
PISTES :
1. Caught In A Combine (4:33)
2. Abcircus (6:35)
3. Blitz (8:47)
4. One Minute Of Thought... (3:50)
5. Midnight Clear (5:04)
6. ...In Two Seconds Of Time... (8:12)
7. Vespers (7:21)
8. ...(Incomplete, Broken And Abstract) (6:03)
9. Cropcircles (4:29)
10. Black And White (6:34)
FORMATION :
Patrick Strawser
(claviers, synthétiseurs)
Steve Hatch
(guitares, mandoline)
Richard M. Kesler
(basse, saxophone)
Brian Donohoe
(batterie, percussions)
VOLARÉ
"The Uncertainty Principle"
États-Unis - 1997
Laser's Edge - 61:31
Ce n'est sans doute qu'un hasard, mais il mérite tout de même d'être souligné : en cette fin d'année 1997 sortent coup sur coup deux albums, celui de Volaré et celui de Forgas Band Phenomena, revendiquant haut et fort l'héritage de l'école de Canterbury. Cette branche de la scène progressive anglaise des années 70, l'une des plus créatives et productives en son temps, tendait à sombrer quelque peu dans la désuétude, faute d'une véritable relève et du fait d'un manque de volonté (ou plus prosaïquement de moyens) de ses pionniers.
Mais si Patrick Forgas, de par son âge et ses liens avec la branche française de l'arbre généalogique canterburien (Gong notamment), peut apparaître comme un cousin somme toute assez proche de Soft Machine et autres Hatfield de jadis, tel n'est en revanche pas le cas des Américains de Volaré, qui représentent pour leur part une jeune génération ayant fait siennes les valeurs musicales de ses aînés. En ce sens, ils suscitent encore davantage l'espoir d'un renouveau.
D'emblée, un certain nombre de similitudes sautent aux yeux : le foisonnement rythmique, l'omniprésence du piano électrique Fender Rhodes, la guitare aux sonorités torturées, les harmonies vaguement jazzy... Et surtout cette impression jubilatoire d'une créativité totalement débridée. Pour autant, Volaré n'est pas un clone pur et simple d'Hatfield and the North ou National Health. Au-delà des signes de reconnaissance formels, qui sont autant de clins d'œil malicieux en direction des connaisseurs, il développe également sa propre identité, en particulier grâce au talent multiforme de son claviériste, Patrick Strawser.
Celui-ci se distingue fondamentalement d'un Dave Stewart en ceci que son principal vecteur d'expression, outre le piano électrique, n'est pas cet orgue trafiqué si typique de l'école de Canterbury, mais le moog, dont il use abondamment et d'une manière qui rapproche Volaré du centre de la galaxie progressive. Le groupe avoue d'ailleurs volontiers l'influence de Yes ou Genesis, au même titre que celle de leurs plus obscurs contemporains de la capitale du Kent.
On a ainsi affaire à une musique beaucoup plus riche et variée qu'on aurait pu le croire de prime abord. A ce titre, elle ne s'adresse pas aux seuls amateurs de l'école de Canterbury, mais plus généralement aux mélomanes avides de progressif instrumental de qualité, mélodique et accessible mais aussi audacieux et dépaysant. La multiplicité de styles abordés, comme les interventions solistes des musiciens, offrent dès la première écoute autant de points de repère que d'occasions d'accrocher l'esprit.
Pour autant, The Uncertainty Principle, tout réjouissant qu'il soit, n'en demeure pas moins un premier album avec certains défauts typiques de l'exercice : un certain manque d'unité, à mettre donc sur le compte de la jeunesse, mais aussi certaines disparités tant au niveau d'une écriture inconstante qu'à celui de l'interprétation, qui pâtit du contraste entre un Strawser en constant état de grâce et un Steve Hatch moins convaincant à la guitare du fait de partis pris parfois contestables (un jeu volontairement rugueux, une prise de son trop brute).
