BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

You Are Here pochette

PISTES :

1. A Town Revealed (3:58)
2. Red Stats (3:09)
3. Little Flowers (3:49)
4. Those Who Have Gone (5:54)
5. All Eyes On You (3:28)
6. Driving (3:17)
7. Belly Full Of Fire (3:14)
8. Open Twinkle (4:15)
9. Telecity (2:01)
10. White Noise (3:43)
11. Map Of The Heart (2:19)
12. Umbrella Dance (2:59)
13. Home Movies (2:46)
14. Urban Machine (4:12)
15. Right Here (3:19)

FORMATION :

Jackie Dempsey

(claviers, accordéon, compositions)

Steve O'Hearn

(flûtes, saxophone, synthétiseur)

Christina Acosta

(chant)

David Wallace

(guitares)

Nathan Wilson

(basse)

Kevin Kornicki

(percussions)

EXTRAITS AUDIO :

SQUONK OPERA

"You Are Here"

États-Unis - 2006

Autoprod. - 52:27

 

 

Les heurts de la distribution internationale sont souvent responsables de "trous" bien involontaires de notre part dans la discographie de certains groupes. Ainsi en est-il de Squonk Opera, formation américaine atypique qu'on avait laissé en 2000 avec l'album Bigsmörgasbordwündwerk, et qu'on retrouve donc sept ans plus tard avec You Are Here sans avoir pu capter entre temps ses deux précédentes œuvres : Inferno en 2002 (adaptation à leur sauce du fameux cantique de Dante) et Rodeo Smackdown en 2004.

Pour ceux qui ne les connaîtraient pas, Squonk Opera est un groupe de saltimbanques qui écume les salles de spectacles nord-américaines en proposant un show tant sonore que visuel (avec force décors flamboyants et accessoires iconoclastes). De fait, depuis leurs débuts dans la première moitié des années 90, les albums sortis par cette bande de doux-dingues sont presque toujours la bande-son de leurs fantasques prestations, et il est clair qu'en se contentant de la musique, on manque au moins la moitié du spectacle (pour les avoir vu une fois, je peux vous l'assurer en connaissance de cause !). Car Squonk Opera n'est pas un groupe de rock classique, et il ne donne donc pas de concerts tels qu'on les imagine habituellement. Après les avoir vu en live, on est plus sûrement tenté d'acheter leurs albums, histoire d'emporter avec soi plus qu'un simple souvenir et s'offrir la possibilité de retrouver dans sa tête les images avec le support musical en accompagnement.

Dans le cas contraire, il faut avouer que la musique proposée par nos compères (15 titres de 2:01 à 5:54 dont 5 instrumentaux) peut s'avérer un brin inconsistante, puisque privée de contexte et du "jeu" (dans tous les sens du terme) des musiciens. Actuellement, le groupe est composé de six musiciens : les trois piliers que sont la pianiste Jackie Dempsey (qui joue également un peu d'accordéon), Steve O'Hearn, le préposé aux instruments à vent (dont un synthé midi joué comme une clarinette qui donne des sons très particuliers) et le percussionniste Kevin Kornicki, auxquels s'ajoutent un guitariste plutôt discret (David Wallace), un bassiste adepte de la Fretless (Nathan Wilson) et une chanteuse aux nombreux registres (Christina Acosta).

Ces six-là créent ainsi un univers musical pour le moins inclassable, progressif dans l'esprit si on veut, mais difficile à cerner par une quelconque étiquette. Le chant est à lui seul tout un programme, passant de vocalises de "Castafiore" saugrenues («Red Stats») à un registre quasi parlé («Urban Machine»), en passant par des tonalités asiatiques («All Eyes On You») mais aussi je vous rassure, une majorité de parties plus "normales" ! Quant à la musique, elle conserve le plus souvent un côté un peu feutré (la quasi-absence de batterie au profit des percussions y contribuant beaucoup), portée principalement par le piano (très beau sur des titres comme «A Town Revealed», «Little Flowers» ou encore «Home Movies»), et le "synthétiseur à vent" («Those Who Have Gone », «Map Of The Heart»), s'immisce vers le jazz-rock («Red Stats»), le folk («Belly Full Of Fire»), mais demeure le plus souvent très inhabituelle et définitivement inclassable ! Cette singularité n'implique toutefois pas que la musique s'avère constamment passionnante, et encore une fois, l'élément visuel manquant est en grande partie responsable d'un intérêt qui peut se faire bien volatile au cours de l'écoute complète de l'album.

Difficile d'être vraiment plus précis quant au verdict final, car suivant l'humeur, ce genre d'albums peut se révéler presque insipide quand à un autre moment on lui trouvera des qualités originales durables car insoupçonnées. You Are Here intéressera donc en priorité ceux qui connaissent déjà le groupe et savent à quoi s'attendre. Les autres, en mal de musique "nouvelle" ou blasés par le progressif traditionnel, y trouveront peut-être leur bonheur.

Christian AUPETIT

(chronique parue dans Big Bang n°66 - Été 2007)