BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. One Nail Draws Another (14:54)
2. Two Looks At One End (6:57)
3. Dance Of The Awkward (2:18)
4. Both Your Houses (7:49)
5. Yellow Umbrella Gallery (5:04)
6. The Judas Goat (10:01)
7. Vagabonds Home (14:46)

FORMATION :

Emily Hay

(chant, flûte, piccolo)

Sanjay Kumar

(piano, claviers électriques, sitar)

Eric Johnson

(bassons, saxophone soprano)

James Grigsby

(guitare, basse, vibraphone)

David Kerman

(batterie, percussions)

INVITÉS

Kaoru
(chant)

Howard Shepard
(chant)

Maria Moran
(guitare)

Becky Heninger
(violoncelle)

Herb Diamant
(saxophone soprano)

Curt Wilson
(chant)

Greg Conway
(guitare)

Georgia Grigsby
(chant)

Rod Poole
(guitare)

Daev Lizmi
(guitare)

Miriam Meyer
(violon)

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PISTES :

1. No Mo Ippon (2:49)
2. Daikon Batake (2:09)
3. Ginger Tea (5:56)
4. Another June Sky (4:32)
5. Karucha Shokku (6:16)
6. January Sky (2:08)
7. Purple Smoke (4:01)
8. Tipps' 911 (0:41)
9. Agent White Fox (3:12)
10. Chen's Gate (3:26)
11. Postcard (2:13)
12. Redskin (3:03)
13. Another Ginger Tea (5:56)

FORMATION :

Emily Hay

(chant, flûte, piccolo)

Sanjay Kumar

(claviers)

Eric Johnson

(basson)

James Grigsby

(guitare, basse)

David Kerman

(batterie, percussions)

Steve Cade

(guitare)

U TOTEM

"U Totem"

États-Unis - 1990

Cuneiform - 62:23

"Strange Attractors"

1994 - Cuneiform - 46:50

 

 

Le terme "progressif" revêt à l'heure actuelle une signification plutôt floue : les groupes qui firent à une époque "progresser" le rock ont engendré un mouvement musical qui ne peut plus revendiquer une innovation comparable.

Pourtant, parfois, certains groupes progressifs donnent l'impression  d'apporter au genre quelque chose de réellement inédit. Il ne s'agit évidemment pas de ceux qui, courant derrière un hypothétique succès commercial, injectent dans leur musique des ingrédients dans l'air du temps; mais, au contraire, de ceux qui s'obstinent à n'obéir qu'à leur voix intérieure. Et, forcément, leur sincérité transparaît dans leur musique, même si celle-ci nécessite de l'auditeur qu'il se mette au diapason.

Comprenons-nous bien il n'est pas question d'affirmer la supériorité d'une attitude artistique sur les autres. Il existe simplement pour un artiste plusieurs manières de séduire : la quête de la beauté absolue en est une; la soif d'horizons nouveaux en est une autre.

Vous l'aurez compris, cette soif est le moteur de l'inspiration d'U Totem. Constituée de six musiciens aux horizons très variés, cette formation californienne élabore des compositions qui sont à la croisée de traditions musicales multiples. Et pourtant, nul ne peut nier son appartenance au mouvement progressif.

Si l'on découvrit le groupe en 1990 avec un premier album éponyme (à propos duquel Patrick Moraz aurait déclaré en 1991 : "c'est le seul CD que j'ai acheté l'an passé" !), les racines de celui-ci sont bien plus anciennes.

Les deux co-fondateurs d'U Totem menaient en effet chacun leur propre groupe auparavant : Motor Totemist Guild pour le bassiste-compositeur James Grigsby, et 5uu's pour le batteur David Kerman. Nous reviendrons prochainement en détail sur ces deux formations, puisqu'elles vont toutes deux faire l'objet de rééditions CD très prochainement. Quoi qu'il en soit, nos deux compères décidaient d'unir leurs efforts à l'automne 1988, apportant chacun avec eux un membre de leur formation d'origine : Emily Hay (chant, flûte) pour le premier, Sanjay Kumar (claviers) pour le second.