Ces réserves demeurent cependant très relatives par rapport à la moyenne des jeunes formations qu'il nous est généralement donné d'entendre. Volaré figure bel et bien parmi les groupes les plus prometteurs du moment et gageons qu'il saura, lorsque le temps sera venu pour lui d'enregistrer un second album, nous éblouir autant sur toute sa longueur qu'il le fait sur les meilleurs titres de The Uncertainty Principle...
Aymeric LEROY
Entretien
avec Steve HATCH, Patrick STRAWSER
& Brian DONOHE :
Vous avez un jour décrit votre musique de la manière suivante : «garage-fusion du vingt-et-unième siècle». Avez-vous une définition plus sérieuse à proposer ?
P.S. : Cette phrase était une idée de Brian. Je ne sais pas dans quelle mesure il fallait la prendre au sérieux, en tout cas je la trouve assez drôle. J'ignore comment définir notre musique, j'ai tendance à penser, ce qui est sans doute naïf, que c'est le genre de choses que les gens qui aiment la musique en général aimeraient. Bien sûr, ce n'est pas la musique la plus accessible qui soit, mais étrangement nous avons eu des réactions positives de la part de gens dont ce n'est a priori pas le style de prédilection.
S.H. : Nous jouons seulement la musique que nous aimons. Elle est parfois proche du style Canterbury, parfois plus symphonique, même si je n'aime pas trop ce terme un peu fourre-tout. Tour à tour rude et délicate, triviale et poignante, marrante et sincère...
B.D. : J'aime bien trouver des descriptions originales. L'une des dernières en date est «le son ECM passé à travers un mégaphone»... Plus sérieusement, l'influence d'Hatfield ou National Health est évidemment la plus importante, mais on peut également citer le Genesis de Foxtrot ou Wind And Wuthering, le King Crimson de Larks' Tongues..., ou encore Happy The Man.
Quel regard portez-vous sur le passé et le présent de l'école de Canterbury ?
P.S. : Pour être honnête, je suis loin d'avoir une discographie exhaustive. J'apprécie surtout les disques sur lesquels joue Dave Stewart : Hatfield, National Health, Egg et Khan. Et Hoppertunity Box de Hugh Hopper.
B.D. : Nous préférons généralement la période 1975-80 aux groupes plus anciens. Je rajouterais à la liste de Patrick One Of A Kind de Bruford, Gilgamesh, ou encore Western Culture d'Henry Cow. Mon album préféré reste Of Queues And Cures de National Health. Hélas, j'ai un peu perdu la trace de tous ces musiciens depuis une quinzaine d'années.
S.H. : Je n'ai découvert la scène de Canterbury qu'il y a deux ans. Je me suis alors dit : «tiens, c'est ce que nous faisions sans vraiment le savoir». C'était une découverte a posteriori, pas vraiment une influence. Les miennes sont plutôt du côté des grands groupes comme Yes, et d'autres comme Jethro Tull, Rush et les Moody Blues.
Les compositions sont créditées collectivement. Cela reflète-t-il la réalité ?
S.H. : Non, Pat et moi sommes les principaux compositeurs. Nous écrivons chacun nos morceaux. J'ai composé «One Minute Of Thought In Two Seconds Of Time (Incomplete, Broken, and Abstract)», qui a été divisé en trois morceaux et que nous appelons entre nous «la trilogie», et «Black And White». Nous avons écrit à deux le premier titre, «Caught In A Combine». Les autres titres sont de Patrick. Mais Brian joue un grand rôle dans les arrangements et mérite pleinement son crédit.
P.S. : Je tiens à rendre hommage au travail de Steve, dont je trouve qu'il est un excellent arrangeur, en particulier quand il s'agit d'attribuer à chacun les différentes parties. C'est aussi un excellent mélodiste, alors que je réfléchis surtout en termes de progressions d'accords. Mes compositions sont souvent embryonnaires. Je suis assez paresseux de ce point de vue...
Quelle part occupe l'improvisation dans votre musique ?
