
PISTES :
1. Follow You (4:57)
2. Seek A Sign (5:22)
3. The Metamorphic Time In Paradise (9:19)
4. Overture (6:07)
5. Magic Motion (6:28)
6. Canone (9:31)
FORMATION :
Yukihiro Fujimura
(chant, guitare)
Toshimi Nagai
(basse)
Ryuichi Nishida
(batterie, percussions)
Shusei Tsukamoto
(claviers)
----------------------------------------------

PISTES :
1. Step Into The Vivid Garden (3:44)
2. Gathering Wave (3:27)
3. Schvelle (4:21)
4. Magic Eyes (8:15)
5. Caution ! (5:38)
6. Sleepless Night (4:18)
7. Fall In Alone (8:39)
FORMATION :
Yukihiro Fujimura
(chant, guitare)
Toshimi Nagai
(basse)
Ryuichi Nishida
(batterie, percussions)
Shusei Tsukamoto
(claviers)
----------------------------------------------

PISTES :
1. Opening
2. Gathering Wave
3. Schvelle
4. Follow You
5. The Planets by Holst
6. The Metamorphic Time In Paradise
7. Canone
8. Sleepless Night
FORMATION :
Yukihiro Fujimura
(chant, guitare)
Toshimi Nagai
(basse)
Ryuichi Nishida
(batterie, percussions)
Shusei Tsukamoto
(claviers)
----------------------------------------------

PISTES :
1. Entrance (6:19)
2. Shesp Ankh (Sphinx)(7:12)
3. Legend (9:58)
4. Open Sesame (7:03)
5. Anubis (4:11)
6. Melancholy Of Matador (8:29)
7. Moonstone (6:54)
8. The Destruction Day (5:01)
9. For An Illusion (7:27)
FORMATION :
Yukihiro Fujimura
(chant, guitare)
Toshimi Nagai
(basse)
Kozo Suganuma
(batterie, percussions)
Shusei Tsukamoto
(claviers)
VIENNA
"Overture"
Japon - 1988 - King Records - 41:48
"Step Into..."
1989 - King Records - 38:26
"Progress"
1989 - King Records - 62:25
"Unknown"
1998 - Jasmac - 62:39
Nous n'avons jamais caché notre passion pour le courant progressif japonais, mais il est devenu bien difficile par les temps qui courent de le présenter comme l'un des meilleurs du moment. Les actuelles et nombreuses rééditions qui jalonnent aujourd'hui l'actualité de notre mouvement portent d'ailleurs en elles les germes d'une contradiction. Si cette soudaine diffusion de quelques talentueuses figures nipponnes éclaire parfaitement la prégnance de l'âge d'or des années 80, et par là même le rend attractif, force est de constater qu'elle engendre simultanément un repère dont ses héritiers ont bien du mal à se défaire. Ainsi, si les formations japonaises ont cessé de n'être que de simples curiosités orientales, il est devenu bien difficile pour elles d'honorer la haute réputation dont elles jouissent dorénavant. Que voulez-vous, une barre placée très haute castre autant qu'elle ne stimule...
La découverte du nouvel album de Vienna s'effectue donc dans un contexte bien moins favorable que l'on aurait pu l'imaginer... Car son statut quasi-mythique de figure marquante de cet âge d'or tant idéalisé l'affuble de devoirs des plus contraignants... Pas facile donc dans ces conditions d'éviter les réactions tranchées à la question suivante : Vienna est-il encore ce groupe cataclysmique que l'on a connu il y a 10 ans ? Mais, patience... Effectuons au préalable un petit bond dans le passé afin de justement examiner les premiers pas discographiques de nos amis nippons...
