BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. Suintement (1:13)
2. Falling Rain Dance (4:12)
3. Partch’s X-Ray (5:21)
4. Rapt D’Abdallah (3:01)
5. Miroirs (1:18)
6. La Mort De Sophocle (3:11)
7. Ectoplasme (1:07)
8. Temps Neufs (4:56)
9. Mellotronic (4:04)
10. Bacteria (1:28)
11. Out Of Space 4 (2:52)
12. First Short Dance (0:42)
13. Second Short Dance (0:41)
14. Variations On Mellotronic’s Theme (3:04)
15. A Rebours (1:56)
16. Méandres (9:38)

FORMATION :

Daniel Denis

(batterie, percussions, claviers, accordéon, guitare)

Michel Berckmans

(hautbois, cor anglais, basson)

Serge Bertocchi

(saxophones, tuba)

Aurelia Boven

(violoncelle)

Ariane De Bievre

(flûte, piccolo)

Dirk Descheemaeker

(clarinette, clarinette basse)

Bart Maris

(trompette, bugle)

Eric Plantain

(basse)

Christophe Pons

(guitare acoustique)

Bart Quartier

(marimba, glockenspiel)

Igor Semenoff

(violon)

UNIVERS ZÉRO

"Implosion"

Belgique - 2004

Cuneiform - 48:57

 

 

La récente renaissance d'Univers Zéro en tant que groupe rend l'appréhension de ce nouvel album problématique. En effet, depuis The Hard Quest (1999), on s'était fait une raison : UZ était désormais - pas exclusivement mais avant tout - le nom de plume d'un Daniel Denis voyant là un moyen d'assurer à son travail une plus large audience qu'en continuant à publier des albums solo au retentissement forcément plus confidentiel. D'où, immédiatement, une question : Implosion est-il dans la droite lignée de ses deux prédécesseurs immédiats, ou a-t-il été pensé pour préparer le terrain au retour du 'grand', du 'vrai' Univers Zéro ?

Une écoute suffit à en avoir le cœur net : c'est la première hypothèse qui est la bonne. Si Implosion prend moins de libertés avec le son Univers Zéro que le très iconoclaste Rhythmix, il ne semble pas pour autant aspirer davantage à l'unité de style ou de son. Batteur, mais aussi en charge de toutes les parties de claviers et autres programmations, Daniel Denis est clairement au centre des débats, son fidèle acolyte Michel Berckmans étant finalement à peine plus présent que la plupart des autres musiciens invités. Et seule une minorité des seize (!) morceaux ambitionne vraiment de recréer l'effectif d'un groupe complet.

En fait, de nombreuses plages, assez courtes (environ une minute), explorent des contrées expérimentales, pour ne pas dire bruitistes, qui peuvent éventuellement rappeler le Univers Zéro plus 'industriel' de l'époque Heatwave, mais relèvent clairement de l'exercice solitaire : informatique et échantillonnage (avec toutes sortes de bruits inquiétant, dont un portail qui grince plus vrai que nature) y tiennent un rôle plus important que les musiciens de chair et de sang. Cette partie de l'album, il faut bien le dire, n'est pas la plus passionnante : certes, elle participe à l'installation de ces atmosphères inquiétantes et morbides sans lesquelles UZ n'est pas UZ, mais se complaît un peu trop dans une artificialité clinique où la dimension plus acoustique (donc humaine) d'Univers Zéro fait cruellement défaut.

Certains autres morceaux parviennent à un compromis plus satisfaisant entre hommes et machines, sans forcément dépasser le cadre d'expérimentations éphémères : ainsi, les cordes de «La Mort De Sophocle», la guitare acoustique de «Mellotronic», ou la pure musique de chambre (sans section rythmique) de «Variations On Mellotronic's Theme».

Mais, il faut bien l'avouer, c'est lorsque Daniel Denis convoque plus clairement le fantôme du Univers Zéro des grandes années que l'enthousiasme l'emporte franchement et définitivement. Avec «Méandres» et ses presque dix minutes de rock de chambre de splendide facture, on se croirait même revenu à l'époque dorée de Ceux Du Dehors. Et l'on est tenté de penser que seul le format long permet à Denis d'exprimer la quintessence de son talent de compositeur, en lui autorisant un travail bien plus approfondi sur les contrastes dynamiques et texturels.

Les autres morceaux 'rock' - «Falling Rain Dance», «Temps Neufs» (dans une veine quasi big-band où la trompette de Bart Maris fait merveille) et «Out Of Space 4» - sont, certes, tout à fait réussis, mais force est de constater que seules leurs incarnations scéniques leur aura permis de s'émanciper vraiment de leur genèse informatisée. Voilà bien l'effet pervers d'avoir vu Univers Zéro se produire en concert (lors de l'édition 2004 du festival progressif des "Tritonales") : ce que l'on aurait accepté avec philosophie, comme une fatalité, dans d'autres circonstances, suscite désormais, inévitablement, une frustration.

Dès lors, on se prend à espérer qu'au-delà du prévisible album live immortalisant sa renaissance scénique, Univers Zéro saura poursuivre sur sa lancée, et reprendre durablement forme humaine, tout en continuant à tirer parti des technologies de pointe qui nourrissent tout aussi valablement son inspiration. D'ici là, comme on ne sait jamais (...), profitez bien des opportunités - rares mais bien réelles - de contempler Univers Zéro dans ses œuvres scéniques...

Aymeric LEROY

(chronique parue dans Big Bang n°54 - Juillet 2004)