
PISTES :
1. Curtain Call (17:38)
2. In Silent Age (16:47)
3. The Mirror Of Division (22:30)
FORMATION :
Arne Schäfer
(chant, guitares)
Ekkehard Nahm
(piano, orgue, synthétiseurs, bass pedals)
Stephan Dilley
(basse)
Stefan Maywald
(batterie)
VERSUS X
"Disturbance"
Allemagne - 1997
Muséa - 57:40
Dans l'article que nous lui avions consacré il y deux ans (cf. Big Bang n°12), Arne Schäfer nous annonçait la sortie du second album de Versus X (le groupe dont il est le leader) pour la fin 1995. Comme souvent dans le petit monde progressif, ces prévisions se sont révélées fausses, puisque Disturbance ne paraît qu'aujourd'hui...
Pour être honnête, nous devons avouer que nous n'avions pas prêté beaucoup d'attention à ce retard, étant incessamment submergés par de nouveaux albums du plus grand intérêt. Or, à l'écoute de ce second essai discographique (et de celle, qui a logiquement suivie, de son prédécesseur), un sentiment de honte nous envahit : comment avons-nous pu en effet ne pas attendre cette sortie avec la plus fervente impatience ?!?...
Disturbance fait réellement partie de ces œuvres profondes, dont l'apparence alambiquée parvient à se parer d'un fondement de la plus haute légitimité. C'est d'ailleurs ainsi que l'on peut qualifier l'art si intense de formations comme After Crying, Isildurs Bane ou Änglagård pour ne citer que quelques une des plus récentes. La citation du dernier groupe est la moins fortuite des trois, dans la mesure où Versus X s'exprime dans un contexte artistique similaire. Nos amis allemands ne s'accommodent cependant que beaucoup plus rarement des dissonances qui foisonnent chez Änglagård : si le fond est semblable, la forme ne l'est que peu !
La musique de ce quatuor repose avant tout sur la complicité de deux musiciens de grand talent, Arne Schäfer (guitares et chant) et Ekkehard Nahm (claviers). Ces deux personnages nous offrent un album d'une haute teneur artistique, dont l'esthétisme est à rapprocher aussi bien (et c'est là où se situe la grande différence avec Änglagård) de celles des maîtres progressifs des années 70 (Genesis et King Crimson en tête) que de certains compositeurs classiques du début de ce siècle (Prokofiev et Stravinsky notamment).
Les trois compositions (17:38, 16:47 et 22:30) de Disturbance sont construites autour d'une dualité très fréquente dans le milieu progressif : l'ombre et la lumière. La particularité du présent album vient de la force des contrastes qu'il véhicule. Les passages lumineux sont largement majoritaires, et sont donc régulièrement mis en valeur par des séquences (souvent brèves donc) évoquant des ténèbres somme toute accueillantes.
Et si je n'hésite pas à prendre des gants, c'est avant tout car je ne voudrais effrayer personne, en évoquant l'anticonformisme de Versus X. Le rock progressif (et cela est valable pour toute forme d'art) se décline globalement en deux sortes de musique : d'une part, celle qui se livre d'elle-même sans que l'on ait besoin de chercher son sens, et d'autre part, celle qui nécessite le concours actif de l'auditeur pour exister c'est à dire pour se faire comprendre. Vous l'avez compris, cette distinction détermine l'accessibilité des albums, que nous sommes amenés à analyser dans Big Bang à longueur d'année et par rapport auxquels vos goûts se positionnent... Versus X a ceci de remarquable qu'il se situe entre les deux approches évoquées. Il pourrait donc ne toucher finalement que très peu de monde, du fait de son ambiguïté stylistique...
Et bien non ! Les amateurs de symphonisme (surtout) autant que ceux qui prisent davantage les structures musicales complexes se retrouveront autour de Disturbance. Cet album possède effectivement un potentiel sacrément fédérateur. Les musiciens, qui lui donnent vie, sont de plus d'excellents instrumentistes que l'on se doit de saluer. A ce petit jeu des félicitations, il est impossible de ne pas placer en tête le claviériste Ekkehard Nahm. Ses parties de piano, omniprésentes et toujours pleines d'à-propos, font preuve tout à la fois d'élégance et d'un fort pouvoir de persuasion. Elles évoquent un peu les fastes de Renaissance et de Genesis («The Cinema Show», ça vous dit quelque chose ?...), Nahm, John Tout et Tony Banks ayant en commun une solide formation classique. Ce constat explique ainsi certainement la raison pour laquelle les autres claviers sont en retrait par rapport au piano, qui sait néanmoins trouver souvent en la guitare (tour à tour lyrique et torturée) ou le chant (tout à fait correct à défaut d'être parfait) de Arne Schäfer des alliés de grand talent. Quant à la section rythmique (Stephan Dilley à la basse et Stefan Maywald à la batterie), elle est impeccable pour structurer cette fresque musicale dont l'ambition n'est jamais mise en défaut...
Allez, finis les propos louangeurs. Je pense en avoir assez dit pour éveiller en vous de la curiosité qui vous poussera bien un jour ou l'autre à poser une oreille sur Disturbance. Une mise en garde cependant : plus vous attendrez, plus vous regretterez d'avoir perdu tant de temps...
Olivier PELLETANT
(chronique parue dans Big Bang n°20 - Mai/Juin 1997)

