BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

Uoma pochette

PISTES :

1. Kuoriutuminen, part 1 (2:10)
2. Kuoriutuminen, part 2 (6:17)
3. Kuoriutuminen, part 3 (5:08)
4. Different Realities (11:14)
5. Chinese Daydream, part 1 (3:12)
6. Chinese Daydream, part 2 (5:43)
7. Arabian Ran-Ta (9:59)
8. Vesikko, part 1 (4:00)
9. Vesikko, part 2 (6:14)
10. Vesikko, part 3 (12:56)
11. Lullaby (4:22)

FORMATION :

Heikki Puska

(guitares, piano [5,6], basse [5,6,9], percussions [5-10])

Olli Kari

(vibraphone, marimba, percussions)

Heikki Rita

(clarinette)

Antti Lauronen

(saxophone, flûtes)

Lauri Kajander

(guitare)

Veikka Pohto

(basse)

Ville Väätäinen

(batterie)

INVITÉS

Lari Latvala
(violon)

Tuure Paalanen
(violoncelle)

Saara Rautio
(harpe)

Timo Kortesmäki
(basson)

Aarne Riikonen
(batterie [1,5,6,9])

Inka Eerola
(violon)

EXTRAITS AUDIO :

UZVA

"Uoma"

Finlande - 2006

Silenze - 71:21

 

 

Il est des albums difficiles à décrire. Cela tient généralement à leur profonde originalité, à une fusion inédite de styles qui ne renvoie à rien de connu. N'allez surtout pas croire que votre serviteur utilise un subterfuge pour dissimuler son manque d'inspiration, sa culture musicale déficiente, son incapacité à analyser la musique ou à formuler un discours pertinent. Quoique...

A l'écoute du nouvel album d'Uzva, on se dit que l'on a affaire à une œuvre singulière et à une formation qui ne ressemble à aucune autre. Si les ingrédients utilisés pour la confection de Niittoaika, sorti en 2002, à savoir du rock, du folk, du jazz et du classique sont repris, Uoma en propose un mélange beaucoup plus personnel et permet ainsi de constater les progrès réalisés par son auteur. En quatre années, les Finlandais ont su développer leurs nombreuses qualités et se débarrasser de quelques influences (Mike Oldfield en tête, Isildurs Bane) un peu trop encombrantes. Principal compositeur, le guitariste Heikki Puska est un véritable orfèvre tant l'écriture s'avère des plus soignées, précise pour ne pas dire minutieuse, tout en ménageant des espaces pour des élans improvisés. Les arrangements dénotent un indéniable savoir-faire avec notamment un joli travail effectué au niveau de percussions mélodiques. On comprend pourquoi les sessions d'enregistrements se sont étalées entre octobre 2004 et avril 2006.

Aussi empreint de perfectionniste soit-il, Uoma n'a toutefois rien de froid ni d'ennuyeux. Non, la musique respire, elle est pleine de vie, animée par les sonorités chaleureuses des guitares acoustique et électrique, basse, batterie, violon, violoncelle, harpe, flûte, saxophone, clarinette, basson, piano, vibraphone, marimba, glockenspiel, tarogato, kena, dizi... un large éventail d'instruments synonyme de densité et de richesse. Seules de multiples écoutes permettront de déceler les détails, souvent croustillants, dont les compositions fourmillent. Deux d'entre elles sont particulièrement remarquables et justifient à elles seules l'achat de l'album. Mené par un violoncelle ébouriffant, «Arabian Ran-Ta», comme son nom l'indique, se pare de fragrances exotiques et hypnotise par son intensité. «Vesikko», suite en trois mouvements distincts mais complémentaires (à l'instar d'une symphonie classique), s'étend sur vingt-trois minutes et affiche une dimension rock (riffs bien appuyés) contrebalancée par des séquences pastorales.

Le reste, sans atteindre ce niveau d'excellence, n'en demeure pas moins fort plaisant. Deux pièces paraissent néanmoins assez dispensables de par leur linéarité et leur plus grande orthodoxie. Ainsi en est-il des neuf minutes un peu longuettes de «Chinese Daydream» et de la berceuse finale, «Lullaby», un brin soporifique. Eu égard à la durée conséquente de Uoma, ces relatives baisses de régimes ne sont pas rédhibitoires. A l'arrivée, le bon l'emporte très largement. Il est même possible d'affirmer que nous tenons là une formidable réussite, une œuvre accomplie aux compositions raffinées et à l'interprétation de grande classe.

Cette chronique ne vous éclaire peut-être pas sur la teneur musicale de l'album, mais vous étiez prévenu. Puisse-t-elle à défaut vous donner envie d'en savoir plus.

Yann CARREAU

(chronique parue dans Big Bang n°65 - Avril 2007)