Overture - 1988 - 41:48
Le fameux adage, «tout ce qui est beau est cher», s'est longtemps appliqué aux albums émanant du Japon. Par extension, beaucoup l'ont transformé en «tout ce qui est cher est bon»... A tort. Si la plupart des œuvres que ce pays a mis au monde peuvent revendiquer le statut de pièces maîtresses, force est de constater que cette excellence n'est pas constante... Sans vouloir faire de Vienna un bouc émissaire, il convient de noter que son premier album n'est pas facile à appréhender, donc à recommander...
Fondée par deux célèbres musiciens, Shusei Tsukamoto (claviériste d'Outer Limits) et Yukihiro Fujimura (guitariste/chanteur de Gerard), cette formation fait partie de ce que l'on appelle communément les 'supergroupes'... Mais à l'instar de Asia par exemple, la musique proposée ne s'apparente que bien peu aux fastes imaginés et espérés... C'est ainsi que l'on constate rapidement une nette volonté, chez nos deux amis, de s'éloigner de leurs expériences passées.
Overture propose donc des titres puissants et carrés, ponctués heureusement et régulièrement par des séquences bien plus contrastées se situant davantage dans la tradition chatoyante du progressif japonais. Cette ambition se retrouve logiquement sur les titres les plus longs, ceux où Fujimura utilise davantage son instrument que sa voix... Car voici un autre élément vecteur de critique : le chant outrantier du bonhomme, bien plus par exemple que dans Gerard, n'est effectivement pas fait pour rendre l'écoute la plus attrayante possible... Difficile, c'est incontestable, d'être moins consensuelles que ces mélopées suraiguës...
Le tableau n'est pas très flatteur, devez-vous penser... Qu'est ce qui fait alors de Vienna un groupe intéressant ? La maîtrise (la classe, diraient certains), tout simplement..
La musique est en effet un creuset d'inventivité, où les solos de nos deux leaders (soutenus par une section rythmique pétaradante : Toshimi Nagai à la basse et Ryuichi Nishida à la batterie) fusent de toutes parts. Il émane de ces joutes instrumentales une puissance et une maestria technique, qui relativise assez nettement les réserves émises précédemment. En ce sens, Overture est une œuvre que l'on est davantage amené à apprécier pour sa flamboyance que pour sa réelle ambition...
Step Into... - 1989 - 38:26
À peine huit mois plus tard, la même équipe se retrouve pour publier un nouvel album, qui se révèle bien plus abouti que son prédécesseur ! Certes, mais si les ingrédients sont toujours les mêmes, en quoi la recette a-t-elle changée ???... Les deux premiers morceaux, fondus l'un dans l'autre, apportent immédiatement un début de réponse : le chant s'est raréfié, et apparaît dans le même temps bien plus doux. Quel bonheur, d'autant plus que la musique se révèle plus contrastée que jamais ! L'environnement mélodique est également bien plus accueillant, permettant ainsi au bouillonnement créatif de se laisser plus facilement appréhender.
Tsukamoto, qui soit dit en passant utilise quasi exclusivement les synthétiseurs (oublié le piano d'Outer Limits ?), trouve ici davantage d'opportunités de laisser son talent s'exprimer pleinement. Ce contexte mélodique lui convient visiblement à ravir, et lui permet de créer une trame symphonique omniprésente sur laquelle il n'hésite pas à planter quelques superbes solos aux sonorités des plus originales (trompette, accordéon, etc...). A ses côtés, Fujimura n'est pas en reste : ses interventions solistes assez 'métalliques' ne s'encombrent d'aucun lyrisme (pourtant si cher au progressif), mais s'avèrent au contraire totalement débridées et exécutées à la vitesse de la lumière... Peut-on lui reprocher cette course effrénée à la virtuosité ? Pas vraiment, puisque c'est ce qui fait bel et bien l'originalité de Vienna...
D'un point de vue formel, le groupe demeure attaché à l'alternance de titres au format réduit (4-5 minutes) et de pièces plus longues (8-9 minutes). Néanmoins, la part globale laissée aux parties instrumentales est plus généreuse que sur Overture, les parties vocales devenant de fait bien moins incommodantes.
