BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

A Grounding In Numbers pochette

PISTES :

1. Your Time Starts Now (4:14)
2. Mathematics (3:38)
3. Highly Strung (3:36)
4. Red Baron (2:23)
5. Bunsho (5:02)
6. Snake Oil (5:20)
7. Splink (2:37)
8. Embarrassing Kid (3:06)
9. Medusa (2:12)
10. Mr. Sands (5:22)
11. Smoke (2:30)
12. 5533 (2:42)
13. All Over The Place (6:03)

FORMATION :

Peter Hammill

(guitare, claviers, chant)

Hugh Banton

(orgue, pédalier de basse, basse)

Guy Evans

(batterie)

VAN DER GRAAF GENERATOR

"A Grounding In Numbers"

Royaume-Uni - 2011

Esoteric / Cherry Red - 48:51

 

 

Sachant que l'épique "Over The Hill", du haut de ses douze minutes, avait été d'assez loin le sommet d'un Trisector (2007) globalement peu inspiré, il y avait de quoi craindre le pire en découvrant un nouvel opus dont le plus long des treize (!) morceaux culmine, si l'on peut dire, à six minutes - même en se défiant de réflexes pavloviens certes un peu stupides, mais qui n'enlèvent rien au fait que certaines des émotions fortes auxquelles nous a habitué VdGG ne peuvent naître autrement que sur une durée un tant soit peu conséquente.

L'entame de l'écoute, heureusement, a tôt fait de rassurer. Autant l'entrée en matière de Trisector (un instrumental sans grand intérêt mettant en vedette une guitare mal accordée dont le son horripilant devait hélas accompagner l'auditeur pendant une bonne partie de l'album, suivi d'un "Interference Patterns" répétant ad nauseam un seul et même riff) tenait du ratage absolu, autant celle de A Grounding In Numbers sèduit d'emblée, tant par la captation excellente des instruments (tranchant avec le relatif amateurisme de la production des deux précédents opus) que par une inspiration mélodique enfin retrouvée.

Sans doute nos trois hommes ont-ils compris et souhaité corriger leurs erreurs. Toujours est-il qu'il faudra attendre la troisième plage pour entendre le son d'une guitare, et que l'on découvrira alors un Peter Hammill beaucoup plus convaincant à ce poste, auquel il aura toutefois la sagesse de préférer souvent le piano. Le dispositif instrumental constitué par ce dernier avec l'orgue (et la basse, assurée tantôt au pédalier, tantôt avec une bonne vieille quatre-cordes) du dècidément magistral Hugh Banton et la batterie (enfin mise en valeur comme il se doit) d'un Guy Evans en pleine forme, est assurément le plus performant, et se trouve du reste au coeur des cinq morceaux que le trio a mis au programme de sa récente tournée europèenne (au volet hexagonal inexistant comme il se doit), à savoir "Your Time Starts Now" et "Mathematics", qui ouvrent l'album, "Bunshö", "Mr. Sands" et le conclusif "All Over The Place". Pas besoin de se torturer les méninges pour déterminer les sommets de ce Grounding In Numbers : VdGG l'a fait trés bien tout seul, tout comme la persistance du sus-mentionné "Over The Hill" dans sa setlist depuis 2008 témoigne d'une juste appréciation de ses qualités. Précisons néanmoins que l'album ne comporte aucun moment réellement faible, et révèle une fluidité qui dément notre préjugé initial fondé sur la durée réduite des plages, la dimension épique étant ressentie cette fois à l'échelle de l'album tout entier (impression renforcée par la présence de deux plages instrumentales).

Si d'aucuns continueront à regretter le départ de David Jackson, force est de reconnaître que le trio restant parvient sans lui à convoquer la magie des grandes années de VdGG, avec même une intemporalité qui a de quoi rendre jaloux la plupart des vétérans de sa génération. Peter Hammill conserve une forme vocale resplendissante, même si ses outrances coutumières (atténuées par un souci plus marqué que jamais de rester mélodieux) et sa tendance à se doubler systèmatiquement à l'octave pourront lasser les moins indulgents. Hugh Banton mérite une nouvelle fois les louanges, tant pour le bon goût constant de son rôle de pilier instrumental que pour ses choix de sons d'orgue qui raviront les puristes et autres ennemis de la pseudo-modernité numérique. Guy Evans, enfin, que l'on avait pu trouver un tantinet bûcheron dans un passé récent, cesse d'être le maillon faible du trio (il suffit d'écouter le groove improbablement funky de "5533" pour s'en convaincre), qui finit l'album par une démonstration de force instrumentale éloquente, laissant augurer - du moins peut-on l'espérer - de nouvelles prolongations sur disque et sur scène (et sait-on jamais, peut-ètre en France ?). Sa capacité, si rare parmi les groupes de rock, à vieillir dans la dignité mérite assurément que le destin continue à lui prêter vie.

Aymeric LEROY

(chronique parue dans Big Bang n°80 - Juillet 2011)