
PISTES :
1. Common Goal (4:36)
2. Fate (4:57)
3. Justify (12:52)
4. Take Good Care (8:36)
5. Ride (3:44)
6. More Than a Dream (5:42)
7. Slow Down (8:09)
8. Lives Go 'Round (6:31)
9. Still Here (6:40)
FORMATION :
Mark Trueack
(chant)
Sean Timms
(claviers, chant)
Matt Williams
(guitare, chant)
Shireen Khemlani
(basse, chant)
Monty Ruggiero
(batterie, percussions)
Mike Stewart
(saxophone, flûtes, clarinette)
Tim Irrgang
(percussions)
AVEC
Adelaide Art Orchestra
(dirigé par Tim Sexton)
EXTRAITS AUDIO :
UNITOPIA
"More Than A Dream"
Australie - 2006
Autoprod. - 61:51
D’emblée, le patronyme de cette nouvelle formation australienne, originaire d’Adelaide, annonce la couleur : non, les utopies ne sont pas mortes avec le XXIème siècle, et quelques idéalistes résolus, même peu nombreux, peuvent encore faire bouger les choses en unissant leurs efforts ! C’est du moins le message que tente de faire passer ce beau More Than A Dream, dont les textes, plus ou moins engagés, tournent autour de préoccupations environnementales, sociales, ou encore humanistes au sens large. Et même si le traitement reste bon enfant, voire un brin candide (il n’y a plus de saisons, ma bonne dame, et ces gens de la ville, tout de même, ils sont toujours pressés…), on ne peut s’empêcher de faire le rapprochement avec leurs acolytes australiens de Midnight Oil - dont les accointances avec le prog, soit dit en passant, sont bien plus nombreuses qu’on ne le pense -, au moins pour ce même accent porté sur les dangers écologiques qui nous menacent. En ce qui concerne la musique, en revanche, Unitopia apprécie certes aussi les refrains ‘pop-rock’ instantanément accrocheurs, mais la conception ouverte et sophistiquée qu’il s’en fait, tout comme le choix des sonorités utilisées, l’associent bien plus intimement au courant progressif.
Son vigoureux mélange de simplicité formelle et de profondeur harmonique, faisant aussi bien appel à des nappes de Mellotron éthérées qu’à une guitare saturée mordante, semble en effet s’inspirer tout autant de la fraîcheur mélodique de Saga que du dynamisme pêchu des suédois de A.C.T., voire, à quelques fugaces reprises, de Police ou du Peter Gabriel le plus grand public (ne serais-ce qu’à travers le chant plus ou moins évocateur de Mark Trueack, ou encore l’intégration occasionnelle de percussions et de chœurs africains). Quant à la richesse des arrangements évoquée plus haut, celle-ci peut presque être déduite de la lecture des ‘credits’ inscrits sur le livret, puisque Unitopia compte sept membres au total - dont deux percussionnistes (l’un d’entre eux étant aussi le batteur attitré, malheureusement à l’origine de quelques rythmiques un peu métronomiques) et un multi-instrumentiste adepte des instruments à vents (saxophones, flûtes et clarinette, utilisés avec autant de parcimonie que d’expressivité chaleureuse) – et se voit en outre secondée à plusieurs reprises par un orchestre symphonique (l’Adelaide Art Orchestra, dirigé par Tim Sexton), particulièrement bien intégré, notamment sur la splendide introduction de «Take Good Care», digne du meilleur Moody Blues, ou encore sur le pont rythmé de «Slow Down», ponctué de majestueux ‘riffs’ orchestraux. Entre classique, folk ethnique et heavy-rock incisif, Unitopia - ou plus précisément le duo Sean Timms (claviers, mandoline)/Mark Trueack (chant), auteur de la totalité des compositions - nous offre donc ici, sous des dehors faussement compassés, un bel échantillon de ‘pop-prog’ délurée et hautement divertissante.
Pour autant, aucun des neufs morceaux proposés (de 3:44 à 12:52 mn) ne s’illustre par de conséquents développements instrumentaux, ni même par la présence de solos spécialement décoiffants. L’attrait de More Than A Dream réside en effet dans son essence même, à savoir sa rondeur cordiale, sa sensibilité mélodique et son dynamisme entraînant, plutôt que dans l’enchaînement de quelques effets de manche artificiellement rapportés. On saluera de ce point de vue un titre comme «Justify», riche en contrastes et captivant tout au long de ses presque treize minutes, le sus-mentionné «Take Good Care», et son envoûtant mélange de symphonisme et de folklore africain (dépaysant, bien que largement édulcoré façon «B.O. Disney»), ou encore «Slow Down», plus concis mais doté d’un splendide thème mélodique, et construit sur un crescendo implacable.
Par de nombreux aspects – ces chœurs aériens, ces sonorités mi-désuètes, mi-contemporaines, ce souci de transparence et d’expressivité mélodique -, la musique d’Unitopia semble suivre une trajectoire parallèle à celle des Suédois de Retroheads sur leur dernier opus, mais avec une personnalité nettement plus marquée (on serait bien en peine, par exemple, de citer un emprunt évident à un quelconque ténor des années 70), et par conséquent une fraîcheur attachante qui ne devrait pas manquer de lui attirer de nombreux adeptes. Pour peu, toutefois, de ne pas s’offusquer de quelques climats un peu volages, ni d’incartades affirmées du côté de la pop la plus abordable. Autant d’attributs explicites et assumés que la franche spontanéité d’Unitopia réussit à transformer en qualités !
Olivier CRUCHAUDET
(chronique parue dans Big Bang n°65 - Avril 2007)


