
PISTES :
1. Red Season (5:28)
2. Babylon (9:24)
3. Song of Times (6:04)
4. Islands (4:59)
5. Faces of Change (4:56)
6. Love Is The Only Place (4:27)
7. Master Machine (4:24)
8. All For The Thunder (6:06)
9. Children Believe (6:21)
FORMATION :
Gary Strater
(basses électrique et acoustique [sauf 3], chœurs [1,2,5,6,7,8], claviers [3])
Matt Stewart
(sitar, guitares électrique et acoustique [tous les titres], chœurs [1,6,7,8])
Bruce Botts
(guitare [1,2,4,5,7,9], chœurs [5])
Steve Tassler
(batterie [6,8], percussions [1,4,5], synthétiseur [4], chant [1,2,6,8])
Al Lewis
(chant [tous les titres, sauf 8], chœurs [sauf 8], batterie [9], percussions [sauf 8], MemoryMoog [9])
Herb Schildt
(claviers [1,2,6,7,8])
John O'Hara
(claviers [3,4,9])
Neal Robinson
(claviers [5,6,8])
Steve Hagler
(guitare [6], chœurs [1,4,7])
Terry Luttrell
(chant [8], chœurs [7])
Mark McGee
(guitare [1,4,7])
Jeff Koehnke
(batterie [2,5])
Scott McKenzie
(batterie [1,4,7])
EXTRAITS AUDIO :
STARCASTLE
"Song Of Times"
États-Unis - 2007
Progrock Records - 57:19
Dans le prog, comme dans tout autre courant musical, on trouve de grosses locomotives, ces groupes qui créent le mouvement et imposent presque naturellement leurs idées, tandis que d’autres s’accrochent aux wagons comme ils peuvent, avec une prise de risque minimale. Et puis il y a, quelque part entre les deux, des «loosers magnifiques», bourrés de talent, forçant le respect par la haute qualité de leurs productions, mais incapables de s’imposer grâce à une vision musicale un tant soit peu personnelle. Starcastle, dont le renom flatteur – bien que teinté d’une méchante réputation de faussaire – lui doit d’être encore aujourd’hui considéré avec déférence, fait bien évidemment partie de cette dernière catégorie. Certes, ses nombreux – et indiscutables – emprunts à la musique de Yes, même revue à la sauce FM, n’ont guère joué en sa faveur (que n’as t’on entendu à ce sujet !), tout comme le caractère tardif de sa percée dans la deuxième moitié des années 70, mais il n’en reste pas moins que ses deux premiers albums, l’éponyme Starcastle en 1976, suivi de Fountains Of Light l’année suivante, demeurent deux pièces marquantes du rock progressif symphonique, formidablement inspirées et interprétées, que je n’hésite pas à considérer comme des classiques du genre. L’histoire lui aura par la suite été ingrate, les deux albums suivant tentant de satisfaire davantage aux critères radiophoniques de l’époque, mais avec un succès déclinant. Real To Reel, en 1978, sera en quelque sorte le chant du cygne de Starcastle, qui s’empressera de renier ce disque trop formaté pour être honnête, sonnant parfois presque comme du Status Quo. Le groupe tente alors de surmonter cette mauvaise passe, joue les utilités sur scène en première partie des plus grands, mais se désagrège inéluctablement, malgré les efforts tenaces de son bassiste, Gary Strater, force vive et principal compositeur, qui tentera maintes fois de lui insuffler une seconde vie, et ce jusqu’à son décès en 2004, d’un cancer du pancréas. Fin de l’histoire ?
Evidemment non, petits malins, sinon à quoi bon entamer cette chronique ? On savait Gary Strater opiniâtre, et ses efforts, même posthumes, n’auront pas été vains, puisqu’ils lui auront permis, après avoir renoué avec le guitariste Bruce Botts (ancien membre de la formation entre 1982 et 1985), de recruter un nouveau chanteur (Al Lewis, ex-chanteur d’Alaska, souvenez-vous de ce groupe originaire de Pennsylvanie, auteur d’un opus éponyme resté sans suite mais assez remarqué en 1998), tout en s’entourant de nombreux «session-men», pour donner vie à de nouvelles compositions, dont on ignore la période exacte de genèse. Peu de choses filtrent pour autant, et c’est presque par surprise que l’on apprend la sortie de Song Of Times début 2007, sur le label californien Progrock Records, comme si le projet s’était concrétisé de façon abrupte. Plus fort encore, l’intérêt se mêle à l’étonnement lorsque l’on découvre que toutes les parties de basse (à l’exception d’un titre, qui en est tout simplement dénué) ont été assurées par Gary Strater lui-même avant sa disparition, et que la totalité des membres historiques de Starcastle (ceux de la première formation, soit la période couvrant les quatre premiers albums studio) ont pris part aux enregistrements à des degrés divers (Terry Luttrel, par exemple, ne retrouve sa place de chanteur que le temps d’un seul titre, «All For The Thunder», cédant sa place à Al Lewis sur le reste de l’album, de même que Steve Hagler, seulement présent à la guitare sur «Love Is The Only Place»). C’est cette formation régénérée (Terry Luttrell et Herb Schildt - le claviériste - en moins, mais augmentée d’un nouveau bassiste du nom de Woody Lingle, et accompagnée d’Oliver Wakeman aux claviers), qui ira jusqu’à se produire sur scène fin avril 2007 à l’occasion du Rites Of Spring Festival en Pennsylvanie, avec le renfort d’Annie Haslam en invitée de prestige. Autrement-dit, un retour en grandes pompes !
