BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

Octane pochette

PISTES :

CD 1 :
1. The Ballet Of The Impact (5:34)
(I) Prelude To The Past
(II) The Ultimate Quiet
(III) A Blizzard Of My Memories
2. I Wouldn't Let It Go (4:53)
3. Surfing Down The Avalanche (3:43)
4. She Is Everything (6:46)
(I) Strange What You Remember
(II) Words Of Forever
5. Climbing Up That Hill (3:31)
6. Letting Go (1:52)
7. Of The Beauty Of It All (4:53)
(I) If I Could Paint A Picture
(II) Into The Great Unknowable
8. NWC (4:16)
9. There Was A Time (4:58)
10. The Planet's Hum (4:42)
11. Watching The Tide (5:07)
12. As Long As We Ride (5:35)

CD 2 (Bonus Special Edition) :
1. When She's Gone
2. Follow Me To Sleep
3. Game Face
4. Broken Promise Land
5. Listening To The Sky
6. Someday I'll Be Found
7. I Was Never Lost
8. Paint Me A Picture
9. The Formulation Of Octane (video)

FORMATION :

Nick D'Virgilio

(chant, batterie, percussions, guitare, basse, programmations, claviers)

Alan Morse

(guitare, theremin, scia, violoncelle, chant)

Ryo Okumoto

(claviers, chant)

Dave Meros

(basse, pédalier de basses, cor, chant)

SPOCK'S BEARD

"Octane"

États-Unis - 2005

InsideOut - 55:55

 

 

Après un Feel Euphoria qui avait su rassurer les fanas du groupe américain, et une épreuve de la scène plus que concluante (voir les Big Bang n°50 et 51), les quatre musiciens vont sortir fin janvier 2005 leur second album sans leur charismatique leader, qui a entretemps produit pas moins de deux studios (dont un double) et un double DVD live. Ce rythme de création nettement moins soutenu de la part du combo désormais mené par Nick D'Virgilio pouvait inquiéter quand à leur potentiel artistique, quand bien même la quantité n'est pas toujours synonyme de qualité. Hélas, l'écoute de la version promotionnelle de Octane ne peut que confirmer ces craintes, car malgré l'enthousiasme du batteur chanteur (voir l'interview réalisé avec lui), l'album s'avère globalement moins réussi que Feel Euphoria.

Tout commence pourtant avec l'épique du disque, sept pistes rassemblées en une longue suite d'une bonne trentaine de minutes intitulée «A Flash Before My Eyes», et qui voient le bassiste Dave Meros prendre un poids nouveau dans la composition. Elle raconte l'histoire d'un homme victime d'une collision avec un camion et qui voit alors défiler devant ses yeux l'ensemble de sa vie. Mais au-delà de ce thème original, la cohérence de l'ensemble fait quelque peu défaut. Si «A Guy Named Sid», sur Feel Euphoria, pouvait sembler en partie artificiel, «A Flash Before My Eyes» s'apparente davantage encore à un collage de parties très différentes, ce qui en amoindrit incontestablement le dynamisme et la portée. Quatre d'entre-elles sont fort réussies : «The Ballet Of The Impact», qui ouvre la suite avec un passage instrumental aux tonalités graves et une séquence chantée plus mélancolique; la belle ballade «She's Everything» et son solo de guitare lyrique, le plus long et intense de l'album; le court (un peu moins de deux minutes) «Letting Go», intervention atmosphérique soliste et toujours gouleyante du mellotron; et le final «Of The Beauty Of It All», surtout notable car il reprend le thème initial avec une séquence instrumentale fort soignée. Mais les trois autres morceaux, la complainte «I Wouldn't Let It Go», l'enfiévré «Surfing Down The Avalanche» et l'ondulant «Climbing Up That Hill», ressemblent plus à de la pop-rock qui se distingue seulement par des arrangements, qui orchestraux, qui de basse ou de claviers (l'orgue conclusif de «I Wouldn't Let It Go», un peu trop religieux).

On note d'ailleurs, plus généralement, que le talent de mélodistes des musiciens n'a pas la même efficacité et la même immédiateté que celui de Neal Morse, quand bien même le chant de Nick D'Virgilio ne souffre plus d'aucune critique. Parmi les cinq autres compositions, on retiendra surtout l'instrumental «NWC», typiquement «beardien», «The Planet's Hum», à l'entrée en matière caractéristique et à l'énergie électrisante, ainsi que «As Long As We Ride», sorte de sous «East Of Eden, West Of Memphis». «There Was A Time», plus acoustique, est agréable et enlevée, mais quelque peu prévisible dans le genre, tout comme la ballade au piano «Watching The Tide», moins émouvante que «Ghosts Of Autumn».

