
PISTES :
1. Barbituricus (15:16)
2. Coornibus (8:41)
3. Flat Spectre (12:34)
4. Ragtime (2:40)
5. No Way! (1:24)
6. Mister Green (4:35)
7. Mister Grey (4:33)
8. Aspartamus (7:33)
9. Super Flat Moon (11:35)
FORMATION :
Loïc Bernardeau
(batterie, percussions, chant)
Sébastien Constant
(claviers, chœurs)
David "Stuart" Dosnon
(basse, chœurs)
Anthony Gabard
(guitare, chœurs)
INVITÉS
Vincent Boisseau
(saxophones, clarinette)
Fournier brothers
(violon, violoncelle)
Mathias Curit
(trombone)
Sandrine Piat
(chœurs)
Hélène Sonnet
(Flûte, chœurs)
Vanessa Ferjoux
(chœurs)
TAAL
"Mister Green"
France - 2000
Muséa - 68:31
Une chose est sûre, ce premier opus du groupe francilien ne risque pas, et c'est tant mieux, de passer inaperçu dans la pléthorique production actuelle. En effet, voilà une œuvre à l'ambition affichée, qui semble être de faire sienne tous les apports de ces trente dernières années pour créer une musique progressive personnelle.
Comme la présente le groupe lui même, cette musique, ténébreuse et fantasmagorique, est transcendée par une phénoménale rage de jouer, une sauvagerie qui vous cloue littéralement au plancher. Son propos, principalement axé sur l'enchaînement de mini-plages complexes, tour à tour déchaînées ou plus lyriques, est presque épuisant. A tel point qu'il faut plusieurs écoutes pour digérer l'objet.
C'est peut-être là, plus que le mixage (souvent tributaire de moyens financiers modestes), que l'on peut détecter encore une certaine immaturité, notamment dans l'art de l'enchaînement. Les compositions gagneraient sans doute à être plus ramassées plutôt que s'évertuer dans une chevauchée thématique sans fin. Pour schématiser le propos, vous prenez une rythmique imparable, qui se lance dans des polyrythmies diverses, sur laquelle se déchaîne la guitare qui, omniprésente, est le principal artisan du son Taal. Celle-ci, hormis quand elle prend le rôle de soliste, est souvent trop brute et trop saturée, ce qui lui donne un aspect par trop rugueux. C'est peut être dû à une production certes honnête mais un peu confuse qui «assèche» l'amplitude sonore.
Bien heureusement, cela ne suffit pas à étouffer l'inventivité et la fougue du quatuor qui flirte, pour vous donner une idée, entre le progressif torturé à la Änglagård, l'ampleur de Kalaban, la folie de French TV et la préciosité classisante de Renaissance. Auxquels s'ajoute des incursions dans le jazz, le hard-prog, le classique, la musique médiévale et même le RIO. Vous le constaterez, voilà une véritable profession de foi progressive qui évite toutefois l'aspect fourre-tout, puisque les musiciens ont les reins assez solides pour donner au tout une indéniable cohérence.
Si cette succession de thèmes alambiqués aurait tôt fait de nous lasser quelque peu, les musiciens ont eu l'intelligence d'inclure des plages plus paisibles où la flûte notamment fait merveille. Pour ce qui est des pièces centrales, sorte de mini-sketches de théâtre, elles sont le ventre mou de l'album : gâchées par des vocaux peu convaincants, c'est une parenthèse inutile qui a le mérite d'être courte, avant que le combo ne reprenne la voie prise par le morceau d'ouverture.
Si certains progrès peuvent indéniablement amener Taal à une meilleure maîtrise de son art, voilà cependant une œuvre magistrale, qui transcende totalement ses multiples influences pour amener directement le groupe en première division et qui devrait satisfaire une grande partie des chapelles progressives, tant le propos s'avère concorder à de nombreuses sensibilités musicales.
Olivier PAUTONNIER
(chronique parue dans Big Bang n°38 - Janvier 2001)

