BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. Dreams In The Past (5:41)
2. Mother To Mother (7:12)
3. Pandora's Progeny (7:04)
4. Stand By The Edge Of Memories (4:19)
5. Animal Life (6:06)
6. Quiet Life (8:29)
7. Divine Drops (7:37)

FORMATION :

Terutsugu Hirayama

(guitares, programmations)

Yasushi Inoue

(basse)

Megumi Tokuhisa

(chant, claviers)

Hideaki Furui

(batterie, percussions)

TERU'S SYMPHONIA

"Clockworked Earth"

Japon - 1993

Made In Japan - 46:27

 

 

Avec Clockworked Earth, l'une des figures de proue du mouvement progressif japonais nous offre son sixième album, et par là-même se propose de fêter en notre compagnie ses dix ans de carrière. Eh oui ! C'était en 1983 que sortit Castle Of Noi, premier opus d'une longue série qui fait de Teru's Symphonia l'un des groupes les plus prolifiques de ce pays (avec Novela et Kenso). Effectivement, il est notable que les formations nippones offrent généralement et malheureusement des discographies peu abondantes, du fait du caractère météorique de leur carrière. Cependant, vouloir expliquer ce phénomène en faisant des Japonais des plagiaires sans vergogne, qui s'essouffleraient donc rapidement, est aussi simpliste que de présenter le défunt It Bites comme un élément majeur du mouvement progressif. Par exemple, peut-on réellement faire d'Asturias un vulgaire clone de Mike Oldfield sous prétexte qu'il existe entre ces deux artistes, de parcimonieuses similitudes au niveau des percussions et du jeu de guitare ? Asturias a tellement plus à offrir, qu'il est vraiment malheureux de l'enfermer dans les méandres réducteurs d'une comparaison mal appropriée.

Teru's Symphonia, de par sa décennie d'activité, ne pourra donc souffrir des mêmes et injustifiés reproches, et c'est tant mieux...

Depuis Egg The Universe (1988), Terutsugu Hirayama, leader-guitariste du groupe, suit fidèlement des valeurs musicales très précises, celles qui font d'un symphonisme épuré une recherche de tous les instants. Les deux albums suivants ont poursuivi cette quête de la perfection, malgré les critiques négatives de beaucoup, avec une grande réussite : le premier, Human Race Party (1989), par un dépouillement confinant à la simplicité harmonique, et le second, Fables Of The Seven Pillows (1991), en prônant une grandiloquence quelquefois exubérante mais cependant très riche...

Avec son nouvel opus, Teru's Symphonia a indéniablement tiré profit de ces expériences en proposant une synthèse aboutie (plus méthodiquement cependant que par une géniale illumination) des 3 albums qui l'ont précédé. On assiste donc à un mariage, que nous souhaitons durable, d'un sens pointu de la mélodie émouvante, et de la synthèse presque idéale entre emphase et accalmie.

Les sept morceaux de Clockworked Earth structurent l'album de manière symétrique, dont le centre est un morceau instrumental reposant qui se veut être en quelque sorte l'œil de ce cyclone symphonique.

Les trois premières compositions sont progressivement intéressantes : on démarre énergiquement avec le trop peu enthousiasmant "Dreams In The Past" (5:41) pour finir avec LE titre de cet album, "Pandora's Progeny" (7:02), qui est d'une créativité époustouflante; n'oublions pas "Mother To Mother" (7:10), qui est à mettre en exergue pour le chant nostalgique de Megumi Tokuhisa et le solo de guitare du maître de séance, j'ai nommé 'Teru'.

Après l'instrumental "Stand By The Edge Of Memories" (4:19) donc, trois morceaux nous persuadent définitivement que Clockworked Earth est au moins égal à Egg The Universe, considéré jusqu'alors comme la pièce maîtresse du groupe. Tour à tour énergiques et grandiloquentes - "Animal Life" (5:59) et "Quiet Life" (8:28) -, délicates et nostalgiques - "Divine Drops" (7:37) -, les ultimes compositions de ce paysage symphonique fortement émouvant traduisent à merveille le perfectionnisme de cette formation. Claviers orchestraux, guitares fluides et chant très suave, telles sont les invariables et efficaces recettes musicales de Teru's Symphonia pour nous concocter des mets progressifs d'une savoureuse délicatesse.

De par son statut de groupe emblématique de l'école symphonique nippone, Teru's Symphonia se devait de poursuivre avec talent les efforts de Scheherazade, Ars Nova ou autres Ain Soph pour perpétuer l'espoir de faire à nouveau de la scène progressive de ce pays l'une des plus attractives du monde. C'est donc chose faite, et on attend avec impatience les nouveaux albums de Gerard et de Vienna pour transformer cet espoir en certitude.

Olivier PELLETANT

(chronique parue dans Big Bang n°1 - Septembre-Octobre 1993)