
PISTES :
1. Eh! Ah! (4:53)
2. Apoteotico (4:52)
3. Phileas Fogg (11:11)
4. Per Vederlo Devi Chiudere Gli Occhi (4:11)
5. L'altra Marea (8:33)
6. Instanbul Di Giorno (5:58)
7. Concerto No.1 Per Pianoforte E Sgabello (0:58)
8. Il Nulla Respira (7:24)
FORMATION :
Cristina Atzori
(batterie, percussions)
Antonio Severi
(guitares, claviers)
Allesandro Vittorio
(basse, claviers)
INVITÉS :
Enrico Angelini
(guitare électrique)
Silvia Tarozzi
(violon)
STEREOKIMONO
"Ki"
Italie - 2001
Iridea - 48:09
«Chouette, un nouveau groupe japo...». Stop ! Je vous arrête tout de suite : Stereokimono nous vient d'Italie, de Bologne plus précisément. «Chouette alors, un nouveau groupe italien !!»... Pas vraiment, puisque le trio (auquel deux invités sont venus prêter main forte) a été fondé en 1988, avec la ferme intention de briser les frontières entre les différents genres musicaux. Idée originale à cette époque, n'est-ce pas ? Il aura donc attendu treize ans avant de sortir son premier album...
Le lien avec la scène italienne n'est pas évident, car la musique proposée s'éloigne sensiblement des courants issus de ce pays. Pas de romantisme ni d'expérimentations mais plutôt une fusion intelligente de diverses influences stylistiques. Le propos est globalement rock (le son aussi) avec des détours par le symphonisme, le jazz et les musiques traditionnelles. Sans être révolutionnaire, la démarche, qualifiée humoristiquement de «psychophonic oblique rock» par le groupe lui-même, s'avère donc intéressante, car singulière, dans le contexte actuel.
Totalement instrumental (à l'exception de quelques récitatifs en allemand), Ki doit s'appréhender comme une œuvre illustrative, une invitation au rêve. On pense alors au Finisterre de In Ogni Luogo, avec toutefois une pulsion rock moins affirmée et une densité supérieure, chaque morceau étant conçu comme le développement de climats autour d'un thème mélodique souvent obsédant.
Dominées par des guitares tour à tour lyriques et fiévreuses, les huit compositions (essentiellement écrites mais laissant la place à quelques séquences improvisées) alternent passages calmes, voire planants (on songe parfois à Eloy) et atmosphères plus tendues. Les claviers, bien qu'utilisés principalement en accompagnement (on dénombre quand même deux ou trois solos), ont un rôle essentiel. Leur utilisation originale, en nappes ou en effets synthético-bruitistes (!?), confère à l'ensemble une personnalité et une richesse ornementale garantissant un plaisir d'écoute durable.
Quant à la section rythmique, si la basse est très présente, la batterie pourrait faire preuve de plus de légèreté. Je ne dis pas ça parce que le poste est tenu par une femme (ne m'accusez pas de misogynie !!), mais le fait est que si une certaine lourdeur se ressent par endroits, le jeu percussif trop stéréotypé n'est certainement pas étranger à ce constat.
Par ailleurs, on peut regretter une absence de rythmes plus rapides (pour renforcer les contrastes), un guitariste pas toujours très expressif et quelques transitions brutales. Heureusement, l'originalité et la qualité des arrangements, ajouté à la densité instrumentale et à l'inspiration mélodique constante, font que les défauts s'avèrent somme toute mineurs, mais aussi rassurants car synonymes de progression puisqu'il s'agit, rappelons-le, d'un premier album.
Les membres de Stereokimono conçoivent leur musique comme une «expérience psycho-sensorielle». Une écoute attentive est nécessaire pour bien assimiler les structures et les thèmes qui peuvent sembler un peu complexes au départ, mais qui finissent par ne plus vous lâcher. On se surprend à se repasser le disque, même si la sensation de passer à côté de quelque-chose de meilleur encore dissimule une once d'amertume.
Il faut se dire que ce n'est que partie remise, que le second opus sera de haute tenue et rempli de moments forts. Compte tenu des compétences affichées et du potentiel existant, Stereokimono dispose de nombreux atouts pour que le successeur de Ki nous assène un violent coup derrière la tête. K.O. !
Yann CARREAU
(chronique parue dans Big Bang n°39 - Mai 2001)

