
PISTES :
1. Thieves (3:19)
2. The Aberration (3:52)
3. Blood Of The Berry (2:34)
4. Private Hedge (5:28)
5. Slide (5:27)
6. The Afterglow (2:00)
7. The Interim (1:12)
8. Without Words (6:56)
9. Ornament (4:18)
10. Magdalena Hell (5:56)
11. Where Mercy Ends (4:00)
12. Incineration Point (4:15)
13. Through The Fountain's Eye (4:38)
14. When Vices Collide (4:29)
FORMATION :
Zod
(guitares)
André Neitzel
(basse)
Matthew Still
(chant, claviers)
Chris Wallace
(batterie, percussions)
TIMOTHY PURE
"Blood Of The Berry"
États-Unis - 1997
Isoceles Records - 58:26
Quelle surprise ! Sincèrement, il y a un an, au moment de la parution de son premier album (The Fabric Of Betrayal), je n'aurai sûrement pas parié sur la capacité de Timothy Pure à engendrer une nouvelle œuvre d'une telle flamboyance. Blood Of The Berry est en effet une réussite artistique des plus inattendues, qui relativise d'ailleurs les rares attraits que l'on avait pu trouver à l'époque à son prédécesseur... The Fabric Of Betrayal, sans être inintéressant, lorgnait beaucoup trop du côté des sirènes hard-FM typiquement américaines pour séduire durablement les amateurs de rock progressif. Le nouveau venu, quant à lui, modifie ces données de façon conséquente et, sans s'apparenter pleinement au genre qui nous concerne, a toutes les chances de rallier de très nombreux suffrages dans nos rangs.
Comment peut-on expliquer cette évolution musicale ?... Si le style musical a pris un visage beaucoup plus attrayant car plus finement ciselé, le principal chambardement (qui induit logiquement le premier) entre les deux albums concerne les musiciens. Sur les cinq initiaux ne demeurent en effet que André Neitzel (basse) et Matthew Still (claviers, et qui a pris en charge les parties vocales laissées vacantes), qui se sont vu adjoindre la compagnie de Zod (guitares) et Chris Wallace (batterie). Deux œuvres différentes donc car deux formations différentes... Même les trois titres qui apparaissent aussi bien sur The Fabric Of Betrayal que Blood Of The Berry (pour l'explication, référez-vous à l'entretien ci-contre) prennent des formes musicales divergentes. Comme quoi, une composition dépend, outre de celui qui lui donne vie, fortement des artistes qui l'interprètent...
Blood Of The Berry, constitué de 14 morceaux, est à considérer avant tout comme une seule pièce de musique, tant il fait preuve d'unité formelle et de cohésion instrumentale. Ce remaniement interne constitue assurément une évolution positive, et nous invite même à penser que Timothy Pure aurait très bien pu quitter, dans la logique des choses, les États-Unis pour s'installer sur notre bon vieux continent. Il est en effet assez incroyable qu'un groupe américain ait pu modifier à ce point son propos musical, si typique dans un premier temps de sa terre de naissance, pour en faire le reflet d'une toute autre culture, européenne celle-ci...
Blood Of The Berry possède bel et bien un sens de la nuance et une délicatesse rares, qualités que l'on a notamment rencontrées récemment chez Marillion pour la fabrication de sa drôle de machine... L'art de Timothy Pure est ainsi tout entier tourné vers nos contrées, et plus particulièrement vers la Grande Bretagne chère à la bande à Rothery. Qu'il s'agisse de sa production (efficace mais non tape-à-l'œil) ou de sa sophistication mélodique, ce nouvel album possède une forte capacité à rendre sa musique délicieuse et profondément humaine. En un mot irrésistible...
Et pourtant, il ne s'agit aucunement d'un rock progressif pur et dur, qui s'avérerait fortement mobilisateur dès la première écoute. Les ambiances, nourries du chant tout aussi présent que charmant de Matthew Still, sont pastel et véhiculent une forte mélancolie. La guitare tour à tour langoureuse et rugueuse s'ébroue sur un tapis de claviers des plus soyeux. Blood Of The Berry peut ainsi être qualifié d'album de rock atmosphérique, basé donc davantage sur l'instauration de climats au fort pouvoir émotionnel que de longs et complexes développements instrumentaux.
Fluidité et mélodicité sont bel et bien les maîtres mots d'une œuvre remarquable, qui invite à la rêverie sans jamais tomber dans le sirupeux. Avec ce second album, Timothy Pure nous a donc pris à contre-pied de belle et intelligente manière. Malheureusement, avec la démarche artistique qui est la sienne (cf. entretien), rien ne nous assure que la surprise soit d'aussi bon goût dans le futur...
Olivier PELLETANT
Entretien avec André NEITZEL :
Ce second album rompt assez franchement avec le style de The Fabric Of Betrayal. On pourrait même être tenté de croire que vous reniez ce disque, puisque vous en reprenez trois morceaux («The Aberration», «Private Hedge» et «Slide») dans des arrangements différents. Qu'en est-il exactement ?