Step Into... est donc sans nul doute un pas en avant pour Vienna. Malheureusement, il en fallait d'autres encore pour qu'il exploite pleinement son formidable potentiel et devienne un groupe essentiel du paysage progressif... La séparation du groupe quelques mois plus tard stoppera donc nette cette avancée, Progress venant simplement sceller (provisoirement.) une carrière bien trop courte et que l'on croyait à l'époque et à tort définitivement close...
Progress - 1989 - 62:25
Avant de sombrer dans un sommeil léthargique de près de 10 ans, Vienna publie donc ce live, enregistré le 10 janvier 1989 à Osaka. Fidèle à son habitude, le groupe y alterne titres ramassés et longues épopées symphoniques.
Contexte scénique oblige, les morceaux les plus rock sont proposés dans des versions dynamitées, qui voient la domination du chant et des interventions à la six cordes de Fujimura. La section rythmique n'est bien sûr pas en reste, et participe activement à cette fougue ambiante.
Néanmoins, ce qui retiendra plus particulièrement l'attention du fan de progressif pur et dur (façon de parler), ce sont les trois pièces de résistance de l'album (dont l'inédit «The Planets» inspirée bien sûr par le compositeur G. Holst) qui occupent plus de la moitié de la durée totale de celui-ci. Tsukamoto peut alors s'en donner à coeur joie, rivalisant de technique et d'inventivité pour donner corps à des séquences mélodiques flamboyantes, parfois grandiloquentes...
Ne cachons notre intérêt de voir Vienna se lancer dans ces longues compositions épiques gorgé de contrastes. Ce sont essentiellement elles qui nous permettent de ne pas oublier le formidable talent de leurs auteurs, et qui font en l'occurrence de Progress une œuvre vraiment séduisante...
Le groupe nippon se sera ainsi paré, avec ses trois premiers albums, d'une réputation d'inconstance, qui n'aura assurément pas favorisé la quête du succès commercial qui avait présidé à sa création...
Echec donc, et fin du premier chapitre.
Unknown - 1998 - 62:39
En découvrant ce tant attendu nouvel album studio, une surprise de taille nous attend... Le concept sur lequel s'est bâti Vienna, à savoir le rassemblement de 'stars' du prog nippon, semble subitement s'écrouler... Les crédits du livret nous indiquent en effet que Fujimura a cédé sa place à un certain Cha Chamaru... Quelle déception ! Sans vouloir augurer de la compétence du nouveau venu, il convient de noter que c'est bel et bien une composante essentielle de la personnalité de Vienna qui s'est envolée avec le départ de son illustre guitariste/chanteur...
C'est donc l'âme en peine que l'on entame l'écoute de Unknown... Les premières minutes provoquent un trouble profond. Quel est ce plagiaire dont Tsukamoto s'est affublé ?!?... Son jeu de guitare évoque par trop celui de son prédécesseur pour que cela ne cache pas quelque chose d'inattendu... Et puis, le chant arrive : le voile d'incompréhension, d'énervement et de désenchantement se lève alors. Le timbre si particulier de Fujimura, ainsi que sa propension à en abuser, est inimitable. Impossible par conséquent d'être ici confronté à un imitateur, fut-il particulièrement doué. C'est donc bien sous un pseudonyme (renseignement pris, il s'agit de son surnom...) que notre homme a décidé de participer à l'aventure de ce nouvel album. Voici une petite cachotterie, qui ne nous aura donc pas trompés (ouf !)... C'est donc l'esprit rasséréné que nous poursuivons l'audition de Unknown...
