BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. Here They Come (1:45)
2. God Bless America (3:10)
3. Well Outta That (4:50)
4. Ten Years (5:51)
5. Last Line (4:23)
6. Julia (5:33)
7. Therapy (7:06)
8. Every Second Counts (5:15)
9. Tumbleweeds (3:37)
10. Gone (6:01)
11. Goodbye (5:24)

FORMATION :

Steve Thorne

(chant, guitares électrique, acoustique et 12 cordes, basse, claviers, percussions)

Paul Cook

(batterie [1,3,8])

Steve Christey

(batterie [7,10])

Nick d’Virgilio

(batterie [4,5,6])

Martin Orford

(claviers [1,2], flûte [2])

Arnie Cottrell

(mandoline [2,9])

Tony Levin

(basse [3], stick [8])

Gary Chandler

(guitare électrique [4,10])

Geoff Downes

(claviers, orgue Hammond [5])

Liz Allen

(chœurs [5,9])

Rob Aubrey

(pédalier de basses, boucles [6])

John Jowitt

(basses [10])

STEVE THORNE

"Emotional Creatures"

Royaume-Uni - 2005

Giant Electric Pea - 52:59

 

 

Giant Electric Pea, le label de Martin Oford et IQ, avait déjà lancé la carrière de Spock's Beard voici dix ans, avec la parution de The Light, leur premier album. C'est à la découverte d'un nouvel artiste, Steve Thorne, chanteur et multi-instrumentiste, qu'il nous invite aujourd'hui. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que le bougre a su s'entourer : Martin Oford, John Jowitt et Paul Cook, mais plus surprenant, Nick D'Virgilio, Tony Levin, Geoff Downes et Gary Chandler apparaissent ainsi sur quelques morceaux. Pourtant, le propos n'est absolument pas celui d'un néo-progressif débridé. Non, Steve Thorne est avant tout un amoureux des complaintes acoustiques, lorgnant du côté de Simon and Garfunkel ou America, complaintes qu'il délivre d'une belle voix, avec juste ce qu'il faut de grain pour la rendre attachante. Dans ce registre, le conclusif «Goodbye», reflet des dernières lueurs du soleil, «Ten Years», à la mélancolie rentrée, ou l'irrésistible «Therapy», proche d'IQ, sont de jolies pépites mélodiques, aux arrangements soignés. D'autres titres sont plus rock, à l'image de l'émouvant «Well Outta That». Sans être extrêmement recherchées, les paroles sont agréables, d'une tristesse lumineuse, avec parfois une certaine ironie, comme pour «God Bless America», critique subtile des États-Unis, de leur expansionnisme débridé et de leur obsession marchande.

Mais certaines compositions font preuve d'un peu plus d'audace progressive, tout en demeurant au sein d'un format chanson. Ainsi, «Last Line» comprend un des soli d'orgue Hammond les plus longs et les plus notables de Geoff Downes, guère amateur de l'exercice en règle générale, sur un rythme endiablé de Nick D'Virgilio (la fin de «Julia» est également l'occasion d'un emballement similaire). De même, le plus dynamique «Gone» abrite un passage instrumental très réussi, à base de petites notes de guitares pointues et d'un solo lyrique de Gary Chandler précédé par un autre, acoustique, de Steve Thorne. Deux instrumentaux sont également présents. Si le premier, «Here They Come», n'est qu'une courte entrée en matière à base de bruitages et de légères sonorités de claviers et de batterie, le second, «Every Second Counts», est nettement plus intéressant : la basse ondulante, extrêmement mélodieuse et volubile, du grand Tony Levin s'accompagne d'un thème aux claviers à la fois simple et répétitif, renforcé par la frappe efficace de Paul Cook. Un des meilleurs moments de l'album, assurément. Au final, on se trouve avec un bien joli disque, qui compense son peu d'ambition et sa sobriété musicale par une beauté formelle irréprochable, ce que devrait confirmer, on l'espère, la seconde partie de ces Emotional Creatures, nous autres humains...

Jean-Guillaume LANUQUE

(chronique parue dans Big Bang n°59 - Octobre 2005)