. From The Start (4.02)
All Along This Land :
2. I - Overture (7.46)
3. II - Over And Under The Stars And The Sun (4.22)
4. III - We Are Here (2.56)
5. IV - The Fall Of Babylon (4.09)
6. V - Inside This World (3.16)
7. Bridges (7.23)
8. Unspoken Love (7.49)
9. Dreams (7.31)
FORMATION :
Aaron Goldich
(chant, orgue Hammond, piano, claviers)
Harrison Leonard
(guitares électrique et acoustique, chant)
Nico Photos
(basse)
Isaac Watts
(batterie, percussions)
EXTRAITS AUDIO :
THE SOURCE
"All Along This Land"
États-Unis - 2007
Big Balloon - 49:13
Attention, fans de ‘early’ prog, et de Yes en particulier, cet objet va vous faire écarquiller les yeux, surtout si l’époque bénie de vos premiers émois musicaux est déjà loin derrière vous ! Plus qu’un voyage dans le temps, ou une énième relecture de ce fabuleux patrimoine musical, c’est une expérience ‘limite’ qui nous est proposée, la concrétisation d’un fantasme fondateur de dimension presque œdipienne ! Vous ne me croyez pas ? Alors ressortez donc de votre discothèque le tout premier vinyle de Yes (1969), et voyez comme ils ont l’air si jeunes ces fringants garçons (quoique pas très souriants, mais ils ne sont pas là pour s’amuser puisqu’il ont encore le prog à inventer !). Eh bien sachez qu’à côté des quatre membres de The Source, nos Yes en gilets afghans première mouture ressemblent à une réunion du 3ème âge ! C’est bien simple, aucun des membres de ce jeune quatuor américain, qui nous livre ici son premier album, ne paraît avoir sur photo plus de dix-sept ans, jusqu’au batteur manifestement à peine pubère. Si, bien entendu, cela ne présume en rien du talent de la formation en question, on ne peut s’empêcher de ressentir à son égard un étrange mélange de condescendance et de respect (le côté vieux c... qui crois avoir tout vu, mais qui aurait bien aimé assurer comme eux à leur âge !), teinté d’un vague amusement. On est certes pas encore bluffé – attendez pour cela d’avoir inséré le CD dans votre lecteur –, mais on se dit tout de même que les idoles qui ont ravagé notre adolescence n’ont pas tout à fait fini de faire du mal chez les jeunes (de moins en moins quand même, même si je ne dis pas forcément çà pour vous rassurer) !
C’est donc avec une curiosité aiguisée que l’on démarre l’écoute de ce All Along This Land, et à peine la musique commence-t-elle à résonner que l’on se dit qu’il doit y avoir une erreur. Non, ce n’est pas seize ans d’âge moyen que ces quatre là doivent avoir, mais cinquante au bas mot, à moins que ce ne soit l’inconscience de la jeunesse ! Imaginez un peu : orgue en couches épaisses, gros son de guitare irradié par la chaleur des amplis, chœurs «beatlesiens», énorme basse ronflante et volubile, non, décidément, aucun musicien un tant soit peu mûri par les vicissitudes et les reniements propres au milieu musical, même issu du milieu progressif, n’oserait refaire ‘cela’, qui plus est avec une innocence exempte de complexes, et une foi presque exaltée dans son message artistique. Tout, ici, semble nous ramener au moins trente-cinq ans en arrière, époque où les promesses du rock progressif commencent à se cristalliser, à croire que nous avons affaire à un contemporain du Yes époque Fragile, dont l’influence est, vous l’avez compris, assez écrasante. D’autant que, contrairement à ce que la jeunesse des interprètes pourrait nous faire redouter, cela joue, et pas qu’un peu ! De vrais petits virtuoses ces gamins, à commencer par le guitariste, Harrison Leonard, si pétri de son jeu qu’il en remplit avidement chaque espace laissé disponible, ou encore le claviériste/chanteur Aaron Goldich, dont la formation classique n’est pas sans évoquer le parcours de certains membres de son groupe fétiche. A tel point que l’on frise même la saturation à une ou deux reprises, comme si nos petits prodiges craignaient de ne pas en faire encore assez pour qu’on les prenne au sérieux (mais c’est bon, là, on ne rigole plus !).
Oh, évidemment, pour une œuvre aussi précoce, tout n’est pas encore parfait, à commencer par la suite éponyme de 22 mn, assemblage de parties certes brillantes (mention spéciale à «Over and Under the Stars and the Sun» et ses éruptions véloces de guitare en constant télescopage avec le chant languissant d’Aaron Goldich, générant un contraste tout à fait saisissant), mais cousues de fils épais, et dont l’introduction un peu désordonnée aurait gagnée à être raccourcie de 5 bonnes minutes. Passons également sur le titre introductif, «From the Start», sympathique ballade sonnant comme un titre oublié des «Fab Four», et à vrai dire assez trompeuse quant au véritable contenu de l’album, pour nous laisser finalement conquérir par les trois derniers morceaux (7:30 mn chacun !), véritables petites perles mélodiques qui en disent long sur la sensibilité exacerbée de nos quatre progsters en culottes courtes, et justifient à elles seules l’acquisition de ce disque. Il y a certes du Yes là-dedans, ne serais-ce que pour ce son et ce jeu de guitare si évocateur du grand Howe (et encore, je passe sur les paroles, dignes d’un Jon Anderson revenu de quarante jours de méditation psychotropiquement assistée...), mais aussi une qualité supplémentaire, quelque-chose d’éthéré et de délicat, sous un enrobage d’orgue aussi dense qu’hypnotique, qui n’est pas sans rappeler l’atmosphère des albums de Sebastian Hardie (on pense un peu à une pièce comme «Openings», avouez qu’il y a pire comme référence...). Au total, les bonnes choses l’emportent largement sur les quelques travers constatés, et l’estime que l’on ressens pour nos quatre jeunes surdoués s’en trouve renforcée.
A ce stade, soit l’on se laisse submerger par la mélancolie d’une époque défunte, soit l’on se sent pris d’un sentiment nouveau de confiance en l’avenir, et l’on se verrait bien faire quelques enfants ! A moins d’économiser pour s’offrir une psychanalyse en bonne et due forme... A tout prendre, autant se repasser encore une fois cette petite pépite pleine de promesses, en rêvant, pourquoi pas, que le rock devienne un langage nouveau, une flamme, un émerveillement, un éveil au monde ! Tout de même, qu’ils sont candides, ces jeunes...
Olivier CRUCHAUDET
(chronique parue dans Big Bang n°66 - Été 2007)