Si nous devons comparer cet album avec son prédécesseur, nul doute que nous soyons amené à être agréablement surpris... Cette symbiose entre le lyrisme d'Outer Limits et le rugissement symphonique de Gerard que nous avons évoquée précédemment à propos de Step Into... trouve ici aussi une forme assez réussie. Cette impression est peut-être quelque peu atténuée par une entrée en matière assez directe, où la fougue a emporté sur son passage toute forme de subtilité... Heureusement, cette petite faute de goût est rapidement rattrapée, et l'on retrouve ensuite Vienna tel que nous le connaissions. Son rock progressif, proche parent du courant hard-prog, s'écoute de la même façon que l'on regarde un péplum à la télé : la grandiloquence du thème et des décors amuse autant qu'elle ne fascine... C'est bel et bien cette impression que suscite la musique de Vienna. Paradoxe des plus bizarres, mais qui éclaire les impressions contradictoires que l'on peut avoir en écoutant Unknown... Ne voyez pas une faiblesse dans ce constat, mais simplement le reflet de cette double personnalité qui fait s'enchaîner avec naturel (tour de force magistral !) moments progressifs fabuleusement inspirés et séquences aux formes désespérément carrées...
Cette incohérence apparente se trouve heureusement reléguée au second plan dans notre jugement final par une mise en forme et en son du plus haut niveau. Non seulement les instrumentistes sont excellents, mais ils jouent en véritable symbiose. Sur un canevas rythmique, orchestré notamment par la basse grondante de Nagai (accompagné ici à la batterie de Kozo Suganuma), Tsukamoto et Fujimura tissent leurs interventions solistes avec une fantastique compétence. Bien sûr, quand notre guitariste se met à chanter, la 'magie' n'est plus tout à fait la même...
Néanmoins, Vienna (tout comme Gerard en son temps) trouve son équilibre autour de cette double activité, alors à quoi bon s'en formaliser... Pour entrer dans le monde de Vienna, il faut accepter cette dualité au préalable, sous peine de ne pas passer un aussi bon moment que prévu...
Unknown est ainsi un formidable numéro d'équilibriste. Manquant sans cesse de tomber dans le grotesque, son auteur parvient en effet à conserver tout au long des neuf compositions un propos attractif, bien que très typé.
Voici donc une œuvre à ne recommander qu'associée à une mise en garde explicite, ou si vous préferez, un pari qu'il convient de tenter en toutes connaissances de cause afin de se laisser pleinement séduire par cette formation originale...
Olivier PELLETANT et Christian AUPETIT
Entretien avec Shusei TSUKAMOTO :
Peux-tu
d'abord
nous parler de tes
influences en tant
qu'artiste, compositeur et claviériste ? On sent dans ton
travail l'influence des groupes progressifs anglais des
années 70, mais aussi de compositeurs classiques...
C'est vrai. Les œuvres pour orgue de Bach, Hindemith, Franck, Brahms et Messiaen m'ont particulièrement marqué, mais je citerais aussi Holst, Debussy, Ravel, Schönberg ou Orff. Tous ont influencé ma pratique de la composition et de l'arrangement. Mais pour ce qui est des mélodies, c'est autre chose. Enfant, j'écoutais beaucoup de pop de qualité et de musiques de films des années 50 et 60, qui étaient souvent magnifiques... Mais ma vocation de claviériste est vraiment née avec la découverte de Keith Emerson. J'étais un inconditionnel d'ELP. Pendant mes années de lycée, j'écoutais aussi beaucoup Pink Floyd. J'ai usé mon exemplaire de Meddle jusqu'à la corde... Ceci dit le premier groupe auquel j'ai participé jouait surtout des reprises de Deep Purple, car j'étais le seul à apprécier le progressif.
Comme nous t'avons sous la main, impossible de ne pas te poser quelques questions sur Outer Limits, ton premier groupe, qui fut aussi l'une des formations majeures de la scène progressive japonaise des années 80. Quels souvenir gardes-tu de cette période ?
