BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. Dead Silence (4:44)
2. Lycanthrope (8:29)
3. Maelstrom (4:42)
4. Love (6:59)
5. The Aesthete (4:57)
6. Excerpt From Moonsongs (3:52)
7. Hamster Dance (4:22)
8. Piano Solo (4:43)
9. Kingdom Come (13:27)
10. Malaise (4:40)
11. Behold The Man (4:26)
12. Warheads (6:45)

FORMATION :

Mike Johnson

(guitares)

David Kerman

(batterie, ustensiles, sifflet, ruban adhésif, poupées Barbie)

Mark Harris

(saxophone, anches)

Deborah Perry

(chant)

Matt Mitchell

(piano, claviers)

Dave Willey

(basse, accordéon)

THINKING PLAGUE

"Upon Both Your Houses - Live At NEARfest 2000"

États-Unis - 2005

Nearfest Records - 72:13

 

 

En cette année 2005, Thinking Plague se rappelle à notre bon souvenir pour non pas nous présenter un nouvel album, mais nous offrir le premier enregistrement live de sa carrière. Dignes représentants de l'école RIO, les Américains représentent la frange plus accessible de ce mouvement, où les influences du rock progressif des années 70, et plus particulièrement de King Crimson, seraient un peu plus évidentes que chez ses collègues. C'est certainement grâce à cela que Thinking Plague s'est imposé au fil des années et des albums comme le nouveau porte-étendard de ce que l'on appelle communément l'avant-prog.

Après plus de vingt ans de carrière, voici donc le premier album live de Thinking Plague, publié non pas chez Cuneiform, mais chez NEARfest Records. Cet enregistrement est, vous l'aurez compris un large extrait de la prestation des américains lors de l'édition 2000 du célèbre festival (édition chroniquée dans ces pages, rappelons-le).

Présentant le groupe de Mike Johnson peu de temps après la sortie d'In Extremis (1998), la setlist se focalise logiquement sur cet album. C'est donc plus de la moitié du concert qui est consacrée à ce qui reste sans doute l'opus le plus connu et apprécié de Thinking Plague. Cinq ans plus tard, on peut le déplorer : alors que Upon Both Your Houses aurait pu faire office de bilan, il consacre une majorité de son temps à un seul et même album. On notera toutefois que quatre morceaux sont issus des albums antérieurs. «Hamster Dance» est quant à lui une improvisation autour d'un thème d'Hamster Theatre (groupe parallèle du bassiste Dave Willey où l'on retrouve plusieurs membres de Thinking Plague); quant à «Piano Solo», il s'agit, comme son titre l'indique, d'une improvisation du pianiste Matt Mitchell.

Après une introduction assez fidèle à l'originale du presque 'tubesque' «Dead Silence» (4:44), un coup de sifflet, des rires dans le public, et nous voilà partis pour 8:29 de pur bonheur avec    l'interprétation de «Lycanthrope», issu de l'album In This Life sorti en 1989 chez... RéR, label de Chris Cutler. Il est intéressant de voir Deborah Perry se réapproprier complètement les parties vocales tenues à l'origine par Susanne Lewis. Sur un ton complètement bancal et légèrement torturé, ce titre est une vraie merveille. Ajoutez à cela une partie centrale jazzy et pleine de feeling, assez étonnante chez Thinking Plague, et vous obtenez l'une des pièces maîtresses de l'œuvre des Américains.

L'une des craintes que l'on pouvait avoir face à un tel album concerne la qualité de l'interprétation des musiciens. En effet, on ne peut pas dire que Thinking Plague soit un groupe aux activités scéniques particulièrement fournies. Du reste, les concerts de l'été 2000 demeurent ses derniers à ce jour, le récent History Of Madness n'ayant été suivi d'aucun concert... Au vu de la complexité de sa musique, il est tout à fait étonnant et réjouissant de voir à quel point les musiciens maîtrisent leur sujet. Cette qualité induit malheureusement un défaut : celui de la faible amplitude entre musique écrite et interprétation live de ces morceaux. En effet, si le niveau est excellent, les musiciens ne s'éloignent que rarement de leurs partitions. S'il n'y avait pas de temps en temps les applaudissements du public, on se croirait presque en studio ! Ce relatif point faible est, heureusement, contrebalancé par les deux «inédits» cités plus haut, respirations bienvenues à mi-parcours du concert.

C'est d'ailleurs juste après cette petite pause que nous est joué l'un des morceaux phares d'In Extremis, «Kingdom Come» (13:27). Développant une légère tension assez malicieuse, la dernière partie du morceau nous renvoie pour notre plus grand bonheur sur des terres zeuhl, avec aussi un petit côté expérimental évoquant le Soft Machine de Third. Le concert se finit de fort belle manière sur le violent et bien nommé «Warheads» (6:45), issu de Moonsongs (1986).

Si ce live, on l'a vu, ne représente que de manière imparfaite le travail de Thinking Plague au long de sa carrière, il n'en demeure pas moins un formidable témoignage de sa force de frappe sur scène. De plus, quand on sait que c'est Bob Drake en personne qui s'est chargé de la postproduction du disque, on ne peut que se réjouir de l'existence - et être persuadé de la légitimité - d'un tel objet. Sans être indispensable, Upon Both Your Houses constitue une formidable carte de visite pour les néophytes, et un excellent moyen pour les fans de ronger leur frein en attendant la sortie d'un futur album.

Julien GOARNISSON

(chronique parue dans Big Bang n°59 - Octobre 2005)