BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

The World That We Drive Through pochette

PISTES :

1. The Winning Game (11:09)
2. Skipping The Distance (8:55)
3. Photosynthesis (7:39)
4. The World We Drive Through (12:57)
5. A Gap In The Night (18:22)
Piste bonus édition limitée :
6. Exponenzgesetz (14:00)

FORMATION :

Andy Tillison

(claviers, chant)

Roine Stolt

(guitares électriques, chant)

Jonas Reingold

(basse)

Zoltan Csörsz

(batterie)

Guy Manning

(guitares acoustiques)

Sam Baine

(claviers)

Theo Travis

(saxophones, flûte)

EXTRAITS AUDIO :

THE TANGENT

"The World That We Drive Through"

Int. - 2004

Inside Out - 59:04

 

 

Après le succès de The Music That Died Alone, œuvre conçue comme un hommage au rock progressif des années 70, Andy Tillison s'est semble-t-il pris au jeu et a décidé de poursuivre l'aventure The Tangent. Ce qui devait être au départ un simple projet solo est en fait devenu un groupe à part entière, et ce nouvel album est là pour le confirmer. Le claviériste est toujours entouré de Roine Stolt, Jonas Reingold, Zoltan Csörsz, Sam Baine et Guy Manning; seul David Jackson, occupé par des tournées et des enregistrements, a été remplacé par Theo Travis. Ce dernier ne nous est pas inconnu puisqu'il a notamment joué avec Gong, Porcupine Tree ou encore Richard Sinclair.

The World That We Drive Through poursuit dans la voie tracée par son prédécesseur tout en cherchant à varier les ambiances et à intégrer d'autres styles. Sur le plan de l'écriture, si Andy Tillison signe tous les textes, il n'est plus auteur de toutes les musiques. Sam Baine et Guy Manning apportent leur contribution, respectivement sur «Photosynthesis», morceau empreint de romantisme, et «A Gap In The Night», suite de 18 minutes dont la genèse remonte en fait à 1993 ! On peut d'ailleurs entendre une version d'époque en bonus sur la réédition de The Corner Of My Room de Parallel Or 90 Degrees. Cette pièce épique a donc été spécialement retravaillée (ajouts de nouvelles sections) et n'a finalement plus grand chose à voir avec la première mouture, si ce n'est qu'elle a gardé l'influence majeure de la 'précédente' formation d'Andy Tillison, j'ai nommé Van Der Graaf Generator.

Cette fascination revendiquée pour Peter Hammill et sa troupe nous amène à qualifier The Tangent de Flower Kings à tendance sombre. Il serait encore plus pertinent d'ajouter 'jazzy', composante manifeste et aisément décelable à travers l'utilisation du piano, de l'orgue et du saxophone. Si ces deux formations, au-delà de leurs trois membres communs, ont une démarche assez similaire, à savoir perpétuer à leur manière une certaine tradition progressive, The World That We Drive Through s'avère à mon sens globalement plus réussi que Adam & Eve. Sa dimension progressive, bien que moins symphonique, est plus affirmée : contrastes plus marqués, développements instrumentaux plus étendus (même si le chant est assez présent), meilleur équilibre entre guitares et claviers, compétences techniques des musiciens mieux exploitées (la section rythmique Reingold-Csörsz est plus à son aise dans un registre jazz-fusion où elle s'exprime pleinement), pas de chansons inopportunes... 60 minutes sans fausses notes.

The Tangent diversifie sa musique sans s'éparpiller ni céder à la facilité (hormis peut-être quelques refrains un brin racoleurs) et nous propose du prog pur jus de très haute tenue. Pour être tout à fait honnête, disons que la composition de Sam Baine, un peu trop convenue, est quand même un ton en dessous du reste. Le morceau d'ouverture, «The Winning Game», le morceau titre ainsi que «Skipping The Distance» s'inscrivent dans la droite lignée de The Music That Died Alone, à savoir un mélange bien dosé entre parties chantées et envolées instrumentales, atmosphères et acrobaties, feeling et technique. Les structures sont alambiquées comme il se doit, offrant de multiples rebondissements et délivrant leurs richesses au fil des écoutes. Les interventions de Theo Travis (à la flûte et au saxophone), dans un rôle essentiellement harmonique, sont délectables et enrichissent intelligemment la texture sonore. Enfin, à l'instar du précédent album, l'école de Canterbury est saluée (mais indirectement cette fois-ci)... pour mon plus grand plaisir !

Inspiration mélodique, arrangements complexes, diversité, soli parfaitement maîtrisés, sonorités travaillées, mise en place impeccable... dans la catégorie 'progressif traditionnel' The World That We Drive Through n'a cette année pas beaucoup d'adversaires à sa hauteur.

Yann CARREAU

(chronique parue dans Big Bang n°55 - Octobre 2004)