
PISTES :
1. Le Chef D'Œuvre (3:27)
2. The Gallery (10:37)
3. Broken Psyches (6:37)
4. Candlefire (5:29)
5. The Leading Roles (5:06)
5. Party's On (7:28)
6. Inverse (9:14)
7. Conflagration (7:42)
8. Heaven's Gate (9:07)
FORMATION :
Marcelo Quina
(chant)
Nando Costa
(guitare)
Raphael Lamim
(guitare)
Marcelo Mattos
(basse)
Rodolfo Amaro
(claviers)
Fernando Cerutti
(batterie)
THESSERA
"Fooled Eyes"
Brésil - 2006
Progrock Records - 64:52
Nouveaux venus sur la scène hard-prog, les six Brésiliens de Thessera livrent un premier disque, après trois ans d'existence, qui les hisse d'emblée à un très bon niveau, largement au dessus du dernier bébé de leurs compatriotes d'Angra (voir notre précédente livraison), dont ils assurèrent la première partie en 2004. La dimension progressive de leur musique est en effet nettement plus affirmée, ce en dépit de la présence de deux guitaristes, qui pouvait faire craindre un côté metal très accentué. Sur les neuf compositions de ce concept onirique au livret soigné, pas moins des deux tiers dépassent les six minutes, et trois oscillent autour de dix minutes. De l'ensemble émanent en outre une grande assurance et une incontestable maturité.
Les influences sensibles, Dream Theater, bien sûr (celui des années 90), mais également Symphony X (la voix de Marcelo Quina) ou, plus encore, Pain of Salvation (le potentiel du chanteur, là aussi) et Shadow Gallery, pour être relativement orthodoxes, n'en sont pas moins de qualité. Avec ces derniers, Thessera partage en particulier un raffinement et une délicatesse des arrangements : guitare lyrique, claviers très présents et variés, avec une place conséquente accordée au piano (la belle ballade «The Leading Roles»). Sans parler de l'introduction - peut-être trop timide - de quelques sonorités jazzy (l'introduction de «Party's On», par exemple) ou classisantes (sur «Broken Psyches»), avec même des échos de musique traditionnelle brésilienne. Quant au niveau technique, il est extrêmement conséquent, y compris pour la section rythmique, d'autant que les architectures de chaque morceau sont alambiquées, voire labyrinthiques, réservant bien des rebondissements, avec un dosage entre séquences instrumentales et parties chantées plutôt bien mesuré.
Certes, Fooled Eyes possède quelques défauts. On a ainsi des longueurs sur les titres les plus copieux, du fait de soli qui ont parfois tendance à partir en vrille sans ouvrir le parachute mélodique, ainsi qu'une certaine lassitude qui se fait jour au fil de l'écoute de l'album, peut-être un peu trop long. Cela ne doit pas nous empêcher de profiter de très belles pièces : l'instrumental «Le Chef d'Œuvre» (sic), mariage réussi (mais trop court !) de la virtuosité et de la grâce; «The Gallery», ample fresque dont les dix minutes résument à elles seules le talent de Thessera; sans oublier le conclusif «Heaven's Gate», aux atours symphoniques prenants, et qui affiche une force mélodique insolente. Mais ce ne sont là que quelques portions d'un album riche et séduisant. Un groupe à suivre de près, d'autant qu'il risque fort de développer plus encore une personnalité prometteuse mais pour le moment en grande partie abritée sous l'ombre de grands frères...
Jean-Guillaume LANUQUE
(chronique parue dans Big Bang n°65 - Avril 2007)

