BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. Morning Star (2:16)
2. Kinetic (7:13)
3. Torrential Rains (6:20)
4. Night Lights (1:45)
5. Sky Burial (8:12)
6. Subzero (4:01)
7. Quiet Stalker (18:01)
8. Homesick (2:24)

FORMATION :

Phillip Bastin

(basse)

Hannes Ljunghall

(claviers)

Björn Westén

(claviers)

Bruno Edling

(chant)

Johan Hedman

(batterie)

VIOLENT SILENCE

"Kinetic"

Suède - 2005

Progress Records - 50:18

 

 

Le premier album de Violent Silence, bien que remarqué, fut peut-être un peu vite oublié au milieu de la pléthore de sorties progressives à laquelle on assiste depuis quelques années. Il posait pourtant les bases d'un style original, avec comme principale caractéristique l'absence de guitare, remplacée totalement par les claviers. Une formule qui n'est certes pas forcément nouvelle en progressif, mais dans laquelle les suédois injectaient une bonne dose de modernité et de caractère. Deux ans après, toujours pas de guitare au programme mais une nouvelle recrue dans l'effectif du groupe en la personne d'un... deuxième claviériste ! Autant dire que les options sonores du premier album sont clairement entérinées, et si globalement les ingrédients restent les mêmes, la musique a gagné en richesse et en complexité, avec également des morceaux aux durées plus étendues (8 en tout, de 2 à 18 minutes). On reste pour autant toujours loin du déluge de virtuosité ou de la grandiloquence claviéristique qu'aurait pu laisser présager un tel effectif, les solos étant même plutôt rares, et restant toujours relativement courts et encadrés.

D'autant plus que le choix de sonorités sort largement des clichés prog : le traitement est résolument moderne, mêlant boucles répétitives évoquant la musique électronique, ambiances synthétiques ou encore ces sons de vibraphone, qui pour le coup apparaissent un peu comme la marque de fabrique du groupe. Mais même des sonorités plus 'classiques', telles que Moog ou orgue, paraissent différentes, comme transformées, transfigurées par le traitement particulier auquel elles sont soumises. La complémentarité entre les deux claviéristes est admirable (même si les crédits n'indiquent pas comment sont répartis les rôles) avec souvent trois, quatre couches de claviers superposés qui se répondent, s'entremêlent, créant ainsi des trames harmoniques denses et d'une grande richesse.

La seconde caractéristique notable de Violent Silence est certainement la dimension rythmique, le batteur Johan Hedman étant co-compositeur du répertoire avec le claviériste originel Hannes Lsunghall, ceci expliquant sûrement cela... Outre ces sonorités de vibraphone déjà évoquées (qui impriment une tonalité clairement percussive), la batterie elle-même se révèle omniprésente (on compte peu de moments qui en soient totalement dénués) et on ne s'en plaindra pas tant J. Hedman se montre impressionnant de précision et de puissance, assurant un soutien d'une solidité à toute épreuve. Avec un batteur aux commandes, la mise en place est évidemment irréprochable, et on notera une grande créativité dans les cassures et les changements de rythmes, abondant tout au long de l'album. De plus, le dynamisme effréné dont il fait preuve permet de dissiper également l'impression initiale un peu fausse de froideur que peut dégager l'album, la présence presque physique de son instrument contrastant avec la tonalité plus synthétique des claviers.

Le seul point perfectible finalement semble être au niveau du chant, et de la place un peu trop importante qu'il prend dans la musique du groupe. Non pas que Bruno Hedling soit un mauvais vocaliste, loin de là, son timbre évoquant parfois celui de Patrick Hekje de Landberk, mais outre le fait qu'il ne dégage pas la même émotion que ce dernier, c'est surtout son manque de personnalité qui semble gênant. Les parties chantées, aux mélodies parfois fades («Sky Burial»), font surtout emprunter à la musique de Violent Silence des sentiers plus balisés et prévisibles. On retrouve là une facette 'pop' (schéma couplet/refrain fréquent), déjà présente sur le premier album, et que le groupe tient visiblement à cultiver. Rien de déshonorant (ou de critiquable en soi) là dedans évidemment, mais le fait est que les parties instrumentales, beaucoup plus riches et captivantes, se trouvent ainsi reléguées au rang d'introductions ou d'intermèdes centraux plus ou moins longs. La seule exception, on la trouve sur «Quiet Stalker», plus long titre de l'album du haut de ses 18 minutes, qui offre (enfin) une vraie partie instrumentale conséquente, occupant environ toute la moitié centrale du morceau : véritable feu d'artifice de breaks en tout genres et de thèmes mémorables s'enchaînant sans temps morts, le passage en question n'est pas loin de représenter à lui tout seul le sommet musical de Kinetic. Autant dire qu'avec tout l'album de la même cuvée, on frôlait le chef-d'œuvre ! Précisons tout de même que les dites parties chantées s'écoutent souvent sans déplaisir et que, pour être juste, les couplets emplis de tension, presque hargneux, du morceau titre, ou ceux, plus heurtés, de «Torrential Rain», sont par exemple de vraies réussites. Et puis ce n'est pas là la moindre des qualités du groupe que d'arriver, par la force et la personnalité de son univers sonore, à en quelque sorte «sauver» les parties plus conventionnelles de l'ennui, en leur offrant ainsi un surcroît de saveur et d'épaisseur.

Bref, si tout n'est pas parfait, Violent Silence confirme bel et bien au final avec ce Kinetic le potentiel entrevu dans son premier opus. L'on a affaire à un excellent album de rock progressif moderne et ambitieux, produit par un groupe à la personnalité affirmée et certainement capable d'aller loin à condition d'opérer un rééquilibrage intelligent des composantes de sa musique. A suivre de près donc...

Clément CURAUDEAU

(chronique parue dans Big Bang n°61 - Avril 2006)