Outer Limits fut pour moi une merveilleuse école. C'était un groupe qui était fortement influencé par les grandes figures européennes du rock progressif - ELP, King Crimson, Yes, PFM... - ainsi que par la musique classique. Il était difficile pour nous de nous émanciper vraiment de ces modèles, même si nous essayions du mieux que nous pouvions en expérimentant beaucoup, surtout dans les premiers temps. J'ai réécouté dans la perspective de cet entretien certains vieux enregistrements d'Outer Limits et, tout en trouvant certaines choses très immatures, j'ai été impressionné par l'énergie qui s'en dégageait; la fougue de la jeunesse, en quelque sorte,.,
Si tu ne devais retenir d'Outer Limits qu'un seul morceau, lequel choisirais-tu ?
Cela dépend. Du point de vue du travail d'arrangement, je dirais «Marionette's Lament». En matière de complexité, je citerais «Beyond Good And Evil». Et je pense que «Liris» est un morceau qui mérite l'attention...
Peux-tu dire quelques mots au sujet de chacun des albums d'Outer Limits ?
Misty Moon, notre premier album, était le fruit de six années d'intense activité scénique. Il s'agissait en quelque sorte d'une compilation des titres les plus appréciés de notre public. Avec le recul, j'apprécie encore son enthousiasme, même si d'un point de vue technique c'est encore assez amateur. A Boy Playing The Magical Bugle Horn fut pour moi une expérience magique. C'était une œuvre conceptuelle qui fut vraiment le résultat d'un travail collectif dans lequel tous les membres du groupe s'impliquèrent. En ce sens, c'était l'apogée d'Outer Limits en tant que groupe. The Scene Of Pale Blue, enfin, fut enregistré sans ligne directrice particulière, parce que l'occasion de le faire se présenta, au moment où la scène progressive japonaise commençait à battre sérieusement de l'aile...
Quelles furent les raisons de la séparation d'Outer Limits en 1987 ?
Des raisons essentiellement économiques. Les groupes progressifs japonais ne parvenaient pas à vivre de leur musique, ils n'avaient pas assez de succès, alors beaucoup se sont tournés vers le heavy-metal ou la pop. Il y avait aussi le fait que les albums de rock progressif sont très longs à enregistrer et coûtaient donc particulièrement cher à produire, trop en tout cas au regard des budgets à la disposition des maisons de disques. Ainsi, même en signant avec un gros label comme King Records, on ne touchait presque pas d'argent car l'essentiel des recettes servait à rembourser les frais de production... Dans le cas particulier d'Outer Limits, il y avait aussi le fait que j'étais le leader du groupe et que les autres musiciens n'étaient pas aussi motivés. Chacun avait un travail pour gagner sa vie et il est devenu de plus en plus difficile de trouver le temps de nous réunir. Pour ma part, je refusais de sacrifier l'ambition de ma musique. J'ai donc préféré dissoudre le groupe.
Que sont devenus les autres anciens membres d'Outer Limits ?
Nobuyuki Sakurai, le batteur, travaille pour la compagnie que je dirige, Saitama Music Broadcasting. Takashi Kawaguchi, le violoniste, joue maintenant dans l'Orchestre Symphonique du Japon. Tomoki Ueno est professeur de musique. Il a participé comme choriste aux concerts donnés par Vienna en février dernier à l'occasion de la sortie de «Unknown». Takashi Aramaki travaille comme ingénieur en laboratoire pour la marque Panasonic. Quant à Tadashi Ishikawa, je n'ai pas de nouvelles de lui depuis un certain temps...
Après Outer Limits, tu as donc créé Vienna avec Yukihiro Fujimura, ex-guitariste et chanteur de Gerard, et Ryuichi Nishida, ex-batteur de Novela et Mugen. L'idée de départ était-elle de constituer un 'supergroupe' progressif japonais, dans l'esprit de groupes comme UK, voire Asia ?
