
PISTES :
1. In Earnest (20:03)
2. Lost In London (8:08)
3. DIY Surgery (2:16)
4. GPS Culture (10:07)
5. Follow Your Leaders ( 9:21)
6. The Sun In My Eyes (3:44)
7. A Place In The Queue (25:19)
CD bonus (édition limitée) :
Titres bonus :
1. Promises Were Made (7:26)
2. The First Day At School DEMO* (5:30)
3. Forsaken Cathedrals (4:54)
Versions alternatives :
4. The Sun In My Eyes - Extended Mix (9:12)
Instrumentaux :
5. Grooving On Mars (LIVE at Karlsruhe Germany 2005) (6:16)
6. Kartoffelsalat Im Unterseeboot (13:37)
FORMATION :
Andy Tillison
(orgue, piano, moog, guitare, chant)
Sam Baine
(piano, synthétiseur, chant)
Jonas Reingold
(basse)
Theo Travis
(saxophones, flûtes, clarinette, chant)
Guy Manning
(guitare acoustique, mandoline, chant)
Jaime Salazar
(batterie)
Krister Jonsson
(guitare électrique [sauf 4])
INVITÉ
Dan Watts (Po90)
(guitare électrique [4])
THE TANGENT
"A Place In The Queue"
Royaume-Uni - 2006
InsideOut - 79:00
Si dès son premier album, The Music That Died Alone en 2003, The Tangent fut salué, à juste titre, comme l'une des meilleures formations progressives actuelles, il fut surtout perçu comme un supergroupe, où évoluaient alors l'ex-Van der Graaf Generator, David Jackson, et rien moins que trois membres des Flower Kings - sa section rythmique, Zoltan Csörsz et Jonas Reingold et son cerveau, Roine Stolt. Pourtant, sur le plan musical, outre la qualité déployée, on pouvait déjà constater une identité bien affirmée, même si celle-ci se greffait sur un hommage clairement avoué à la diversité progressive des années 70, avec notamment de nombreux clins-d'oeil appuyés, entre autres, à VDGG ou Hatfield & the North.
Tout en perpétuant ce choix délibéré en 2004 sur The World that we Drive Through, les multiples particularités du groupe étaient reconduites avec plus d'assurance encore. Mais la politique d'association de pointures perdurait en dépit du départ de Jackson remplacé par un Théo Travis au CV plus qu'approprié. Et Roine Stolt, dont on n'aurait su en vouloir, laissait sur cet album une savoureuse empreinte tant par sa guitare que par sa voix, qui n'avait rarement été aussi valorisée. Aujourd'hui, avec A Place In The Queue, on relève deux nouveaux départs : celui de Zoltan Csörsz (la section rythmique demeurant à 100% Flower Kings puisque son remplaçant n'est autre que Jaime Salazar, titulaire originel du poste dans le groupe suédois) et justement celui, plus significatif, de Roine Stolt qui a judicieusement décidé de recentrer ses activités sur son propre groupe. On connaît la valeur test d'un troisième album. Elle apparaît ici d'autant plus cruciale qu'on ne remplace pas un guitariste d'une telle trempe, fût-ce par un très bon musicien au jeu plus sobre mais suffisamment efficace, en l'occurence Krister Jonsson (qui est aussi d'obédience 'Flower Kings family' puisqu'il officie également chez Karmakanic). Une première écoute suffira à s'en rendre compte : The Tangent est définitivement un groupe à part entière. Son expression multiforme est réafirmée avec une vigueur intacte, mais plus encore, il s'affranchit totalement cette fois de ce qui pouvait l'assimiler d'un point de vue sonore, comme de l'écriture, aux Flower Kings. Il parvient à imposer ses spécificités à l'endroit même où il aurait put être de bon ton de crier à l'absence d'originalité. Ce qui était à juste titre perçu comme un hommage aux 70's, s'est mué en un style authentique, porté par la voix très particulière (qui évoque celle d'Arne Schafer de Versus X) d'Andy Tillison et de musiciens techniquement au top. Mais si c'est bien la qualité d'interprétation qui permet aux grands jazzmen de faire valoir le caractère unique de leur talent (personne n'a d'ailleurs jamais osé leur contester leur originalité, quand bien même elle prend corps sur la reprise de vieux standards), ici, au contraire c'est bien l'écriture qui met en lumière toute l'importance du groupe et la justesse de ses vues. Aussi au plaisir de découvrir un interprétation sans faille, où le coté jazzy n'est rien d'autre qu'une des nombreuses couleurs adoptées, fait suite, peu à peu, la découverte de compositions remarquables.