Les présentations étant re-faites, qu’en est-il maintenant du contenu de ce beau Song Of Times qui, pour ne rien gâcher, se voit agrémenté d’une fort avenante - bien que très baroque - pochette de Ed Unitksy (graphiste de The Tangent, Manning…) ? Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’effet de surprise retombe dès les premières secondes, même si cela ne présume en rien de la qualité de l’opus (ce serait même plutôt bon signe, en fait…). Hosanna au plus haut des cieux, Starcastle, LE Starcastle des années 70, est assez fièrement ressuscité ! Abstraction faite de la production très ‘clean’, de quelques timbres de synthé trop clinquants pour sonner authentiques, et surtout du chant de Al Lewis, tout à fait décent mais un poil plus terrien que celui de Terry Luttrel (je n’ose dire moins évocateur de Jon Anderson…), du fait d’une tessiture plus grave, tous les ingrédients qui ont fait le son et le succès relatif du groupe sont présents, réunis avec un dosage impeccable : basse grondante et trépidante, ‘Squireienne’ en diable, nappes d’orgue enveloppantes, petits riffs piquants de synthé ou de guitare, rythmique plombée, accords de voix éthérés que l’on croirait samplés sur The Yes Album, et surtout cette fougue intacte, alliée à une efficacité FM longtemps dépréciée par les amateurs de rock dits intègres, mais au charme aujourd’hui gentiment suranné. Le plaisir est donc bien là, instinctif, presque immédiat, trop sans doute pour ne pas très vite s’émousser au fil des écoutes, mais ne le boudons pas. Pour ce grand retour, Starcastle a soigné la forme, on aurait juste aimé qu’il approfondisse davantage le fond.
S’il fallait rapprocher Song Of Times d’un album précédent du groupe, c’est indéniablement à Citadel (1977) qu’il conviendrait de se référer, disque de transition rompant avec l’ambition progressive des deux premiers opus, mais néanmoins constitué de morceaux fort inspirés, en dépit de leur caractère plus formaté. Ainsi en est-il des neufs titres de Song Of Times (je fais volontairement abstraction de la piste finale, ‘radio edit’ un peu vain du deuxième morceau de l’album), belles chansons accrocheuses masquant habilement leur superficialité - bien plus encore, selon moi, que sur Citadel, qui a étonnamment bien résisté aux assauts du temps - derrière un somptueux paravent instrumental. Entre jolies mélodies éthérées (sur «Song Of Times», «Islands» ou «Children Believe», titres fort sympathiques au demeurant) et refrains nerveux imparables («Red Season», «Love Is The Only Place», «All For The Thunder»…), seul le très ‘tubesque’ «Babylon» possède un chorus instrumental un tant soit peu développé, même si son caractère atmosphérique sert avant tout d’écrin aux ébats posthumes de la basse de Gary Strater. A dire vrai, Song Of Times est sans doute l’album que Starcastle aurait dû sortir en 1978, à la place du bancal Real To Reel, pour tenter de concilier les exigences de sa maison de disque d’alors (CBS) avec les attentes de ses fans. L’histoire étant ce qu’elle est, cela n’aurait sans doute pas changé grand chose au destin du groupe, si ce n’est réconcilier ses membres avec leur ultime production discographique.
Au total, sans s’imposer comme le disque le plus marquant du groupe (bien plus personnel que Real To Reel dans son genre, tout en restant légèrement en deçà de Citadel), Song Of Times s’avère un album de retour fort décent, mais dont le sens reste problématique. S’agit-il du renouveau tant attendu du groupe, ou d’un épilogue en forme de feu d’artifice ? Aucune annonce officielle, à ma connaissance, n’ayant été faite quant à la préparation d’un éventuel successeur, je serais tenté d’y voir avant tout un bel hommage à l’inspiration et à la ténacité d’un homme. Car, qu’on le veuille ou non, sans Gary Strater (principal artisan du son du groupe et, il convient de le souligner, seul membre à en avoir assuré la continuité durant presque trente-cinq ans), Starcastle ne sera plus jamais pareil. Je n’ose lui dire adieu, mais lui souhaite bon vent, comme à cet étrange navire céleste qui illustre désormais sa musique…
Olivier CRUCHAUDET
(chronique parue dans Big Bang n°66 - Été 2007)