En définitive, si cet album est loin d'être mauvais, il n'en souffre pas moins d'un certain manque d'ambition progressive (où sont passés les chœurs élaborés et les séquences instrumentales débridées, trop peu nombreuses ?), et accentue des tendances sous-jacentes sur Feel Euphoria, ce qui tend à nous faire dire, en dépit d'écoutes répétées, que le compte n'y est pas. A l'instar de Snow en son temps, Octane risque de diviser les amateurs de Spock's Beard, et l'avenir nous permettra de dire si ce disque ne constitua qu'une baisse de régime temporaire ou fut le jalon d'une métamorphose vers un style moins progressif...

Jean-Guillaume LANUQUE

Entretien avec Nick D'VIRGILIO :

Nick D'Virgilio

Y a-t-il eu de grosses différences entre la conception de Feel Euphoria et celle d'Octane ? La pression devait assurément être moins forte, une fois que le groupe avait su prouver qu'il pouvait exister sans Neal Morse.

Il n'y a pas eu tant de différences que ça, nous avons enregistré l'album de la même façon. Nous avions écrit beaucoup de musique, particulièrement Dave [Meros, bassiste], on a tout mis en commun et on s'est attelés à l'écriture des chansons. Ça s'est passé un peu comme la première fois. Mais par contre, il y avait beaucoup plus de pression pour cet album que pour le premier, car avec Feel Euphoria, les gens se sont rendus compte qu'on pouvait faire de la musique sans Neal [Morse], et on voulait vraiment faire le meilleur album possible pour ne pas que les gens puissent penser que le précédent était un accident. On a mis encore plus de cœur à l'ouvrage pour être sûrs de faire du bon travail, et on est particulièrement enthousiasmés par le résultat.

Qui sont les compositeurs des différents titres, et en particulier de l'épique «A Flash Before My Eyes» ?

Une grande partie de la suite a été écrite par Dave, notre bassiste, et par notre ami John Boegehold, qui est notre webmaster et qui compose avec nous. Ce sont vraiment eux deux qui ont fait l'essentiel de ces sept premiers morceaux. C'est moi qui ai écrit l'instrumental «NWC», «There Was A Time» a été écrite par Alan [Morse, guitariste] et John (John a beaucoup participé à l'écriture de l'album), «The Planet's Hum» a été écrite par moi, Alan et notre ami Stan Ausmus, «Watching The Tide» est également de moi, et Alan a écrit «As Long As We Ride».

En quoi consistent les bonus du second CD proposé dans l'édition limitée d'InsideOut ?

L'édition spéciale comportera en effet un CD bonus assez riche avec quatre nouveaux morceaux enregistrés en même temps que l'album, des petites choses sympa comme les choeurs d'une des parties de l'épique ou encore juste la partie jouée par les cordes d'un autre morceau de la suite, et aussi ce qui ne devait durer que dix minutes et qui est devenu un petit film de trente-cinq minutes sur le making-of de l'album.

D'où vous est venu l'idée du titre de l'album et de sa pochette ? A priori, ils semblent moins explicites que pour le précédent disque.

C'est toujours un moment difficile, de trouver un titre pour un nouvel album. C'est Dave qui a proposé Octane. Comme c'est notre huitième album, on cherchait quelque chose qui tourne autour du chiffre huit. Ensuite, on a soumis le titre à notre illustrateur Thomas Ewerhard. On lui a proposé différents titres, et il est arrivé avec la pochette définitive avec laquelle on a le plus accroché. Il est vraiment très bon, il suffit de lui soumettre quelques idées, et il en fait toujours quelque chose de bien.

Octane possède une personnalité bien à lui, et présente plus de différences avec les anciens albums de Spock's Beard que Feel Euphoria, qui cherchait explicitement à assurer le passage de relais. On y sent à la fois une composante prog et une autre plus pop-rock. Est-ce quelque chose de délibéré, ou cela s'est-il imposé à vous ?

En fait, c'est venu comme ça, mais c'est vrai qu'on avait quand même le souci de conserver une partie prog pour ceux de nos fans qui y sont attachés. Mais ce sont aussi nos personnalités qui ressortent naturellement sur différentes parties des morceaux. Par exemple, sur le troisième morceau, «Surfing Down The Avalanche», c'est clairement les influences de Dave qui ressortent, le côté rock. Le morceau «There Was A Time» fait très Spock's Beard, la ballade à la fin de l'album m'est vraiment très personnelle. Dans cet album, il y a un peu de chacun de nous.

