BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

The Abnormal Observations pochette

PISTES :

1. Shruti (7:02)
2. Forget It (6:54)
3. Semanei (5:07)
4. Rhythm Of Silence (6:25)
5. Run Away (4:43)
6. Ifot (7:41)
7. Hereabouts (7:31)

FORMATION :

Adam Jurewicz

(guitares, chant)

Robert Sztorc

(batterie, vibraphone)

Lukasz Adamczyk

(basse)

Kamil Urbanski

(claviers)

INVITÉ

Marek Burda
(percussions)

EXTRAITS AUDIO :

T.A.O.

"The Abnormal Observations"

Pologne - 2006

Unicorn Records - 45:05

 

 

Derrière une iconographie fantastique fort sobre et un patronyme qui fleurent bon l'empire du milieu, se cache une jeune formation polonaise, adepte d'un hard-prog plus personnel et surprenant que celui de leurs compatriotes de Sandstone. Si la composition du groupe, avec un bassiste, un guitariste chanteur, un batteur (qui officie également au vibraphone) et un claviériste, n'a a priori rien d'original, la musique délivrée ressemble aux noces d'un metal très énervé et d'un jazz rock qui évoque à certains moments l'école de Canterbury ou la performance récente de Cerebus Effect. Parmi les défauts parfois perceptibles, il faut citer des structures un peu confuses, et une moelle mélodique au caractère trop peu affirmé. La production, honnête, manque également d'ampleur, ne rendant pas totale justice à la prestation de T.A.O. Cela n'empêche pas de saluer comme elles le méritent des compositions qui savent maintenir notre attention par des changements marqués. Les guitares, appuyées sur une section rythmique très dynamique, se fendent de riffs bien solides, incisifs et ponctuellement agressifs, tandis que les claviers magnétiques et très présents adoucissent l'ensemble, le piano, en particulier, se distinguant par une grande sensibilité. Mais la guitare sait aussi se faire plus lyrique ou délicate, tandis que les claviers participent pleinement d'emballements bien secoués. Divers effets et des sonorités synthétiques multiples rendent ce cocktail encore plus prenant.

Mais plusieurs titres s'écartent de cette définition forcément un peu réductrice, essentiellement par la voix de Adam Jurewicz. Son timbre a beau souvent se rapprocher de celui de Steve Howe, il se sert de son organe pour faire le grand écart, criant ou caressant avec délicatesse nos oreilles, et sait délivrer des vocalises et des onomatopées diverses (exclusives sur «Shruti»), qui participent pour beaucoup du charme de T.A.O. Pour la dominante plus directement metal, on a «Se Ma Nei», qui s'apparenterait presque à du Pain of Salvation, en moins fort mélodiquement. Du côté plus apaisé, «Rhythm of Silence» est un titre surtout acoustique, où la complicité entre les guitares et la batterie ainsi que le travail vocal évoquent aussi bien King Crimson que les Red Hot Chili Peppers, rendant ce morceau assez attachant. Enfin, il faut citer «Hereabouts», particulièrement bien maîtrisée : une introduction acoustique délicate et sensible, à l'ambiance de bord de mer apaisant, qui débouche ensuite sur des thèmes entraînants réminiscents de l'album A Spanish Heart de Chick Corea, sans aucune trace de touches métalliques. On le voit, T.A.O. est un groupe difficile à classer, dont le premier album est justement encore relativement éclectique, tout en témoignant d'une richesse et d'un savoir faire qu'il reste à confirmer, en sachant que la stabilisation d'un public risque d'être chose difficile.

Jean-Guillaume LANUQUE

(chronique parue dans Big Bang n°65 - Avril 2007)