The Fabric Of Betrayal était constitué de neuf titres représentant trois thèmes, ou concepts, différents. Dès le départ, notre idée était que chacun fasse l'objet d'un album. Ce CD se voulait donc une sorte d'avant-goût, de pré-compilation, de trois albums à venir - «Blood Of The Berry», «Scotty's Castle» et «Riddles, Rhymes And Games» -, en sachant que les différents morceaux retrouveraient plus tard leur place au sein de chacune des histoires.
Il n'en demeure pas moins que votre son a beaucoup évolué entre les deux albums. The Fabric Of Betrayal avait un côté FM typiquement américain, alors que Blood Of The Berry est plus atmosphérique, un peu à la manière des derniers Marillion. Ce groupe vous a-t-il influencés ?
Je crois que c'est avant tout lié à l'ambiance de chaque histoire. Blood Of The Berry est celle des trois qui se prête le plus à une mise en musique assez atmosphérique. En tout cas, nous n'avons pas été influencés, de ce point de vue, par Marillion. Mais il y a un facteur qui me paraît essentiel, c'est que nos deux albums sont en fait l'œuvre de deux groupes différents, même si Matthew et moi avons composé la plupart des morceaux. Trois musiciens sont partis. Désormais, c'est Matt qui tient les parties vocales, et j'aime beaucoup l'émotion qu'il communique aux textes. Le chant du premier CD manquait selon moi d'intensité, et c'est quelque chose qui compte beaucoup dans notre musique. Par ailleurs, nous avons un nouveau guitariste, Zod, et un nouveau batteur, Chris Wallace. Tous deux sont très créatifs, et très forts techniquement sans pour autant en faire trop.
Quelle est ton approche du travail de composition ? Les morceaux de Timothy Pure sont généralement de longueur moyenne, rarement très longs. Est-ce volontaire ?
Ce n'est jamais prémédité. La longueur dépend de la quantité de choses que nous voulons exprimer dans un morceau. Personnetement, j'aime composer des pièces qui soient des chapitres d'une histoire. C'est sans doute parce que je suis aussi le parolier. En quelque sorte, Blood Of The Berry est une collection de quatorze chansons plutôt courtes, ou un seul très long morceau !
Vous avez récemment donné quelques concerts en Europe. Comment cela s'est-il monté ? Avez-vous été bien accueillis par le public ?
Cela fait un certain temps que je suis en contact avec Paul Allwood de la Classic Rock Society. Apparemment, ils avaient aimé notre premier album, et voulaient savoir si nous étions intéressés de participer à l'un de leurs festivals. Chemin faisant, nous nous sommes dit que ce serait encore mieux si nous pouvions profiter de ce déplacement en Angleterre pour organiser également quelques dates en Europe, et toucher ainsi un plus large public. Il y eut d'abord un concert à Londres, puis nous avons été contactés par les responsables du German Progressive Rock Festival. Du point de vue de l'emploi du temps, ça collait parfaitement. Et ça s'est merveilleusement passé, le public a été très réceptif, à tel point que nous envisageons déjà de revenir en Europe l'année prochaine, pour une vraie tournée, centrée sur l'Allemagne, avec cinq ou six concerts, puis des dates aux Pays-Bas et en Angleterre. Autrement, nous aimerions aller jouer au Canada, et aussi organiser une sorte de mini-festival ici à Atlanta, en invitant des groupes d'un peu partout. Rocket Scientists est déjà en lice, et nous pensons contacter Mastermind et Spock's Beard. Donc, nous avons pas mal de projets pour promouvoir Blood Of The Berry... mais nous n'oublions pas de préparer le prochain CD !
Quelles ont été les réactions par rapport au nouvel album jusqu'ici ? Les avis concordent-ils pour dire qu'il s'agit d'un progrès par rapport au précédent ?
Jusqu'ici, nous n'avons entendu que des réactions positives. Tout le monde préfère Blood Of The Berry et je ne peux qu'être d'accord ! Je suis sûr certaines personnes préfèrent notre ancien chanteur, ce genre de choses, mais je suis persuadé que nous avons fait les bons choix. Cette fois, nous avons pu utiliser une instrumentation beaucoup plus variée, et je pense que ça a donné plus de profondeur à botre musique.
Quelle idée te fais-tu de l'évolution future de musique ?
Il y a plusieurs possibilités, qui ne dépendent pas forcément de ma volonté. Zod va s'impliquer davantage dans l'écriture, et devrait apporter des couleurs nouvelles et intéressantes. Mais pour l'essentiel, la direction va rester la même, c'est-à-dire des albums concepts consitués de chansons liées en elles par un thème commun. La tendance générale des deux prochains albums est, comme vous l'aurez compris, déjà déterminée, mais ne vous inquiétez pas, nous avons plus d'un tour dans notre sac ! Nous sommes impatients de voir ce que 1998 nous réserve...
(chronique et entretien parus dans Big Bang n°22 - Septembre/Octobre 1997)

