
PISTES :
1. M.O.T.H. (11:20)
2. Beggar's Tale (2:47)
3. Distant Light (5:35)
4. Zinjanthropus (12:31)
5. Industryopolis (6:33)
6. Forbidden (3:22)
7. Light Speed (2:58)
8. The Journey Of Myrrdin (17:29)
FORMATION :
Carl Baldassarre
(guitare, guitare synthétiseur, basse, chant)
Sam Giunta
(piano, synthétiseurs)
Paul Mihacevich
(batterie, percussions, chant)
EXTRAITS AUDIO :
SYZYGY
"The Allegory Of Light"
États-Unis - 2004
Autoprod. - 62:49
Il faut remonter au numéro 12 de Big Bang, celui de l'été 1995 pour entendre parler de ce trio américain, Syzygy. Et encore, à l'époque, il se nommait encore Witsend. Il fut l'auteur de l'album Cosmos And Chaos. N'ayant eu le souci de protéger leur nom, le groupe dut le changer et opta pour Syzygy, un barbare terme d'astronomie.
C'est par ailleurs amusant, lorsque l'on relit ce qui a été écrit à l'époque par mon confrère Christian Aupetit, de voir que ses prophéties se sont concrétisées, certes, mais avec une bonne décennie de retard !
Car par rapport à son devancier, Syzygy propose des morceaux d'une longueur plutôt conséquente, là où ceux de Cosmos And Chaos ne dépassaient pas les sept minutes, tandis que, maintenant, tous les titres sont joués par les trois intervenants alors que sur douze morceaux, seuls cinq étaient interprétés en trio en 1994.
Par contre, et c'est là une question de goût divisant sans doute un bon nombre de fans de rock progressif, Christian reprochait à l'époque une trop grande densité d'idées au sein des morceaux, donnant là matière à plusieurs albums. Personnellement, je juge qu'un trop-plein d'idées est souvent bénéfique, le rock progressif actuel me semblant souffrir d'une trop grande dilution. Le débat est lancé...
Pour le cas qui nous intéresse ici, nous ne sommes pas avares de breaks multiples, de virtuosités instrumentales (chaque instrumentiste maîtrise amplement son art, ne manque, à mon sens, qu'un bassiste «à plein temps»), de complexité rythmique et de compositions «à tiroirs» nanties d'une profusion de thèmes et d'un surplus d'idées, fait plutôt rare de nos jours (dans le prog symphonique s'entend) donc. En fait, au même titre qu'il existe, dans le domaine culinaire, le fameux «French Paradox», on pourrait, en ce qui concerne le rock progressif, parler d'un paradoxe américain, tant les caractéristiques du groupe (complexité, virtuosité et profusion de thèmes) n'enlèvent en rien à l'accessibilité et l'assimilation immédiates de la musique.
On l'a vu, sur The Allegory Of Light, le groupe a rallongé ses morceaux. Ceux-ci, désormais n'hésitent plus à dépasser la dizaine de minutes et lorsqu'ils demeurent plus courts, c'est parce qu'ils font office d'intermèdes plus calmes et donc de respirations au milieu de ce déluge sonore. Déluge dominé par la guitare omniprésente de Carl Baldassare, même si elle n'est en aucun cas 'metal', on est en droit de la trouver un tant soit peu agressive. Cependant, elle nous fait grâce de «murs» en rythmique et de soli stériles et inutilement véloces. Carl tient également la basse et les rares parties de chant en alternance avec le batteur Paul Mihacevich. Ce dernier se pose en fin émule de Neil Part, batteur de Rush, tant son jeu, efficace au niveau rythmique, est agrémenté de fioritures et de trouvailles percussives en tout genre. A titre d'exemple, Paul offre à l'instrumental «Distant Light» (5:35) une pulsation et un sens épique purement jouissifs. Les synthétiseurs de Sam Giuntz sont loin d'être en reste, ils occupent, souvent sous formes de nappes, le fond sonore. Sam ne se trouve sur le devant de la scène que lorsque le piano fait son entrée, ce dernier est particulièrement à la fête sur le long titre conclusif «The Journey Of Myrrdin» (17:29).
En résumé, une musique riche, puissante, très bien interprétée qui offre un très bon compromis entre complexité et accessibilité. Des musiciens qui ne cachent pas leur amour pour la musique progressive et les grands groupes de l'âge d'or tout en donnant une dimension personnelle et une indéniable modernité à leur œuvre, bref tout ce qu'est en droit d'attendre un fan de prog symphonique à la fois musclé, racé et sophistiqué d'un groupe récent... Euh... faudra-t-il attendre encore dix années avant le prochain album ?
Fabien CLAIR
(chronique parue dans Big Bang n°53 - Mai 2004)


