BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

Spock's Beard pochette

PISTES :

1. On A Perfect Day (7:47)
2. Skeletons At The Feast (6:33)
3. Is This Love (2:51)
4. All That's Left (4:45)
5. With Your Kiss (11:46)
6. Sometimes They Stay, Sometimes They Go (4:31)
7. The Slow Crash Landing Man (5:47)
8. Wherever You Stand (5:09)
9. Hereafter (5:01)
As Far As The Mind Can See :
10. Part 1: Dreaming In The Age Of Answers (4:49)
11. Part 2: Here's A Man (3:28)
12. Part 3: They Know We Know (3:18)
13. Part 4: Stream Of Unconsciousness (5:23)
14. Rearranged (6:07)

FORMATION :

Nick D’Virgillio

(chant, batterie, guitare)

Dave Meros

(basse)

Alan Morse

(guitare)

Ryo Okumoto

(claviers)

SPOCK'S BEARD

"Spock's Beard"

États-Unis - 2006

InsideOut - 77:11

 

 

Le précédent album de Spock's Beard (Octane) avait provoqué bien des déceptions et suscité bien des interrogations quant au potentiel futur du groupe. Avec son titre éponyme en forme de (re)naissance, ce troisième opus de l'ère post-Neal Morse va-t-il enfin nous rassurer ?

Laissons tomber le suspense, et déclarons d'emblée un oui franc et massif ! Bien sur, le Spock's Beard d'aujourd'hui n'est plus le Spock's Beard d'hier. C'est un fait auquel il faut se résoudre : même si le nom du groupe est le même, la musique a pris une orientation différente. Un phénomène logique si l'on considère que Neal Morse était quasiment l'unique compositeur, mais ses quatre comparses ayant relevé le défi de continuer avec le même nom, ils s'exposaient (et s'exposent toujours) à de fréquentes comparaisons. Oserait-on imaginer les Flower Kings sans Roine Stolt ou Porcupine Tree sans Steven Wilson ?

Le Spock's Beard de Nick d'Virgilio présente donc toujours une attirance très marquée pour le heavy-rock des années 70, les ballades langoureuses, mais ce qui manquait beaucoup à Octane et dans une moindre mesure à Feel Euphoria est de retour, à savoir une ambition plus typiquement progressive et des joutes instrumentales dignes de la réputation et du niveau des musiciens. Ce «progressif» retrouvé apparaît dès les premières mesures du titre d'ouverture, «On A Perfect Day» : riff d'orgue relayé par la guitare, batterie syncopée, thème plus lyrique qui s'élève rapidement, tout concourt à partir sur de bonnes bases. Et cela ne faiblira pas par la suite, avec même un passage à la guitare acoustique rappelant les grandes heures du groupe. Une ouverture en fanfare ! Et l'instrumental qui suit, «Skeletons at the Feast», enfonce le clou, avec quatre instrumentistes au meilleur de leur forme.

Ne rêvons pas pour autant, Spock's Beard l'album n'est pas un nouveau chef d'œuvre. Car avec «Is This Love», le groupe retrouve ses penchants plus discutables à travers un titre rock bien bourrin mais heureusement court. Puis le groupe va enchaîner les morceaux de bravoure et les chansons plus convenues. Dans la première catégorie, majoritaire en terme de durée, on relèvera le long «With Your Kiss» (près de 12 minutes), un morceau contrasté bien dans l'esprit «d'avant»; la suite en quatre parties «As Far As The Mind Can See» (16 minutes), bien meilleure globalement que les tentatives similaires des deux précédents albums; et l'excellent titre de conclusion, «Rearranged», avec ses claviers tournoyants et sa superbe ligne de chant. A côté de ces titres qui font vraiment plaisir à entendre tant ils font remonter la cote du groupe, on trouve donc des morceaux moins enthousiasmants sans être totalement mauvais (relativisons tout de même) : «All That's Left», mid-tempo en forme de ballade, sympathique mais sans relief particulier; «Sometimes They Stay...», un rock 70's qui rappelle... Lenny Kravitz dans le même style; «Wherever You Stand», autre morceau rock un peu plus délirant avec l'orgue fougueux de Ryo Okumoto; deux ballades, «Hereafter», piano-voix comme les affectionne le batteur-chanteur, et «The Slow Crash Landing Man», un peu plus relevé avec un bon solo de guitare final.

L'album est long, sans doute trop si l'on ne veut considérer que la face la plus progressive, mais les quatre Américains ont retrouvé une énergie qui semblait s'être dissipée ces dernières années, et ils avaient sans doute à cœur de le démontrer. Si la musique de Spock's Beard fait aujourd'hui plus souvent référence à Uriah Heep qu'à Yes, elle n'en demeure pas moins capable d'éveiller encore notre admiration. Si vous avez été déçu par Octane, Spock's Beard vous redonnera l'espoir. Un nouveau départ, une nouvelle naissance, c'est bien ce que symbolise ce nouvel album. Il était temps...

Christian AUPETIT

(chronique parue dans Big Bang n°64 - Hiver 2006-2007)