BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. La Vision (12:19)
2. La Joie (5:16)
3. La Force du Courage (8:37)
4. La Solitude dans l'Espoir (7:32)
5. La Marche (8:36)
6. La Sagesse du Destin (7:58)
7. Le Combat du Sang (10:17)
8. Le Combat des Epées (14:02)
9. La Libération (4:39)

FORMATION :

Edgar Froese

(claviers)

Jerome Froese

(guitares, claviers)

Linda Spa

(saxophone, flûte)

Thorsten Quaeschning

(claviers, batterie)

Iris Camaa

(percussions)

TANGERINE DREAM

"Jeanne d'Arc - La Révolte Éternelle"

Allemagne - 2005

TDI Production - 79:20

 

 

La dernière fois que nous avions parlé de Tangerine Dream de façon conséquente, c'était il y a dix ans, à l'occasion de la sortie de l'album Goblins Club. Depuis, beaucoup d'eau et de notes se sont écoulées, à tel point que nous vous proposerons, dans un proche avenir, une rétrospective complète de la carrière de ce groupe phare. En attendant, la sortie de leur nouveau projet mérite de s'y attarder, pas seulement parce qu'il s'agit d'une biographie musicale de notre compatriote Jeanne d'Arc (à l'occasion du tricentenaire de la cathédrale française de Berlin), mais également en raison de sa qualité intrinsèque. L'inamovible duo Edgar Froese et Jerôme Froese est ici augmenté de Iris Camaa aux percussions, Thorsten Quaeschning à la batterie et aux claviers (co-compositeur de l'album avec les Froese, sera-t-il le successeur de Schmoelling et Haslinger ?), ainsi que Linda Spa, que l'on n'avait plus revu depuis une dizaine d'années, au saxophone et à la flûte. Jeanne d'Arc est un retour au tout instrumental, après la trilogie inspirée de Dante, Inferno, Purgatorio et Paradiso.

On y retrouve le style privilégié par Tangerine Dream pendant ces quinze dernières années, à base de rythmique programmée, de plages et de sons de claviers généralement assez lumineux, ce qui n'est d'ailleurs pas toujours sans évoquer certaines de leurs réalisations des années 80 ou même des années 70 («La Vision», «La Marche»). Si la surprise n'est guère au rendez-vous (sinon une longue introduction au piano solo sur «La Solitude dans l'Espoir» et son rôle majeur dans le thème principal), la profondeur mélodique de l'ensemble est indéniable, renforcée par les interventions de saxo de Linda Spa. Cette dernière ne fait certes pas la démonstration de ses capacités techniques, mais insuffle une réelle émotion à chacune de ses partitions, généralement lentes et sobres («La Joie», «La Force du Courage» ou le lyrique «La Libération»). L'ensemble respire plutôt la joie et l'espoir, même si «Le Combat du Sang», trop diffus, est un peu plus sombre, tout comme «Le Combat des Epées», à la beauté transparente, axé sur quatre notes très clinquantes et répétitives.

On se trouve donc avec un disque atmosphérique mais qui sait multiplier les arrangements pour éviter de lasser l'auditeur, souvent avec des contrastes très fluides (note grave et métallique de clavier suivie par des envolées aiguës dominantes, flûte sur le légèrement soporifique «La Sagesse du Destin»). Certes, les amateurs du Tangerine Dream d'autrefois risquent de ne pas trouver leur compte, d'autant que la guitare électrique est aux abonnés absents, mais Jeanne d'Arc s'impose tout de même comme un album planant extrêmement mélodique et bien plus substantiel que bien des disques «électroniques» ou new age. Il témoigne cependant, problème plus large, des tendances limitées d'évolution du groupe à l'heure actuelle...

Jean-Guillaume LANUQUE

(chronique parue dans Big Bang n°62 - Été 2006)