
PISTES :
1. Breaking Down Walls (0:51)
2. Some Time, Some Way (7:56)
3. Reach Outro (3:38)
4. Cathedral Of Love (8:58)
5. City Of Dreams (9:38)
6. Golden Age (8:07)
7. The Promise (13:28)
FORMATION :
Stephen Nardelli
(chant)
Chris Squire
(basse, chœurs)
Paul Stacey
(guitare, chœurs)
Gerard Johnson
(claviers, chœurs)
Jeremy Stacey
(batterie)
The SYN
"Syndestructible"
Royaume-Uni - 2005
Umbrello Records - 52:399
Il aurait été légitime, en découvrant le "livret" - pour le moins sommaire et peu alléchant - du nouveau The Syn (on peut se demander si, après quatre décennies d'absence, l'adjectif "nouveau" est vraiment de mise !), de craindre le pire. L'emballage, c'est le moins que l'on puisse dire, est assez raté. Mais on le sait bien, il ne faut pas se fier aux apparences. Et en l'occurrence, il s'avère que nous sommes en présence d'une magnifique réussite musicale sur (presque) toute la ligne. On verra un peu plus loin que le "presque" en question ne dévalue que très peu cette petite merveille.
D'entrée de jeu, tout sonne comme du Chris Squire dans ce qu'il sait faire de mieux : basse, chant et, bien sûr, compositions plus personnelles que jamais. "Breaking Down Walls" ouvre l'album de telle façon qu'on se croirait revenu trente ans en arrière. L'âme de Yes ressurgit, rugit dans un calme apparent. Et il en sera de même sur la quasi-totalité de l'album.
Tout est, en effet, homogène de bout en bout. A aucun moment on ne sombre dans l'exercice de style : c'est de la composition pure et dure, sans artifices, qui sait aller à l'essentiel. Autrement dit, de bonnes chansons qui - on peut en être certain - ne vieilliront pas - pour la simple raison qu'à son écoute, cet album est déjà intemporel, au-delà du fait qu'il nous renvoie à une époque bénie pour la musique progressive, tout en étant bougrement actuel. Il plane au-dessus des modes et des âges, et c'est là sa grande force.
Les sons utilisés, de la même manière, n'ont que peu à voir avec l'environnement "numérique" actuel, préférant opter pour une approche plus "brute". On sent que le groupe s'est fait plaisir, pour notre plus grande satisfaction, en ayant recours à une instrumentation plutôt traditionnelle.
Pour en revenir à Yes (comment faire autrement ?), tous les ingrédients qui ont fait la réputation du groupe sont présents, excepté peut-être les démonstrations de virtuosité de Wakeman ou Howe. Pas d'effets gratuits. Les musiciens, sans être exceptionnels (Squire mis à part), tiennent très bien leurs rôles, et ce en parfaite osmose avec les compositions.
Celles-ci, bien que souvent co-signées par les autres musiciens, portent clairement la griffe de Squire. On peut toutefois regretter (et c'est là qu'intervient le petit bémol dont je parlais au début) que ce dernier n'ait pas officié comme chanteur principal. Il semble avoir définitivement laissé cette idée de côté avec The Syn. On se contentera donc de la voix de Steve Nardelli (qui s'occupe aussi des textes), pas désagréable en soi, mais non dénuée de limites, surtout en ce qui concerne la puissance dans le registre aigu.
Malgré l'excellente tenue de l'ensemble, on confessera une faiblesse particulière pour "Cathedral of Love" (8:58) et "The Promise" (13:26), qui sont assurément les deux pièces maîtresses de Syndestructible. Toutefois, au fil des écoutes, on prend un plaisir croissant à écouter l'album d'un bloc. Il n'empêche que "Cathedral of Love" est l'une des plus belles compositions de Squire, toutes époques confondues, ce qui n'est pas rien : les mélodies sont certes accrocheuses, mais n'en sont pas moins riches et souvent complexes... "comme au bon vieux temps".
Voici donc un album qui devrait ravir à la fois les amateurs de rock progressif pur et dur et ceux d'un rock sophistiqué à la fois riche et accessible. Rarement ce compromis délicat aura été réussi aussi brillamment.
Quand en plus cette réussite se double d'une évidente sincérité, on ne peut que souhaiter que l'aventure se prolonge. Au vu des incertitudes actuelles quant à l'avenir de Yes, il est rassurant de pouvoir compter sur une "nouvelle" valeur sûre...
Frédéric BELLAY
(chronique parue dans Big Bang n°60 - Décembre 2005)