Les paroles sont-elles basées sur certains thèmes de prédilection ? Y a-t-il un concept sous-jacent, en particulier dans «A Flash Before My Eyes» ?

Ah oui, absolument, surtout dans «A Flash Before My Eyes» qui raconte l'histoire d'un homme qui voit toute sa vie défiler devant ses yeux juste avant de se faire percuter par un camion. Il revoit le film de sa vie, de l'enfance à l'âge adulte, et il se rend compte à la fin qu'il a eu une belle vie.

Y a-t-il d'ores et déjà une tournée de prévue ? Par où passera-t-elle, et avez-vous une idée de certains morceaux que vous auriez envie de jouer ? Songez-vous à la réalisation d'un DVD live, comme le fait régulièrement InsideOut ?

On est en train de préparer la tournée, mais c'est encore un peu prématuré. On essaye de prévoir ça pour mars-avril, si c'est possible, ou sinon plus tard pendant l'été 2005. Nous aimerions bien faire plusieurs concerts en France. On en parle activement, et on espère pouvoir filmer plusieurs shows pour en faire un DVD live.

Quels sont les batteurs que vous admirez le plus et ceux qui vous ont profondément influencé ?

Eh bien, ma plus grosse influence, quand j'étais jeune, c'était Phil Collins. J'essayais de rejouer tout ce qu'il jouait. John Bonham le suit de très près, mais je suis aussi un très grand fan de Tony Williams, batteur de jazz, et aussi de Thomas Lang, qui est vraiment fantastique. Mais c'est vrai que côté batterie, j'aime bien écouter des choses avec lesquelles j'ai grandi, qui m'inspirent beaucoup, et cela dépend aussi d'avec qui je joue. Par exemple, en ce moment, je travaille avec Tears For Fears, et j'aime bien le style de Manu Katché. C'est un bon copain.

Vous qui êtes un grand fan de Phîl Collins, n'êtes-vous pas un peu déçu par le chemin qu'a pris sa carrière depuis un certain nombre d'années ?

Je ne sais pas si je peux vraiment parler de déception, car je ne sais pas à quoi il pense, mais c'est sûr que l'on peut dire qu'il ne fait plus le même genre de choses que ce qu'il faisait. Mais bon, je suppose qu'il fait une musique qui lui plaît, et en plus ça marche bien, donc... que dire ? C'est drôle, parce que l'autre jour, je suis allé voir le groupe The Musical Box, qui est un groupe hommage à Genesis, ce sont d'ailleurs les seuls à être officiellement reconnus par Genesis. Ils refont le spectacle The Lamb Lies Down On Broadway, avec la musique et les costumes d'époque que portait Peter Gabriel. Le batteur, par exemple, est gaucher comme Phil Collins et lui ressemble de façon étonnante. C'était vraiment comme de voir Genesis en 1974, c'était complètement dingue et très bizarre ! Ils rejouent la musique de Genesis note pour note ! Mais pour en revenir à Phil Collins, les gens changent avec le temps, quand on est un jeune musicien, on est tout fou, enthousiaste, puis on change, et c'est comme ça. Mais j'aime toujours autant écouter un ancien Genesis, car c'est lui qui joue, et il reste un des meilleurs batteurs de sa génération.

Que pensez-vous des albums Testimony et One que Neal Morse a sorti depuis son départ du groupe ? Avez-vous toujours des contacts avec lui ?

Oh oui, on se parle encore avec Neal, on s'appelle au moins une fois par mois. J'aime bien ses deux disques, je ne sais pas si c'est ce qu'il a fait de mieux, mais il est toujours aussi passionné par sa musique, et je trouve qu'il y a de très bons moments sur le nouvel album. Je ne dirais pas que j'aime tout, mais je trouve vraiment qu'il y a de très bonnes choses. Mais j'aimerais l'entendre faire des choses un peu différentes a l'avenir, et renouveler son style. J'aimerais le voir explorer de nouvelles directions. Cela dit, il reste un très bon compositeur et un très bon ami, et je lui souhaite ce qu'il y a de meilleur.

Une autre grosse différence, ce sont les paroles.

Oui, je sais qu'il y a des gens qui n'arrivent pas à s'y faire, mais ce qui est sûr chez Neal, c'est qu'il accorde sa vie à ce en quoi il croit, il ne triche pas et il n'a pas peur de montrer ce en quoi il croit vraiment. Ses actes et ses paroles sont toujours en accord.

Entretien réalisé par Christine FORTIN et J.-G. LANUQUE

(chronique et entretien parus dans Big Bang n°56 - Décembre 2004)