BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. Xenantaya (12:53)
2. Civic Circus (7:33)
3. Electronika Mambo Musette (7:20)
4. Kermesse Atomique (6:04)
5. Bonjour Chez Vous (5:00)
6. Méandres (10:33)
7. Falling Rain Dance (8:53)
8. Toujours Plus à L'Est (8:21)

FORMATION :

Michel Berckmans

(hautbois, cor, basson, mélodica)

Kurt Budé

(clarinette, clarinette basse, saxophone ténor)

Daniel Denis

(batterie, percussions)

Martin Lauwers

(violon)

Eric Plantain

(basse)

Peter Van Den Berghe

(claviers)

UNIVERS ZÉRO

"Live"

Belgique - 2006

Cuneiform - 66:43

 

 

On l'avouera d'autant plus facilement qu'il sera contredit par la suite, mais le sentiment initial de l'amateur d'Univers Zéro à la découverte de ce CD, premier album live de l'histoire du groupe belge, a toutes les chances d'être la déception. Une déception que l'on peut résumer en deux questions : (1) pourquoi pas un double CD ?; et (2) pourquoi ne pas avoir inclus les classiques pourtant 'incontournables' que sont «Dense» et «Présage», le premier en particulier ayant été l'un des sommets des concerts d'UZ depuis sa reformation en tant que groupe de scène au printemps 2004 ?

De prime abord, on est tenté de voir là un nouvel avatar de l'insistance (que d'aucuns pourront juger excessive, tout en la comprenant) de Daniel Denis à mettre en exergue l'actualité récente d'Univers Zéro en évitant d'accorder une place trop importante à l'évocation de son passé. Les morceaux anciens ont ainsi été largement minoritaires dans les concerts de ces deux dernières années, ce qui avait quelque-chose de frustrant pour ceux qui, trop jeunes pour avoir pu voir UZ «à l'époque», auraient rêvé de voir cette dimension 'patrimoniale' représentée plus généreusement.

Passé l'étape, forcément un peu douloureuse, du renoncement à ces fantasmes, vient le moment d'ouvrir en grand ses pavillons auditifs et recevoir la musique proposée pour ce qu'elle est. Et là, toute la frustration évoquée plus haut s'estompe rapidement. Car si l'on avait pu penser que, principalement de par leur genèse dans l'environnement stérile du studio, les derniers albums d'Univers Zéro (et les deux publiés par Daniel Denis sous son nom propre) ne pouvaient prétendre égaler ceux produits lorsque le groupe en était vraiment un, avec le supplément d'âme et d'humanité que cela impliquait, force est de constater que sa réincarnation scénique a réussi, après un peu plus d'un an d'activité régulière, à retrouver le niveau de musicalité de ses devancières.

Dès lors, la décision de focaliser notre attention sur les compositions récentes de Daniel Denis apparaît logique, car ce sont assurément celles ayant le plus grand bénéfice à tirer de cette métamorphose (on précisera néanmoins que les versions de «Bonjour Chez Vous» et «Toujours Plus A L'Est» proposées ici rivalisent aisément avec les originales). Le grand mérite de l'opération est finalement de les placer sur un pied d'égalité avec les 'standards' en leur faisant bénéficier à leur tour d'une interprétation totalement 'humaine', à la fois techniquement irréprochable (les jeunes musiciens dont se sont entouré Denis et son fidèle lieutenant Michel Berckmans sont tous extrêmement doués, avec une mention particulière au claviériste Peter Van Den Berghe) et - sans aller jusqu'à parler d'improvisation - ouverte à des variations plus spontanées.

Dans ce contexte nouveau d'un rapport pacifié entre passé et présent, Univers Zéro réussit à inventer une continuité organique entre des pans de son répertoire jusque-là isolés hermétiquement les uns des autres (dans la psychologie des amateurs du groupe en tout cas) du fait de leur éparpillement temporel. Par exemple, il est maintenant possible d'affirmer sans risque d'être contredit que l'épique «Méandres» compte parmi les chefs-d'œuvre de Daniel Denis, et que des morceaux comme «Xenantaya» (désormais propulsé par une basse slappée irrésistible) ou «Falling Rain Dance» (précédé d'un solo de batterie magistral) seront désormais aussi demandés que «Combat», «Ronde» ou «La Faulx».

Magistralement interprété, ce Live est aussi remarquablement enregistré (en juin 2005 à Bruxelles principalement, et aux Tritonales pour deux morceaux) et présenté (faute de DVD, Philippe Seynaeve aura au moins pu imprimer sa patte très personnelle au livret). Mais ce que l'on espère surtout, au-delà de ses mérites artistiques propres, c'est qu'il vient clore pour longtemps la parenthèse (qu'il ne s'agit pas de renier ou même de dénigrer pour autant) d'un Univers Zéro virtuel, et ouvrir dans la longue d'histoire du groupe un nouveau chapitre dont on attend avec impatience d'entamer la lecture. Le retour au bercail d'Andy Kirk et la perspective que ce dernier (mais pas seulement, ses collègues ayant également été sollicités) partage à nouveau l'écriture avec Daniel Denis, sont de ce point de vue d'excellentes nouvelles, et des raisons supplémentaires d'espérer que les années à venir seront pour Univers Zéro un nouvel âge d'or.

Aymeric LEROY

(chronique parue dans Big Bang n°61 - Avril 2006)