Oui. A la base, c'était une idée de Shingo Ueno, qui pensait revitaliser la scène progressive japonaise alors en perte de vitesse en réunissant dans un même groupe certaines des grandes figures de ce mouvement. J'ai donc composé le morceau «Follow You» dans cette optique. Puis Shingo et moi avons sélectionné un certain nombre de musiciens que nous trouvions talentueux et leur avons fait parvenir une cassette du morceau. Nous avons alors discuté par téléphone avec les candidats, organisé des auditions et finalement retenu les meilleurs. C'est à cette occasion que j'ai rencontré pour la première fois Yukihiro Fujimura. Il a d'emblée proposé des idées d'arrangement pour «Follow You» qui collaient parfaitement. Nous avons rapidement senti que nous pouvions faire de très belles choses ensemble.
Musicalement, Vienna marquait une rupture avec le style romantique d'Outer Limits, en allant dans une direction beaucoup plus dynamique...
Comme je viens de le dire, Vienna fut constitué avec un objectif clair de succès commercial. Nous avons donc tenté de créer une musique qui combine différents éléments susceptibles de réunir un large public. Ce faisant, nous mettions forcément une partie de notre personnalité en veilleuse. Toshimi Nagai et moi-même n'étions pas spécialement attirés par le heavy-metal à l'origine. Cette dimension était apportée surtout par Yukihiro et Ryuichi Nishida, mais elle est devenue dominante car elle allait dans le sens recherché, celui de provoquer un électrochoc dans la scène progressive japonaise.
Doit-on déduire de la brève existence du groupe - un an et demi à peine - que ce projet échoua ?
Pas totalement, mais il ne réussit en tout cas pas assez pour être viable à terme. Le paysage médiatique japonais s'était peu à peu fermé complètement à la musique progressive, pour ne plus s'intéresser qu'aux stars à la mode. Les musiciens proposant comme nous une musique plus complexe étaient maintenant considérés comme désuets, démodés. On nous préférait de jeunes groupes, souvent très amateurs mais qui avaient au moins le mérite d'être des nouveaux-venus... Et à un moment donné, Shingo Ueno a connu des difficultés financières. Dans ce contexte, l'existence de Vienna ne se justifiait plus...
Vous avez pourtant obtenu un certain succès, non ?
Oui, pour un groupe japonais en tout cas. Je crois que Overture s'est vendu à près de 15 000 exemplaires, ce qui était assez honorable. Et nous avons joué plusieurs fois dans des salles de grande capacité, jusqu'à 2000 personnes parfois.
Quels morceaux des deux premiers albums trouves-tu les plus réussis ?
Mes préférés sont «Canone» sur «Overture», et «Caution !» sur Step Into... Ce sont tous deux des compositions de Yukihiro Fujimura, et à mon avis, nous avons réussi sur ces titres à combiner nos personnalités de manière intéressante.
Qu'as-tu fait entre la séparation de Vienna et sa reformation pour ce nouvel album ?
Après que le groupe eut cessé d'exister en tant que tel, nous avons néanmoins continué à jouer ensemble, Yukihiro, Toshimi et moi-même, dans le groupe de scène de Minoru Niihara, ex-chanteur du groupe de heavy-metal Loudness. C'est à ce moment que Kozo Suganuma nous a rejoints comme batteur. Nous avons alors pris le nom de Ded Chaplin, mais mon rôle dans ce groupe est allé décroissant, et j'ai fini par le quitter pour me consacrer à la composition de musiques pour la télévision. Par la suite, Yukihiro et moi-même avons décidé de remonter Vienna pour enregistrer un nouvel album, mais ce projet a mis très longtemps à se concrétiser, près de quatre ans, du fait de nos diverses activités en dehors du groupe. Entre-temps, la scène progressive japonaise semble avoir repris du poil de la bête, et nous espérons que le moment est venu de réussir ce que nous n'avions pas pu faire dans le passé...
Parlons maintenant du nouvel album. Unknown est-il un concept-album, et si oui, quel en est le thème général ?
