
PISTES :
1. Julian Ur (7:45)
2. Julian I (2:37)
3. Love Is A Vagabond King (10:40)
4. Halo (8:21)
5. The Canal At Sunset (4:17)
6. Metaphor (2:59)
7. Creeper (The Doorman Pt. 2) (13:26)
8. Julian II (8:54)
FORMATION :
Bill Pohl
(guitares, chant)
John Livingston
(batterie)
Kurt Rongey
(claviers, chant)
Matt Hembree
(basse)
The UNDERGROUND RAILROAD
"The Origin Of Consciousness"
États-Unis - 2005
Long Dark Music - 59:02
Je ne sais pas vous, mais pour ma part voilà un album que je désespérais de voir paraître un jour. Maintes fois annoncée et repoussée, sa publication est finalement intervenue en juin dernier, soit pratiquement cinq ans après celle de son prédécesseur. Ceux qui ont succombé au charme de The Underground Railroad en 2000 ont dû trouver le temps bien long. L'attente en valait-elle la peine ?
Après un changement de label, Long Dark Music en lieu et place de Laser's Edge (ce qui peut expliquer en partie la parution tardive de ce second opus), la formation américaine, inchangée pour sa part, nous revient avec des arguments affûtés. Personnellement, je dois dire que je n'avais pas été totalement convaincu par Through And Through, œuvre certes ambitieuse et dévoilant une belle personnalité mais en partie un peu trop froide et calculée, comme si les musiciens, très talentueux au demeurant, ne parvenaient pas à faire jaillir l'émotion de leurs voix et instruments. Reste que le quartette texan avait globalement réussi son entrée en matière, fort d'un potentiel qui ne demandait qu'à s'exprimer pleinement.
The Origin Of Consciousness, s'il s'avère toujours aussi complexe et alambiqué, a gagné en densité et en énergie. Mieux encore, il est surtout plus accueillant. Façon de parler puisque la musique n'est quand même pas facile d'accès, aucune mélodie n'est accrocheuse ni aisément mémorisable, les ambiances sont relativement sombres et les structures des morceaux souvent tortueuses. Des formations et artistes comme Echolyn, Gentle Giant, UK pour le côté prog, National Health, Bruford, Holdsworth pour la dimension 'fusion' (accentuée par rapport au premier opus) viennent à l'esprit sans que l'on puisse taxer The Underground Railroad de copieur. Ces influences, sans doute plus ou moins fortuites, sont en effet bien digérées (hormis peut-être quelques tics guitaristiques) et intelligemment intégrées au propos.
Outre une vitalité décuplée, notamment grâce au travail remarquable de la section rythmique, Matt Hembree à la basse et John Livingston à la batterie, la grande nouveauté est la place occupée par le piano de Kurt Rongey, même si ce dernier ne range pas pour autant ses synthés au placard. L'apport d'une sonorité acoustique donne aux compositions un tout autre impact, tant au niveau des contrastes (ombre/lumière) que de la richesse instrumentale. Un plus fort appréciable quand on sait par ailleurs que Bill Pohl ne varie guère son jeu soliste, 'holdsworthien' en diable, et ses sonorités de guitare. A ce titre on pourra regretter quelques envolées un peu trop stéréotypées ou à la limite de tourner à vide par manque de substance mélodique. Heureusement, les velléités improvisatrices chères au guitariste sont contrebalancées par les exigences d'écriture de son compère claviériste, ces deux approches à la fois opposées et complémentaires donnant lieu à de véritables feux d'artifices instrumentaux. Les parties vocales quant à elle, sont souvent posées, à la limite de l'atonalité, et a vrai dire parfois un peu fades. Leur présence ne semble pas essentielle, si ce n'est qu'elles permettent de véhiculer des textes, relativement soignés, tournant autour d'un concept psychanalytique.
A l'image de la pochette, reproduction du "Poem Of Air" d'Allen Toney (une autre des peintures de cet artiste avait été utilisée pour Through And Through), la musique est touffue, biscornue et fourmille de détails que seules de multiples écoutes permettront de découvrir. The Origin Of Consciousness est le genre de labyrinthe dans lequel on peut hésiter à s'aventurer. Je ne sais pas vous, mais pour ma part j'aime de temps à autre perdre mes repères.
Yann CARREAU
(Remerciements
à Antoine CAVALIER)
(chronique parue dans Big Bang n°59 - Octobre 2005)

