BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. Black Hill Samba (12:00)
2. Contine (2:48)
3. Vendredi Au Golf Drouot (6:20)
4. Chattanooga (12:50)
5. Pu Ping Song (6:00)
6. Deconnection (3:10)
7. Ballade For Wendy (1:37)

FORMATION :

Patrik "Cactus" Garel

(batterie, percussions)

Gérard Maimone

(piano, vibraphone, synthétiseur)

Rido Bayonne

(basse, percussions)

Michel Perez

(guitare)

Alain Mazet

(basse [2])

SPHÉROE

"Sphéroe"

France - 1977

Muséa - 45:06

 

 

Cette réédition longtemps attendue du premier des deux albums de Sphéroe a comme premier mérite de réhabiliter l'une des formations françaises les plus douées de son époque. Mais elle a aussi celui de mettre à nouveau sous le feu des projecteurs un pan souvent mésestimé du patrimoine progressif français : son versant affilié au jazz-rock, vivier d'une multitude d'excellents musiciens (pour la plupart récupérés depuis par la variété) qui n'avaient réellement pas grand-chose à envier à leurs confrères d'outre-Atlantique.

Cette allusion aux États-Unis, plutôt qu'à l'Angleterre, n'est pas fortuite : c'est bel et bien au jazz-rock américain et ses fondateurs, les disciples de Miles Davis et leurs groupes Return To Forever (influence la plus évidente ici), Mahavishnu Orchestra ou Weather Report, que se référaient les quatre Lyonnais, et non au mouvement progressif britannique. Mais si les fondements (rythmiques en particulier) de son discours, sont effectivement évocateurs d'une culture musicale noire-américaine, l'écriture harmonique et mélodique est quant à elle résolument européenne et situe bel et bien l'œuvre en territoire progressif.

Pas de doute à l'écoute des sept morceaux (de 1:37 à 12:50), nous avons affaire à des instrumentistes de premier plan : le guitariste Michel Ferez et le claviériste Gérard Maimone, par ailleurs principaux compositeurs, évoquent respectivement John McLaughlin et Chick Corea, dans leur jeu comme les sons utilisés (pour les claviers, piano Fender et Minimoog sont largement prédominantes). Quant aux thèmes mélodiques, à la fois recherchés et assez accrocheurs, ils empêchent toute cette belle virtuosité de tourner à vide.

Car là se situe évidemment le travers auquel bien des formations de jazz-rock ont succombé, finissant par décrédibiliser le genre : la combinaison d'une virtuosité volontiers complaisante et démonstrative et d'un format expressif plus rigide quel celle du jazz peut engendrer une musique réunissant les aspects les plus contestables des deux démarches, à savoir d'une part l'improvisation bavarde et d'autre part la trivialité rythmique et harmonique.

Flirtant avec ces stéréotypes en réussissant toujours malgré tout (parfois de justesse) à les éviter, Sphéroe tient plutôt bien la route, deux décennies plus tard : la qualité de l'interprétation continue de forcer le respect, et la réelle consistance des compositions permet à celles-ci de s'exprimer le plus souvent à bon escient. Bref, une réussite majeure dans le style et un disque qui demeure très intéressant pour l'amateur de rock progressif plus traditionnel. On espère donc avoir vite droit à la suite : heureusement, la réédition de Primadonna (1978) est a priori annoncée pour l'été prochain...

Aymeric LEROY

(chronique parue dans Big Bang n°25 - Mars/Avril 1998)