BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. Twelve Feet Tall (11:00)
2. Blinded (5:58)
3. The Pelican Lie (14:23)
4. Famous Last Words (7:40)
5. A Sign Of My Decline (8:40)
6. The Final Decision (2:46)

FORMATION :

Johan Hansson

(chant)

Carl Johan Kilborn

(claviers)

Jörgen Hansson

(batterie)

John Löwenadler

(guitares)

Petter Petterson

(basse)

TWIN AGE

"Lialim High"

Suède - 1997

Altair Music - 50:40

 

 

Twin Age est un véritable cas d'école ! Dix mois seulement après avoir révélé son existence au monde progressif par l'intermédiaire d'un premier album par trop immature, ce groupe Suédois remet le couvert avec des arguments bien plus convaincants cette fois-ci... Il est tout à fait incroyable qu'en un laps de temps si réduit, Twin Age soit parvenu à effectuer une telle mue. Pour autant, Month Of The Year n'était aucunement un échec artistique, mais proposait une musique trop policée et frivole pour être réellement attrayante. Tout juste pouvait-on la qualifier de «prometteuse», terme fourre-tout symbolisant le plus souvent un profond embarras de la part du chroniqueur...

De plus, il est notoire que les promesses de ce genre ne sont que rarement tenues, en tout cas jamais aussi rapidement... Le nouvel album est donc une belle claque à la condescendance dont nous avons fait preuve en le découvrant. Lialim High apparaît en effet dès la première écoute comme une version épurée de son prédécesseur, offrant ainsi toutes les garanties d'une œuvre de grande envergure.

Twin Age nous y présente un rock néo-progressif aux envolées symphoniques magistrales. Si le chant de Johan Hansson peut s'avérer un peu monocorde sur la durée, les claviers multiformes de Carl Johan Kilborn sont bien sûr à la fête et montrent l'attachement de celui-ci au grand Genesis, et plus particulièrement à Tony Banks bien sûr. Les guitares de John Löwenadler sont confinées au second rôle, mais s'immiscent souvent entre deux séquences synthétiques pour des interventions pleines d'à propos.

Les six compositions (11:00, 5:58, 14:23, 7:40, 8:40 et 2:46) de Lialim High sont donc d'une consistance inespérée, Twin Age ayant gagné en personnalité ce qu'il a perdu en immaturité. Disparues par conséquent les velléités plagiaires rencontrées sur Month Of The Year, place désormais à ce qu'il convient d'appeler un art véritable.

Et si ce dernier n'est pas à proprement parler le fruit d'une grande singularité stylistique, il convient de noter en quoi il est néanmoins remarquable. Il s'agit là en fait du principal attrait de Lialim High, qui place d'ailleurs son auteur parmi les formations les plus talentueuses du moment. Car si la joliesse mélodique de sa musique prend parfois le dessus sur la sophistication instrumentale rencontrée chez les plus doués de ses éminents confrères (Spock's Beard et The Flower Kings en tête), Twin Age compense ce léger travers par une formidable osmose entre ses membres... Ceux-ci forment une bien belle symbiose, faisant s'interpénétrer avec une harmonie totale leurs différentes personnalités... Un peu comme s'il se passait quelque chose entre les notes, comme si les brefs silences étaient porteurs de sens...

Quoi qu'il en soit, Twin Age est à considérer avec le plus grand respect, nous prouvant que l'humilité est de mise face à l'acte créatif. Ses rouages sont à ce point complexes qu'il ne peuvent s'appréhender dans leur totalité. Car, à l'instar du «vilain petit canard» d'Andersen, nul ne sait l'apparence future que peut prendre la musique d'un groupe, fut-elle dans un premier temps d'apparence anodine.

A méditer...

Olivier PELLETANT

(chronique parue dans Big Bang n°20 - Mai/Juin 1997)