BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

Niittoaika pochette

PISTES :

Soft Machine
1. part 1 (5:09)
2. part 2 (7:59)
3. part 3 (3:21)
Afrodite
4. part 1 (5:18)
5. part 2 (7:31)
6. part 3 (2:49)
Drontti
7. part 1 (7:58)
8. part 2 (6:25)

FORMATION :

Olli Kari

(batterie, percussions, marimba, vibraphone)

Heikki Puska

(guitare, piano, percussions)

Lassi Kari

(basse, contrebasse)

Tuure Paalanen

(violoncelle)

Lauri Kajander

(guitare)

Hanne Eronen

(flûte)

Inka Eerola

(violon)

INVITÉS

Kimmo Pohjonen
(accordéon)

Heikki Rita
(clarinette)

EXTRAITS AUDIO :

UZVA

"Niittoaika"

Finlande - 2002

Silence - 46:36

 

 

Après Alamaailman Vasarat et Hidria Spacefolk, Uzva est le troisième groupe finlandais du label Silence que nous découvrons cette année. Et malheureusement encore une fois avec un certain retard puisque Niittoaika a été publié en 2002. Enfin, comme on dit, mieux vaut tard que jamais. Il aurait en effet été fort dommage de passer à côté de cet album, le second de la bande à Heikki Puska (guitariste, pianiste et unique compositeur), tant la qualité est au rendez-vous, que ce soit au niveau de l'écriture, très soignée, que de l'exécution instrumentale, impeccable.

Trois compositions sont au programme de ce Niittoaika, chacune scindée en deux ou trois parties, comme autant de mouvements. «Soft Machine» (16:33), titre qui n'a au passage rien d'un hommage à la célèbre formation britannique, et «Afrodite» (12:50) présentent un amalgame à dominante acoustique entre jazz, folk (nordique) avec une touche rock symphonique. Violon, violoncelle, flûte, clarinette, vibraphone, guitare et section rythmique distillent une musique aérienne, colorée et contrastée. Certains passages quasi-pastoraux aux mélodies délicates s'inscrivent dans la droite lignée de Tammikuinen Tammela, le premier album du groupe, alors que d'autres marquent une évolution de par leur caractère énergique inédit. Bien que fraîcheur et légèreté soient les maîtres mots, aucune mièvrerie n'est à craindre ici. Uzva ne commet pas de fautes de goût et fait preuve d'une belle personnalité, à tel point que les influences ne semblent pas évidentes. En cherchant bien, certains trouveront peut-être des ressemblances avec les précurseurs du prog finlandais, Tasavallan Presidenti en tête (dont le premier album date de 1969) voire Pekka Pohjola.

Après ces pièces joliment arrangées mais sans doute un poil trop superficielles aux oreilles des amateurs d'avant-garde, «Drontti» (17:13) montre un autre visage d'Uzva et une autre facette de son talent. Plus sombre et ambitieuse, cette suite, mélange de rock et de néo-classique, nécessite une participation passive de l'auditeur. Les thèmes sont certes suffisamment marquants pour retenir l'attention dès la première écoute mais la complexité harmonique et structurelle ne s'apprivoise pas en un jour. Il y a fort à parier que la persévérance sera récompensée. D'un point de vue stylistique, on pense parfois au Mike Oldfield de Incantations (les parties de marimba) et à Isildurs Bane (la complémentarité guitare électrique/cordes), deux références qu'Uzva n'est pas loin d'égaler. C'est dire le niveau atteint par les Finlandais. Tour à tour intrigant, dissonant, puissant (à l'image du final tellurique) mais constamment passionnant, «Drontti» n'est autre qu'une grande réussite, augurant ainsi du meilleur pour l'avenir.

A l'arrivée, Niittoaika apparaît comme une œuvre globalement attachante, par moments franchement captivante (ce qui en fait à mon sens l'une des révélations discographiques de l'année 2002), confectionnée par des musiciens hautement talentueux, et qui trouve une place de choix à la croisée du progressif symphonique, du jazz, des traditions folkloriques Scandinaves et du rock de chambre. De quoi satisfaire pas mal de monde, non ?

Yann CARREAU

(chronique parue dans Big Bang n°56 - Décembre 2004)