Quand nous avons commencé à travailler sur cet album, c'était avec l'idée d'un concept. Mais la réalisa tion a pris tant de temps qu'il nous est devenu difficile de maintenir l'unité d'ensemble nécessaire. Et puis il y a un autre facteur : nos sensibilités musicales, à Yukihiro Fujimura et moi-même, ont évolué dans des directions opposées. Lui s'est tourné de plus en plus vers le heavy-metal, tandis que je suis de plus en plus tenté de revenir à mes bases classiques. Unknown est ainsi devenu le point de rencontre de deux personnalités assez différentes.
C'est tout de même celle de Yukihiro Fujimura qui domine...
Effectivement. Il y a cette guitare rythmique en arrière-plan qui donne un effet 'mur du son', ce qui joue forcément en défaveur des claviers dans le son général. J'ai adapté mon jeu à cette contrainte, ce qui a sans doute contribué à accentuer encore le côté heavy. Mais bon, nous avions quand même décidé que l'album serait globalement dans cette direction. C'était nécessaire si nous voulions que «Unknown» se vende bien et que ce nouveau Vienna puisse durer... Mais pour revenir au thème général de l'album, il s'agit des grandes civilisations passées, et de ce que nous avons hérité d'elles. Mais ce concept s'applique presque uniquement aux textes des chansons, il a eu peu d'influence sur la musique elle-même...
Un détail qui a troublé beaucoup de monde, même si les fans de longue date l'auront reconnu immédiatement, est l'utilisation du pseudonyme de 'Cha Chamaru' par Yukihiro Fujimura. Pourquoi n'a-t-il pas utilisé son vrai nom ?
Je ne sais pas, c'était son idée. Cha Chamaru était son surnom à l'époque où il était étudiant à l'université. Aujourd'hui encore, il est souvent appelé ainsi, par moi ou par certains fans. Donc ça lui a semblé être une bonne idée de l'utiliser. On m'a fait part de la confusion qui est née de ce détail dans certains pays étrangers, et j'en ai été très surpris, car comme vous le soulignez il est difficile de croire qu'il s'agisse de quelqu'un d'autre !
Dirais-tu que Vienna, même si c'est toi qui en a été à l'origine, est aujourd'hui davantage le groupe de Yukihiro Fujimura que le tien ?
Je ne sais pas... Le premier Vienna est né du morceau «Follow You» que j'avais composé; le projet Unknown, lui, est né de «Sphynx», que Yukihiro a écrit... On peut donc dire que l'initiative de ce nouveau Vienna est venue de lui. Et lorsque nous avons réalisé Unknown, il nous fallait tenir compte du nouveau public que Yukihiro avait gagné avec son groupe de heavy-metal, Ded Chaplin. En ce qui me concerne, je vois mon rôle dans le nouveau Vienna plus comme celui d'un instrumentiste que d'un compositeur. Si j'ai une quelconque frustration de ce côté là, rien ne m'empêche de sortir un album solo, voire reformer Outer Limits... pourquoi pas ? Mais ce n'est pas d'actualité, pour l'heure je veux donner tout ce que je peux à Vienna.
Il y a actuellement un renouveau commercial assez important, aux États-Unis notamment, du progressif-metal, avec des groupes comme Dream Theater. Vous y sentez-vous affiliés ?
Pas vraiment. En tout cas, cela ne nous a pas influencés. Je connais les noms de certains de ces groupes, mais je n'ai jamais écouté leurs albums...
Comment est accueilli le nouvel album ? Se vend-t-il bien ?
Pas autant que nous le souhaiterions, malheureusement. Le public japonais connaît très bien nos noms du fait de nos activités récentes, mais celui de Vienna semble être tombé un peu dans l'oubli... Il est difficile de revenir après dix ans d'absence, et cela constitue un problème pour l'organisation de concerts. Nous en avons donné quelques uns en février, le prochain est prévu pour fin mai, et un autre devrait avoir lieu en septembre. Nous espérons que la situation va évoluer positivement pour nous dans les mois à venir...
(chronique et entretien parus dans Big Bang n°25 - Mars/Avril 1998)

