BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. Flying East (9:22)
2. Let It Go (6:35)
3. Sleepdance (11:08)
4. Replay (5:42)
5. Semprini (4:15)
6. Bird In Hand (10.11)
Later For Dinner [26:14]
7. i) Xenophile (3:54)
8. ii) Soul On A Stick (2:54)
9. iii) Doom (2:15)
10. iv) Gloom (1:54)
11. v) Real Estate (5:09)
12. vi) Three-hundred Years Asleep (2:23)
13. vii) Xenophobe (7:45)

FORMATION :

Ted Thomas

(batterie, percussions, chant)

Mick Peters

(Chapman stick, basse, guitare acoustique, chant)

Joe Funk

(guitares électrique et acoustique, chant)

Thad Miller

(piano, orgue, synthétiseurs)

THIRTEEN OF EVERYTHING

"Welcome, Humans"

États-Unis - 2005

Muséa - 73:14

 

 

Thirteen Of Everything est un nouveau quartet américain qui devrait sans mal arriver à se faire une belle place au milieu de la pléthore de sorties progressives de ces derniers mois. Formé en 2002 par Joe Funk (guitare), Mick Peters (basse) et Ted Thomas (batterie, mais guitare à l'origine), le groupe sort une première démo 5 titres la même année avec le clavièriste Patrick Mc Farland, remplacé un peu plus tard par Thad Miller. C'est avec cet effectif que paraît, trois ans après tout de même (le temps que le groupe fignole ses compositions), ce premier album, Welcome, Humans.

Thirteen Of Everything oeuvre dans un rock progressif «à l'américaine» (normal, me direz-vous...), avec cet art consommé de mêler ambition, à travers de longs morceaux remplis de rebondissements (trois titres d'une dizaine de minutes, plus une suite de 26 mn), et accessibilité, par le biais de fréquentes parties chantées, aux mélodies évidentes mais toujours travaillées. On pense donc souvent à d'autres formations américaines, Echolyn en premier lieu (sans les harmonies vocales complexes cependant), mais aussi Underground Railroad par exemple, quand la musique prend des chemins plus tortueux. Les références seventies ne sont jamais non plus très loin, Yes et Genesis en tête, ce dernier en particulier par le biais de parties d'orgue parfois très «Banksiennes». Pour autant, ces influences ne sont jamais envahissantes, et la plupart du temps, le groupe fait preuve d'une belle personnalité, qualité finalement assez rare et donc d'autant plus remarquable pour un premier album.

Le chant est assuré par trois des quatre musiciens (seul le clavièriste s'abstient), aux timbres assez proches, et qui prennent chacun leur tour les parties 'lead' avec chaleur et professionnalisme. Côté interprétation instrumentale, c'est du tout bon également et chaque musicien arrive à tirer son épingle du jeu au cours de l'album. La section rythmique se révèle à la fois solide et mouvante (à noter que le bassiste officie également au Chapman Stick), les claviers sont très présents, et font jeu égal avec la guitare dans le son du groupe, à travers des arrangements variés et luxuriants (piano, orgue, synthés...). Malgré donc trois intervenants au chant, les parties instrumentales sont des plus copieuses et les deux se mêlent en parfait équilibre, selon des structures non conventionnelles (pas de schéma couplet/refrain au programme). Fondées sur de nombreuses ruptures de rythmes, intenses et captivantes, symphoniques ou jazz-rock, elles sont le plus souvent au cœur des instants les plus magiques et mémorables de Welcome, Humans.

Thirteen Of Everything nous invite aussi à découvrir à certains moments un propos plus sombre, avec un travail conséquent sur les ambiances. C'est le cas sur «Sleepdance», à l'atmosphère onirique et mystérieuse, mais surtout aussi sur la suite finale, «Late For Dinner», et ses parties centrales en particulier («Gloom», «Real Estate»), aux climats troubles et inquiétants, même si le titre se termine par une envolée très «Beardienne», lumineuse et libératrice, à l'indéniable souffle lyrique. Une suite vraiment réussie, cohérente malgré ses contrastes appuyés et riche en morceaux de bravoure. De manière plus générale, le soin apporté à chaque titre, que ce soit pour les arrangements ou le contenu mélodique, est remarquable. On ne sombre jamais dans le conventionnel ou la facilité, à l'image de ce «Replay», qui débute comme une ballade somme toute classique, avant de littéralement décoller au bout de quelques minutes grâce à un solo de guitare proprement renversant. Le souci de perfectionnisme est tel que l'on conserve d'un bout à l'autre un véritable sentiment d'homogénéité, alors qu'aucun morceau ne ressemble au suivant. Le résultat est là : ces 70 minutes s'écoutent d'une traite, sans qu'une seconde d'ennui ne vienne s'immiscer au milieu. Le très bel instrumental à la guitare acoustique, «Semprini», situé pile en milieu d'album, joue à ce titre un rôle crucial en permettant de souffler à mi-parcours, un peu comme une pause entre deux faces de vinyle.

Que dire de plus, si ce n'est que l'on a affaire là à une œuvre de qualité à tous les points de vue. Volontiers complexe mais jamais complaisant, accessible mais toujours sophistiqué, Thirteen Of Everything signe là un premier album qui impressionne par son professionnalisme et sa perfection formelle, avec une personnalité déjà forte. A l'instar des norvégiens de Magic Pie, voici une nouvelle formation plus que prometteuse, qui illustre décidément l'infatigable dynamisme du courant progressif actuel...

Clément CURAUDEAU

(chronique parue dans Big Bang n°58 - Été 2005)