BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

Posidonian Fields pochette

PISTES :

1. Immersion (6:52)
2. Caronte’s Ship Imponder Ability (3:46)
3. Riding In Posidonian Fields (2:27)
4. Entwinings (2:12)
5. Suspension (4:18)
6. Octopus! (6:29)
7. Uncontrolled Dreams (8:53)
8. No Return (6:12)
9. Farewell (6:05)

FORMATION :

Gianluca De Rossi

(claviers)

Guglielmo Marlotti

(basse, pédalier de basses, guitares électrique et acoustique, bouzouki, chant)

Davide Guidoni

(batterie, percussions, effets sonores)

TAPROBAN

"Posidonian Fields"

Italie - 2006

Mellow Records - 50:04

 

 

Même avec la meilleure volonté, des groupes continuent de passer à travers les mailles de nos filets. Taproban, qui nous intéresse aujourd'hui, affiche déjà trois albums à sa discographie (sur des labels pourtant bien connus du monde progressif), plus deux participations à des projets Colossus (le plus récent étant The 7 Samurai). Comme il n'est jamais trop tard pour bien faire, et que le groupe semble se bonifier à chaque nouvelle parution, profitons de la sortie fin 2006 de Posidonian Fields pour faire le point sur cette jeune formation transalpine.

Initié dans la seconde moitié des années 90 par le claviériste (et un peu chanteur au début du groupe) Gianluca de Rossi, la formation ne trouvera une véritable stabilité propice à l'élaboration d'un répertoire original qu'au début des années 2000, avec l'arrivée du batteur Davide Guidoni (ex-membre du groupe Gallant Farm, auteur d'un unique album en 1994) et du bassiste-guitariste et chanteur Guglielmo Marlotti. Taproban, qui tire son patronyme d'un ancien nom de l'île de Ceylan (aujourd'hui Sri-Lanka), propose ainsi son premier album en 2001, Ogni Pensiero Vola. Celui-ci, majoritairement instrumental, propose en fait plusieurs morceaux des tout débuts du groupe, réarrangés pour l'occasion, et quelques titres plus récents. Compte tenu de sa formule claviers-basse-batterie (la guitare, surtout acoustique, est toutefois peu présente), Taproban rappelle beaucoup les trios du même genre, Le Orme en tête, même si le bassiste a visiblement beaucoup écouté le jeu puissant de Chris Squire. L'influence des années 70 est en effet prédominante sur les trois musiciens, mais on détecte aussi des couleurs plus actuelles et néo-progressives. Musicalement, sans être d'une folle originalité ni d'une audace renversante, le groupe s'en sort plutôt bien, à grands renforts de longs développements instrumentaux souvent dynamiques, tandis que les accalmies sont plutôt consacrées aux parties chantées. Ces dernières sont donc rares... et une fois de plus, c'est tant mieux ! Car même si Guglielmo Marlotti et Gianluca de Rossi s'expriment dans leur langue natale, leurs capacités vocales sont loin d'être mirobolantes. Ajoutez à cela une production honnête mais qui sent bon le semi-professionnalisme, et vous obtenez un album agréable pour ceux qui aiment les groupes italiens fidèles à leurs racines, mais rien de véritablement indispensable au plus grand nombre.

Trois ans plus tard, Outside Nowhere est publié. Cette fois le chant est partagé entre l'italien lorsqu'il est l'œuvre du claviériste, et l'anglais pour le bassiste. Pas de miracle pendant ces trois ans, et on se réjouit toujours que la musique soit au cœur de l'album. C'est d'ailleurs le cas pour le morceau de bravoure du CD, un épique de près de 20 minutes entièrement instrumental et très réussi. A la même période, le groupe participe au projet The Spaghetti Epic, avec le morceau «Morton», un épique de 23 minutes qui démarre honorablement (avec toujours ce chant déficient mais une basse "Squirienne" du plus bel effet et des tourbillons de claviers), mais prend une dimension plus planante (proche de l'esprit tout en lenteur des films de Sergio Leone) et quasi onirique dans sa seconde moitié.

Enfin, le troisième album du trio, inspiré des profondeurs abyssales (en fait "une métaphore sur le voyage sans retour au plus profond du subconscient humain", dixit le groupe) nous est parvenu en fin d'année 2006. Dix compositions (de 2:12 à 8:53) sont au programme, plus ou moins reliées au sein de trois chapitres. Et même si le chant est un peu plus présent (tout en anglais, et dû seulement au bassiste, également auteur de toutes les paroles), les séquences instrumentales sont toujours largement dominantes et au risque de me répéter, c'est tant mieux ! G. Marlotti a beau faire des efforts pour varier son chant, l'accent approximatif (mais pas rédhibitoire) et ses capacités somme toute limitées (mieux vaut l'entendre dans des parties calmes médium que lorsqu'il s'essaye à monter trop haut pour lui) n'arrangent rien à l'affaire. Sans un chanteur digne de ce nom, Taproban risque de ne jamais parvenir à s'extraire de la masse des groupes en progrès, prometteurs, etc.

C'est bien sûr dommage car musicalement, le trio a de plus en plus de choses intéressantes à dire ! En offrant toujours leur mélange entre sonorités (orgue Hamond, Mellotron, basse à la Squire en tête) et fougue instrumentale héritées des années 70, avec des séquences à la réminiscence plus proche de nous («Octopus» rappelle Clepsydra tandis que le dynamisme instrumental de l'excellent «Caronte's Ship Imponderability» évoque leurs brillants compatriotes de La Torre dell'Alchimista), les trois musiciens persistent certes dans une voie déjà empruntée par d'autres, mais ils le font avec la volonté farouche et sincère de défendre le style musical qui les fait, comme nous, le plus vibrer. On ne peut donc que les soutenir et les encourager (d'autant que cette fois, la production s'est nettement améliorée).

Pour tous ceux qui aiment les claviers à profusion et une belle présence de la basse, Taproban mérite bien, si ce n'est déjà fait, une petite découverte. A commencer par ce Posidonian Fields des plus engageants.

Christian AUPETIT

(chronique parue dans Big Bang n°65 - Avril 2007)