Dans cet ordre d'idée, le premier morceau, «In Earnest» (20:03), est particulièrement dense et plutôt long à assimiler. Son efficacité n'en finit pas moins par s'imposer et garantir d'innombrables écoutes. Quant à la seconde suite, éponyme (25:19), elle est, à mon avis, en une période où les projets Colossus explosent le taux de production de ce type de pièces, la meilleure depuis «Garden of Dreams» des Flower Kings, qui remonte quand même à 1998. Nous y découvrons un véritable kaléidoscope atmosphérique et mélodique inséré dans l'écrin d'un thème émouvant qui évoquera autant le VdGG le plus lyrique que «Starless» de King Crimson. Entre autres moments de bravoure, on se délectera notamment d'une partie de sax totalement hallucinante, qui témoigne, on ne peut mieux, de la montée en puissance de Theo Travis (dont flûtes et clarinette aèrent et illuminent par ailleurs l'ensemble de l'album). Il y a des musiques qui donnent le frisson dès leur découverte, et dont l'effet ne cesse de s'émousser par la suite. Avec «A Place In The Queue», c'est tout l'inverse, et il arrive un moment où on comprend forcément que ce morceau va nous accompagner toute notre vie.
Avec des formats opposés, «DIY surgery» (2:16) et «The Sun In My Eyes» (3:44) sont, de façon tout à fait récréative, mis à profit pour étendre la prospection vers des rivages moins attendus pour ne pas dire plus controversés. Le premier, sur fond jazzy, joue avec les déformations vocales parmi lesquelles, une étonnante imitation de Brian Eno. Quant au second, il s'avère carrément disco. Il n'y a pas de quoi, cependant, crier au scandale. Il faut plutôt y voir derrière le second degré, la volonté de ne rien délaisser et d'éprouver une certaine liberté auprès de ceux que ce type de déconnade pourrait énerver.
Dans la catégorie intermédiaire, on trouve trois titres environnant les 10 minutes. Empreint d'une grande légèreté, «Lost In London» (8:08) est l'occasion de retrouver la si délicieuse influence canterburienne (tendance Caravan ou Hatfield & the North) devenue une sorte de marque de fabrique appréciée, même si elle reste ponctuelle, comme c'est le cas sur le très composite «GPS Culture» (10:07). Tout aussi varié «Follow your Leaders» (9:21) aborde pour la première fois des espaces cosmiques (certains diront que c'est encore du Canterbury... tendance Gong), avec notamment un fiévreux solo de synthé digne d'Ozric Tentacles.
Bref, tout se tient, s'équilibre de façon magistrale. Si bien que les quasi 80 minutes du CD (la mention «A double album on a CD» sur la jaquette arrière fait peur) s'écoulent comme du petit lait. Unité et diversité, rythme, arrangements, qualité de compositions et d'interprétations justifient le choix de la longueur qui chez d'autres s'avère trop souvent regrettable.
La réussite de la suite du duo Tillison/Manning («La Voce Del Vento») sur The Spaghetti Epic le laissait bien prévoir : le potentiel créatif de The Tangent est à la hauteur du talent de son principal compositeur. C'est tant mieux s'il intègre le gratin des musiciens progressifs, mais il n'y a pas trop de souci à se faire si tel ne devait pas être le cas. Aussi, la confirmation de cette valeur sûre, au même titre que la capacité de Neal Morse à perpétuer la flamboyance de son ancien groupe, ou que la montée en puissance d'anciennes ou nouvelles formations, contribue à la santé rayonnante des musiques progressives actuelles.
Que ça dure et surtout, que le public suive... Devant une offre aussi fournie, et de tels bijoux, il devient de moins en moins justifiable de ne pas être fan de prog !
Laurent MÉTAYER
(chronique parue dans Big Bang n°61 - Avril 2006)

