BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

CD 1 :
1. The Observer (11:05)
2. Head Above Water (5:25)
3. Dirt (8:15)
4. Everyone Wants To Rule The World (4:05)
5. Spirit Of The Rebel (6:10)
6. Unforgiven (3:00)
7. Dog With A Million Bones (8:10)
8. Sex Kills (7:20)
9. Outcast (7:50)

CD 2 :
1. The Unwanted (9:00)
2. Remember (6:55)
3. It's All About Money (8:05)
4. Everybody Is Trying To Sell You Something (6:55)
5. Hotrod (The Atomic Wrestler) (9:10)
6. Mercy (2:40)
7. People That Have The Power To Shape The Future (11:05)

FORMATION :

Roine Stolt

(chant, guitares électrique et acoustique, percussions)

Neal Morse

(chant, orgue Hammond)

Slim Pothead

(piano Wurlitzer, mini Moog, orgue Hammond)

Victor Woof

(basse Fender)

Marcus Liliequist

(batterie)

Hasse Bruniusson

(percussions)

Gonzo Geffen

(congas, percussions, boucles)

ROINE STOLT

"Wallstreet Voodoo"

Suède - 2005

InsideOut - 61:40 / 53:24

 

 

Même s'il reste très prolifique avec son groupe (est-il besoin de rappeler que ce sont bien des Flower Kings dont on parle ici ?), Roine Stolt ne nous aura que très peu gâtés de ses œuvres solos au cours de la dernière décennie. Après The Flower King en 1994, cela fait déjà pas loin de sept ans qu'a été publié Hydrophonia, dernier album sorti sous le nom du leader des Rois des Fleurs. Cet Hydrophonia nous présentait alors des morceaux instrumentaux très réussis, qui développaient une alternative intéressante à ce que le suédois pouvait proposer au sein de son groupe. Handicapé par une longueur excessive - chassez le naturel, et il revient au galop ! - l'album nous offrait néanmoins une cohérence que l'on rêverait revoir un jour chez les Flower Kings.

Nous voici donc en 2005, et après huit albums studio avec son collectif et de multiples collaborations au sein d'innombrables projets tous aussi prog les uns que les autres, Roine Stolt a voulu, avec Wallstreet Voodoo, s'accorder une petite pause et nous faire partager son amour pour... le blues !... En même temps, on a eu de la chance qu'il ne s'amourache pas de la polka ou pire du disco, je vous laisse imaginer le résultat !

Partant de cette noble idée, notre ami s'est enfermé dans son studio et à invité quelques collègues dont Neal Morse, Hasse Bruniusson ou encore Marcus Liliequist, pour un joyeux petit bœuf, le reste des invités étant crédités sous des pseudonymes ridicules pour d'obscures raisons dont seul le Sieur Stolt a semble-t-il la clef. Au fur et à mesure que l'exercice prenait forme, Roine a élargit son champ d'action en incluant des références qui lui étaient chère en provenance direct des bienheureuses décennies 60 et 70 à savoir Cream, Procol Harum, Jimi Hendrix, Fleetwood Mac ou Joni Mitchell. Le résultat de ces longues jams se retrouvent donc sur ce double album.

A la question : que fait Roine Stolt quand il veut rendre hommage à ses idoles ? La réponse est toute simple : il fait du Roine Stolt !... Cette petite galéjade bien innocente et non dénuée d'une pointe d'ironie, exprime finalement bien ce qu'une bonne partie d'entre nous pense en réalité. A force de coucher sur CD toutes les idées qu'il a en tête, Roine Stolt commence peut-être un peu à tourner en rond et nous montre quelques signes de fatigue. Non pas que cette double galette soit désagréable, mais Stolt ne fait ici que nous présenter, si on peut le résumer sommairement ainsi, une sorte de Flower Kings allégé, loin des objectifs fixés au départ.

Il est à peu près sûr qu'une bonne partie des amateurs de sa musique l'ont également été d'une partie des groupes précédemment cités. Malheureusement, notre ami, en s'imposant un tel exercice de style, n'a pas pu s'empêcher de nous ressortir quelques-uns de ses tics. Oh, tout n'est pas mauvais dans cet album, loin s'en faut ! Mais il est simplement dommage de voir un artiste aussi talentueux que Roine Stolt se fourvoyer dans des projets en demi-teintes, alors que ceux-ci auraient pu être un peu mieux peaufinés, et surtout un peu raccourcis. Alors qu'à l'époque des vinyles, on se contentait volontiers des 45-50 minutes maximum imposées par le format du support, beaucoup se sentent maintenant obligés de remplir les CD à ras-bord. Et la déception est alors trop souvent au rendez-vous.

Le but fixé au départ était donc de nous proposer une musique simple et authentique, mais ici, nous sommes plutôt en présence de morceaux longs, ne sachant pas où se placer entre rock 'mainstream' et propos plus typiquement prog. Il y a finalement très peu des seventies dans ces morceaux, on est vraiment dans la plus pure tradition des Flower Kings mais avec l'inspiration en moins.

Au chapitre des réussites, on peut néanmoins citer l'entraînant «Everyone Wants To Rule To World» avec Neal Morse au chant et au solo final à la guitare joliment amené, ou encore ce qui s'avère être le sommet de l'album : «The Unwanted». Du haut de ses neuf minutes, ce morceau est le plus représentatif de ce que l'on aurait put attendre de Roine Stolt sur cet album, à savoir une interprétation personnelle du blues. Après donc une introduction bluesy où la voix de Stolt prend une forme tout à fait inédite, nous voilà partis pour un long solo enfiévré. Les 2 minutes 30 restantes sont un vrai bonheur. Roine nous ressort sa slide et nous sert un superbe thème très lyrique, accompagné - c'est assez rare pour être souligné - par de discrets cuivres en accompagnement.

En nous livrant un album simple avec des compositions typiquement blues, Roine Stolt aurait peut-être pu s'attirer les louanges de ses habituels fans et la sympathie d'un nouveau public, mais ici le suédois n'arrivera finalement pas à contenter grand monde. La musique proposée par Wallstreet Voodoo s'apparente plus à du Flower Kings avec la sophistication en moins qu'à un hommage aux idoles de Stolt dont fait office le présent album. A ce titre la reprise de «Sex Kills» de Joni Mitchell est tout à fait significative. Alors que l'original est remarquable, tant dans la composition que dans les arrangements, Roine nous transforme ce petit bijou en morceau pataud et dénué de toute finesse. Dommage...

Julien GOARNISSON

(chronique parue dans Big Bang n°60 - Décembre 2005)