
PISTES :
1. A Succulent Anachronic Pastiche
(2:19)
2. Fuzzy Concept (6:50)
3. By The River (2:08)
4. Xenophobia (6:31)
5. Introvenus (0:55)
6. Intravenus (10:57)
7. Lunar Doubts (7:56)
8. Join My Soul (2:44)
9. Race On A Pseudo Flying Carpet (2:52)
10. Nothing Left To Hide (4:11)
11. Ambulance (0:58)
12. The Awakening (20:59)
i) Camel Ride Dream
ii) A Bubble Burst
iii) Prisonnier du temps
iv) The Preacher In The Desert Quicksand
v) The Mad Tryst
vi) A New Reality
vii) So Divine
13. Strange Days (3:04) (titre bonus Japon)
FORMATION :
Luc Hébert
(batterie)
Louis Roy
(basse)
Stephen Geysens
(claviers, flûte, chant)
Claude Rainville
(guitare)
INVITÉS :
Jean-Philippe Goulet
(violon [12])
Dominic Doucet
(chant [8])
Jean-François Linteau
(didjeridoo [3])
VISIBLE WIND
"Narcissus Goes To The Moon"
Québec - 1996-97
Muséa - 71:37
Quelles que soient les circonstances (cf. entretien ci-après) qui ont conduit le quatrième album studio de nos amis québécois à n'être diffusé réellement qu'aujourd'hui, force est de constater qu'il n'est pas évident de le présenter comme une véritable nouveauté. Enregistré au printemps 1996 et proposé en pressage japonais (donc limité et onéreux...) à l'automne suivant, Narcissus Goes To The Moon a donc connu pendant plus d'un an une distribution des plus sporadiques qui a naturellement mis à mal toute promotion digne de ce nom. La nouvelle version, française celle-ci, arrive donc aujourd'hui pour clore définitivement ce douloureux chapitre et permettre enfin à Visible Wind de faire connaître comme il se doit sa dernière œuvre... Et elle le mérite !
Car le plus triste dans cette histoire, c'est que Narcissus Goes To The Moon est très certainement le fleuron de la discographie de son auteur, il aurait donc dû lui permettre d'intégrer le cénacle des formations progressives les plus talentueuses du moment... Heureusement, rien n'est jamais trop tard et, si la promotion parvient à faire oublier le contexte évoqué plus haut, nul doute que Visible Wind soit amené à connaître un vif succès, autre que celui d'estime rencontré ces dernières années...
Avec son précédent album, Emergence (1994) (cf. Big Bang n°8), le quintette d'outre-Atlantique nous avait présenté une démarche duale consistant à enlacer titres accrocheurs et compositions totalement progressives. Cette méthode, que certaines formations ont adoptée dans le passé avant (très souvent) de la radicaliser dans la voie la moins ambitieuse, nous avait donc paru dangereuse car susceptible de faire basculer Visible Wind dans une voie trop nettement commerciale... Avec bonheur, et bien que conservant les mêmes ingrédients, les musiciens ont trouvé une issue à cette probable impasse artistique. Ils ont ainsi pris le parti (courageux et généreux) de réunir leurs diverses aspirations musicales (typiquement progressives ou plus légères...) et de les fusionner au nom du concept choisi.
Plus besoin par conséquent d'effectuer de sélection de morceaux en fonction de nos goûts propres... Une nouvelle fois, le tout s'avère supérieur à la somme des parties. C'est donc dans sa globalité, c'est à dire comme si nous n'étions confrontés qu'à une seule pièce, qu'il nous faut appréhender cette œuvre. Car de cette écoute globale résulte une sensation peu commune, celle d'assister à la prestation d'un groupe éclatant de santé. Visible Wind fait ainsi défiler devant nos oreilles charmées un rock néo-progressif flamboyant, aux caractéristiques de moins en moins 'néo' et de plus en plus progressives. L'ambition artistique de Narcissus Goes To The Moon s'accommode donc brillamment d'un souci d'accessibilité, sans lui ôter une quelconque once de séduction.
Un grand coup de chapeau donc à cette formation qui ne demande qu'à vous convaincre de ses progrès conséquents et empreints d'humilité...
Olivier PELLETANT
Entretien avec Stephen GEYSENS :
Narcissus Goes To The Moon sort enfin en pressage européen, plus d'un an après sa sortie d'origine en pressage japonais. Si je ne m'abuse, Il y a eu aussi entre-temps un pressage canadien. Peux-tu nous expliquer brièvement pourquoi il y a eu un tel délai ?
Tout d'abord, nous avons connu plusieurs difficultés avec notre compagnie de disques, Mezzo. L'album aurait dû en effet sortir l'an dernier au Canada, en même temps que le pressage japonais. Malheureusement, nous ne savions pas que Mezzo éprouvait des problèmes financiers et le lancement de l'album a été retardé de mois en mois jusqu'à ce que la compagnie nous annonce sa faillite au début de l'été dernier. Nous avons donc dû récupérer les masters et racheter les albums qui avaient été produits pour les confier à une autre étiquette québécoise spécialisée dans le progressif, Ipso Facto. Tout ceci mis ensemble et d'autres péripéties dont je ne ferai même pas mention ont retardé le lancement d'un an.
