
PISTES :
1. Promised Land (9.58)
2. Star Dreamer (5.30)
3. Until Morning Time (11.38)
a. Cloudless World
b. The Sage & The Valley Of Ancient Curse
4. Thin Air (5.48)
5. Castles In The Sky (15.13)
FORMATION :
Aaron Goldich
(chant, orgue Hammond, piano, claviers)
Harrison Leonard
(guitares électrique et acoustique, chant)
Paul Long
(basse)
Isaac Watts
(batterie, percussions, chant)
EXTRAITS AUDIO :
THE SOURCE
"Prickly Pear"
États-Unis - 2009
Over The Stars Music - 48:06
Retour à la source, si l’on peut dire, et dans tous les sens du terme, pour ce quartet du même nom originaire de Los Angeles. Il y a en effet à peine deux ans, nous avions laissé nos quatre (très) jeunes prodiges californiens sur un premier album virtuose et prometteur (All Along This Land), mais aussi particulièrement connoté, sorte de réplique tardive mais directe aux Fragile et autres Yes Album qui en auront décidément traumatisé plus d’un. Aujourd’hui, The Source nous revient exactement au même endroit – à un changement de bassiste près, ce qui ne se ressent à aucun moment dans le son de l’album -, c’est à dire toujours sous la coupe écrasante du Yes de la grande époque, et dans le prolongement d’une scène américaine des années 70 également sous forte influence (Cathedral en tête, mais aussi Lift ou Mirthrandir, pour cette sonorité vintage épaisse et ce foisonnement singulier de thèmes et de rythmes en tout genre). Plus ‘réto’ tu meurs, en quelque sorte, mais quelle foi et quel panache dans cet exercice !
Prickly Pear, vous l’avez compris, n’invente pas l’eau chaude, mais utilise tous les moyens imaginables - et des plus extrêmes - pour la porter à ébullition. A ce titre, ce nouvel album marque quelques nets progrès par rapport à son devancier, même si, paradoxalement, cette évolution positive met également davantage en lumière les travers et les relatives insuffisances du groupe dans son ambitieuse entreprise. De perfection, il n’en est en effet toujours pas question, quand bien même la fougue et la sincérité des musiciens, alliées à une technique instrumentale ébouriffante (autant de points forts déjà signalés dans la chronique de All Along This Land), se ressentent ici avec une fraîcheur intacte. A une exception près – le final en fade-out abrupt du titre d’ouverture, au bout de presque dix minutes haletantes, alors même que ce morceau avait tout pour devenir un ‘epic’ exemplaire – The Source semble avoir globalement corrigé les principaux défauts de son premier album, à savoir l’absence d’une réelle direction musicale, et le manque de cohérence de ses titres passé cinq minutes de développement.
De fait, les cinq copieux morceaux proposés sur Prickly Pear (de 5:27 à 15:13mn), ont indéniablement gagné en épaisseur et en savoir-faire, notamment en terme d’arrangements, comme si le groupe avait en quelque sorte ‘solidifié’ son propos autour de ses principaux points forts. Enfin, variété des ambiances ne rime plus avec empilement désordonné, et l’intarissable volubilité des musiciens, qui paraissait presque asphyxiante sur certains titres de All Along This Land, est ici mise au service de compositions plus fluides, aux contours mieux dessinés. Pour autant, le discours de The Source n’a pas acquis, au terme de ce travail pourtant conséquent, le moindre iota de personnalité supplémentaire, et semble même définitivement phagocyté par ses emprunts écrasants au maître britannique du symphonisme mystique lumineux. Depuis le jeu de guitare prolixe d’Harrison Leonard, décalque bluffante mais convenue de celui de Steve Howe, en passant par les nappes compactes d’orgue Hammond, renvoyant certes davantage à Tony Kaye qu’à Rick Wakeman, la basse ronflante – inutile d’évoquer l’influence ici outrageusement suggérée -, jusqu’au chant béat et légèrement traînant d’Aaron Goldich, auteur de paroles qui feraient passer celles de Tales From Topographic Ocean pour de la chanson réaliste, la musique de The Source ressemble à un catalogue de stéréotypes ‘Yessiens’ qui, pour le coup, pourraient donner du grain à moudre aux détracteurs les moins farouches de ce genre d’évocation passéiste. Dans le même ordre d’idées, comment ne pas regretter le court épilogue de «Castles In The Sky», même si celui-ci n’est pas forcément représentatif du reste de l’album, mais qui le conclut bien maladroitement sur une évocation aseptisée du final dévastateur de «Starship Trooper» («Würm», sur The Yes Album, 1971), comme si le groupe avait définitivement choisi de se discréditer.
Eh oui, que voulez-vous, entre la joie de découvrir un album empli de verve et d’évident plaisir de jouer, et la contrariété engendrée par un constat de déjà entendu forcément frustrant, le cœur balance… Car au fond, The Source est un peu à Yes ce que The Watch est à Genesis, un poursuiveur certes plein de ressources, dont les albums se laissent écouter avec plaisir, mais minés d’emblée par la comparaison forcément en leur défaveur que l’esprit ne peut s’empêcher d’effectuer. Sachons tout de même reconnaître aux membres de The Source les qualités et les carences de la jeunesse, cette même jeunesse qui contribuait à rendre la découverte de All Along This Land si enthousiasmante, et qui peine aujourd’hui à dépasser sa propre ingénuité. Il en sera sans doute tout autre dans un proche avenir, pour peu que nos quatre sympathiques américains prennent la peine de faire un premier bilan de leurs exploits, et en tirent de lucides résolutions quand à leur direction musicale. Je vous encourage tout de même à jeter une oreille sur ce pétillant Prickly Pear, au demeurant fort avenant, ne serais-ce que pour vous faire une idée du formidable potentiel de son auteur, et prendre de nouveau rendez-vous avec lui… avec la confiance et la sévérité bienveillante que l’on n’accorde qu’aux meilleurs élèves !
Olivier CRUCHAUDET
(chronique parue dans Big Bang n°72 - Mai 2009)