Enregistré après l'arrivée d'un cinquième membre, Eric Johnson (basson & sax soprano) entre mars 1989 et juin 1990, U Totem (1990) est une œuvre imposante (avec notamment trois morceaux de 7-8 minutes et deux de 15 minutes) qui, dès les premières secondes, nous transporte dans un patchwork stylistique dépaysant et séduisant. Les sonorités classiques (piano, flûte, basson) s'accordent avec l'instrumentation électrique (guitare, basse, batterie) et la voix extraordinaire et envoûtante d'Emily Hay.

Dissonances et sublimes mélodies s'enchaînent avec une cohérence inespérée. Tout au long de l'album, on est ébloui par tant de créativité, enchanté par cette faculté que possède U Totem de faire surgir la beauté d'où on ne l'aurait jamais attendue.

On songe forcément, à l'écoute de l'album, aux expériences de l'école Rock In Opposition (en particulier aux Art Bears), mais aussi aux mélanges de styles de la Carla Bley d'Escalator Over The Hill (1971), sans oublier l'œuvre défricheuse de John Greaves et Peter Blegvad, Kew Rhone (1976).

Cependant, l'approche employée par U Totem se révèle plus "progressive", au sens actuel du terme car, outre des caractéristiques musicales typiques, elle trouve dans ces contrastes matière à un constant renouvellement, qui fait de chacune de ses compositions une exaltante épopée à rebondissements. C'est en cela qu'elle évoque celle également Mr. Sirius, excellente formation japonaise malheureusement silencieuse depuis Dirge (1990), qui pratiquait une savoureuse fusion entre musique classique et rock progressif. D'autant que certaines parties vocales d'U Totem sont chantées en japonais (par Koari Kuboniwa, la femme de James Grigsby) à la voix très similaire à celle d'Hiroko Nagai.

Il n'aura pas fallu moins de quatre ans à U Totem pour nous proposer le second volet de ses aventures. C'est le temps qui fut nécessaire à James Grigsby pour achever l'écriture de la totalité de la musique et du livret (au sens classique du terme) de Strange Attractors

C'est quelques jours à peine après les sessions du premier album que Grigsby s'est mis au travail sur l'idée d'une œuvre musicale librement basée sur une série de mini-nouvelles de son cru, se déroulant dans plusieurs villes américaines et japonaises, entre 1957 et 2012. En 1991, alors que le travail sur les textes est déjà bien avancé, Grigsby commence à composer (un peu plus tard, il s'équipe en matériel informatique et d'enregistrement), et les sessions débutent avec le groupe. Elles s'étaleront sur plus de trois ans. Courant 1993, Steve Cade vient renforcer la formation à la guitare.

Notre premier constat est technique : les durées individuelles des morceaux (treize, de une à six minutes), et globale de l'album, sont inférieures à celles du précédent. Pourtant, on ne s'en rend pas du tout compte à l'écoute; peut-être parce que les morceaux s'enchaînent sans trêve, mais aussi et surtout parce que les compositions d'U Totem sont, encore et toujours, des collages de petites séquences mises bout à bout.

Malgré cela, la musique du groupe a changé. Elle s'avère globalement plus énergique, laissant moins de place aux respirations éthérées et classisantes qui émaillaient le premier album. Demeure malgré tout l'extravagance formelle, la richesse des atmosphères, qui font que ce Strange Attractors est une œuvre dans laquelle il est difficile de trouver ses repères avant un certain nombre d'écoutes.

Mais, bon, c'est tout de même plus exaltant qu'une chanson à refrain qui, telle une fille facile, dévoile tous ses secrets (si tant est qu'elle en ait...) au premier abord ! Oui, la séduction qu'opère U Totem est plutôt celle d'un effeuillage qui, après qu'une nouvelle écoute ait éclairé un pan du mystère, vous laisse encore plus excité à la perspective de la prochaine...

Cette description volontairement floue n'a qu'un but : vous présenter en priorité la démarche d'U Totem, pour vous inciter à découvrir par vous même sa concrétisation musicale, extrêmement diverse. Je ne doute pas qu'une fois cette démarche effectuée, vous ne pourrez résister à l'envie de m'envoyer une chaleureuse lettre de remerciements...

Aymeric LEROY

(chronique parue dans Big Bang n°9 - Janvier-Février 1995)