Ne crains-tu pas que, du fait de ces problèmes, la sortie du CD passe un peu inaperçue, car ayant quand même été chroniqué par un certain nombre de publications l'année dernière ? Comment comptez-vous remédier à ce problème ?
Si nous devions nous en faire avec un tel problème, il y a longtemps que le groupe se serait sabordé. Faire exister Visible Wind n'a jamais été facile. De toute façon, je ne crois pas que l'album ait été chroniqué l'an passé en Europe dans la plupart les magazines de progressif. Il n'était pas disponible, donc ceux qui ont un intérêt envers la musique du groupe pourront maintenant le trouver.
Venons-en tout de même à la musique, puisque c'est la chose la plus importante et qu'elle mérite vraiment le détour. Tout d'abord, quelques mots sur le concept : peux-tu nous en résumer brièvement la trame, puisque tu es l'auteur des textes ? Par ailleurs, que faut-il comprendre dans le dessin qui figure sur la pochette, et qui semble s'inspirer du style des «comics» des années 50 ?
La première pièce, «Fuzzy Concept» est une introduction et le périple débute à partir de «By the River/Xenophobia». En résumé, c'est le cheminement d'un personnage à travers toute une gamme d'expériences qui l'amènent à affronter ses peurs dans le but de s'élever spirituellement. Pour ce qui est de la pochette, nous voulions avoir un personnage dans un décor qui allait sortir des clichés caractéristiques du progressif, avec tous les risques que cela comporte. Nous voulions une illustration très simple, très directe. Ce qu'il faut en comprendre est laissée libre à l'interprétation de tous.
Musicalement, après avoir voulu sur Emergence mélanger titres accessibles et progressifs, vous avez opté sur Narcissus... pour une voie médiane, globalement plus typiquement progressive, car les chansons plus «pop» sont en quelque sorte «noyées» dans le concept et le contraste entre ces morceaux et les autres moins forts. Cela vous semble-t-il la bonne stratégie pour ne décevoir personne ?
Avec cet album, nous avons vraiment voulu raconter une histoire. C'est là où nous en étions rendus dans le cheminement du groupe. Nous savons qu'il aura probablement moins d'impact à court terme, parce qu'aucun extrait ne peut être diffusé à la radio. Mais nous l'avons fait avant tout parce que c'est ce que nous voulions faire. La composition de cet album s'est faite de façon très harmonieuse et naturelle.
On trouve également sur cet album une longue «suite». Ce format long te semble-t-il le contexte optimal pour exprimer tout ce dont le groupe est capable, ou penses-tu que ce paramètre n'a aucune importance ?
Tout dépend de la composition elle-même. Je crois que le groupe peut arriver à s'exprimer aussi bien à l'intérieur d'une pièce de 4 minutes, mais en spectacle, les pièces à long développement sont plus appréciées parce qu'elles donnent l'occasion aux musiciens d'aller beaucoup plus loin.
Le violoniste d'Indiscipline est invité sur l'album, ce qui amène à parler de la scène progressive québécoise, qui semble plutôt vivace. Que peux-tu nous en dire ? Quels sont vos rapports avec les autres groupes ? Penses-tu qu'il y ait un public conséquent pour le «prog» au Québec ?
La scène progressive québécoise connaît un regain de vitalité surtout grâce à des gens comme François Angers (rédacteur de la revue Cyclone) et Sylvain Déry (organisateur du ProgEst). Nous sommes en contact avec la plupart des groupes en activité et il se passe des choses très intéressantes. Il y a un public pour le prog au Québec c'est certain. Il ne faut pas oublier que c'est au Québec que Genesis et Marillion ont connu leurs premiers succès en Amérique. Je crois que les gens ici commencent à peine à découvrir la troisième vague de prog. C'est dans la ville de Québec qu'il y a vraiment un intérêt plus fort pour le prog. Il y a plusieurs magasins spécialisés, etc.
L'enregistrement de l'album remonte maintenant à près d'un an et demi. Que s'est-il passé pour Visible Wind depuis ? Je crois savoir que vous avez changé de guitariste - pour quelle raison ? Comment voyez-vous présentement l'avenir du groupe ?
Nous avons joué au ProgEst avec Arena et ce fut une expérience mémorable. La question du guitariste n'est pas encore réglée pour l'instant. Nous avions une bonne chimie avec Claude Rainville et il n'est pas exclu qu'il fasse encore quelques concerts avec le groupe. Quant aux projets futurs, il est question d'un album en spectacle enregistré le même soir que celui d'Arena. Nous prévoyons d'amorcer une série de spectacles à partir du mois de mars 98. Nous avons maintenant notre propre studio dans lequel nous avons enregistré Narcissus.... Les gens nous ont souvent dit que nos albums étaient tous différents. C'est probablement parce qu'il y a un intervalle de trois ans entre chaque parution, ce qui nous laisse le temps d'évoluer. Le prochain album sera sûrement très différent de celui-ci au niveau de l'approche musicale.
(chronique et entretien parus dans Big Bang n°23 - Nov-Décembre 1997)

