BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

CD 1 :
1. Intro (1:20)
2. The Ballet Of The Impact (5:50)
3. I Wouldn't Let It Go (4:47)
4. Surfing Down The Avalanche (3:53)
5. She Is Everything (7:06)
6. Climbing Up That Hill (3:34)
7. Letting Go (1:20)
8. Of The Beauty Of It All (4:56)
9. Harm's Way (11:17)
10. NWC (9:58)

CD 2 :
1. At The End Of The Day (16:33)
2. The Bottom Line (7:40)
3. Ryo's Solo (5:57)
4. As Long As We Ride (8:26)
5. The Light (19:07)

FORMATION :

Ryo Okumoto

(claviers)

Dave Meros

(basse)

Alan Morse

(guitare électrique)

Nick D'Virgilio

(chant, batterie, percussions)

Jimmy Keegan

(batterie)

SPOCK'S BEARD

"Gluttons For Punishment"

États-Unis - 2005

Inside Out - 54:06 / 64:33

 

 

Spock's Beard est sans aucun doute un des meilleurs groupes de scène en activité, et leur copieuse discographie en la matière ne manque pas de nous le rappeler. Après le départ de Neal Morse et deux albums studio, il était peut-être temps pour le quatuor américain de laisser une trace marquante de ses nouvelles expériences scéniques sans son charismatique leader. Gluttons For Punishment, enregistré en Allemagne sur la première partie de la tournée européenne qui a suivi la sortie d'Octane (la seconde partie se déroule cet automne), offre donc sur deux CD et près de deux heures de musique un large éventail des possibilités musicales et techniques de ces talentueux musiciens. Renforcé pour la circonstance d'un cinquième homme à la batterie, Jimmy Keegan puisque Nick D'Virgilio assure principalement le chant, le quatuor dévoile rapidement deux visages plutôt distincts. Assez logiquement en fait, on y découvre le Spock's Beard d'avant et après Neal Morse, donc un Spock's Beard tantôt classiquement progressif, tantôt plus basiquement rock. Et force est de constater qu'entre un titre aussi percutant qu'"At the End Of The Day" issu de V, et la (fausse) suite "A Flash Before My Eyes" d'Octane, il n'y a pas photo... Plutôt deux mondes, plus éloignés qu'il n'y paraît.

Jusqu'à Snow, Spock's Beard était un leader incontestable du progressif actuel, capable de nous donner des suites ambitieuses et enthousiasmantes, mais aussi des morceaux plus directs ou de douces ballades. Sans démériter totalement, les deux opus suivants ont amorcé un virage indéniable vers une musique plus "facile" et moins percutante qu'auparavant. Sur ce "live", le fossé apparaît de manière évidente, car il met côte à côte des morceaux des deux périodes (3 pour la première, pour une durée de 45 minutes, et 5 pour la seconde, plus l'incontournable solo du claviériste Ryo Okumoto). Et on ne peut s'ampêcher de constater que la dynamique est bien différente entre les uns et les autres, tant en terme de composition que d'interprétation. D'un côté on a le sentiment d'entendre un groupe un peu trop scolaire et appliqué, et de l'autre c'est un tourbillon instrumental de haute volée qui emporte tout sur son passage. En positivant, on pourrait dire que chacun en a alors pour ses goûts, mais on peut aussi se dire que le Spock's Beard actuel a quelques soucis à se faire s'il veut garder son rang de formation majeure.

Le constat est sensiblement le même d'un point de vue instrumental. Neal Morse était (est toujours d'ailleurs) un frontman charismatique au possible, omniprésent tant aux claviers qu'au chant et à la guitare (personne ne peut oublier ses exploits à l'acoustique !), qui faisait de l'ombre à tous les autres. Nick D'Virgilio est très bon (quoiqu'un peu juste niveau vocal par moments), mais il n'a pas la même assurance ni ce pouvoir indéfinissable capable de remuer un public. En conséquence, plutôt positive celle-là, les autres musiciens brillent sans doute plus aujourd'hui que par le passé. Ryo Okumoto envoie de grandes nappes de Mellotron à tout va, Dave Meros nous régale d'une basse chaude et ronflante (un p'tit clin d'oeil au rédac-chef en passant !), le frangin Alan Morse se fait plus lyrique que jamais et bien sûr Nick D'Virgilio nous gratifie de parties de batterie décoiffantes en duo avec son compère.

Au final, ce double-album au son excellent (remarquable travail, une fois de plus, de Rob Aubrey) n'est sans doute pas indispensable à tout le monde, car il ne représente pas un véritable "best-of" du groupe (il faudrait pour cela réunir les deux line-ups ayant existé). Gluttons For Punishment nous montre plutôt un groupe en cours de mutation. Reste à savoir si celui-ci va continuer à s'éloigner des musiques qui nous passionnent, ou revenir vers des territoires plus à même de nous séduire encore longtemps. Réponse au prochain opus studio ?

Christian AUPETIT

(chronique parue dans Big Bang n°59 - Octobre 2005)