P.S. : Assez importante par le passé, toujours conséquente lors des concerts, mais assez réduite sur le disque. Généralement, nous insérons des parties improvisées en début ou fin de morceaux, ou dans les transitions entre deux titres. Par exemple il y a à la fin de «Blitz» des improvisations de guitare et synthé sur un rythme en 13/8. En concert, nous les prolongeons souvent pendant trois ou quatre minutes. En studio, nous avons essayé quelques trucs, mais nous n'avons gardé que les plus réussis.
S.H. : Globalement, notre musique est assez écrite. La part d'improvisation consiste surtout à ne jamais vraiment jouer les morceaux de façon identique d'une fois à l'autre. Lors de l'enregistrement de The Uncertainty Principle, nous avons fait un titre complètement improvisé, «Oxford Don», mais il n'a pas trouvé sa place sur le CD. Autrement, Brian et moi avons joué un certain temps dans un groupe parallèle, The Rubber Experiment, qui avait quelques titres composés, mais donnait souvent des concerts totalement improvisés.
L'album est produit par Steve Babb et Fred Schendel de Glass Hammer. Comment s'est passé cette collaboration ?
B.D. : J'avais envoyé par erreur une cassette à Sound Resources, le studio de Glass Hammer, pensant qu'il s'agissait d'un label. Ils l'ont ensuite envoyée à Laser's Edge. Je trouve qu'ils ont fait du bon boulot. Comme vous, ils ont trouvé le son de la guitare un peu trop «cru», mais nous leur avons expliqué que c'était comme ça que nous voulions sonner. Nous aimons que notre musique soit parfois sombre et dissonante...
Il semble que vous soyez très occupés en dehors de Volaré...
B.D. : Je joue en ce moment avec French TV., suite à leur apparition au dernier ProgDay, lors duquel Pat et moi-même avons remplacé au pied levé deux membres manquants, en plus de jouer avec Volaré et, pour ma part, jouer un morceau avec Glass Hammer ! Depuis j'ai donné quelques concerts avec French TV. dans le Kentucky, et en novembre j'ai participé à une séance d'enregistrement lors de laquelle nous avons joué une reprise de Samla Mammas Manna et une autre de... Volaré, «The Odessa Step Sequence», une composition de Patrick qui figurait sur notre démo. Autrement, Steve et moi venons de signer avec Laser's Edge pour jouer sur le futur second album de Somnambulist qui devrait sortir dans le courant de l'année prochaine.
P.S. : En octobre, j'ai participé à quelques titres du second album de Still, qui s'appelle maintenant Always Almost. Brett Kull et moi avons plusieurs fois discuté de faire quelque chose ensemble. Je lui ai d'ailleurs fait parvenir une cassette d'idées il y a quelques jours. Nous verrons comment les choses évoluent...
S.H. : En ce qui me concerne, je vais donc jouer avec Brian dans Somnambulist. Leur musique est plus symphonique que ce que j'ai l'habitude de jouer, mais ce sont des musiciens très doués, et très attirés par l'expérimentation. C'est un projet très stimulant. Autrement, je joue aussi avec un groupe de fusion, Smokin' Granny [formé par l'ancienne section rythmique de Freehand, ndr], que nous avons également rencontré au ProgDay en septembre.
Cela vous laisse-t-il le temps de réfléchir au futur second album de Volaré ?
S.H. : C'est évidemment un projet, mais nous ne sommes pas vraiment pressés. Nous voulons tous nous investir au maximum dans ce que nous faisons en ce moment. Nous en avons un peu marre de jouer dans les clubs miteux d'Athens, notre ville, qui n'est pas vraiment la plus ouverte au progressif qui soit. Nous nous contenterons à l'avenir de jouer dans des festivals, je pense.
P.S. : Nous attendons un peu de voir comment Uncertainty... va marcher. Nous n'avons aucun projet précis de disque ou de concerts. Nous avons juste un projet d'album de reprises instrumentales de Toto, que nous aimerions que Ken Golden finance (rires)...
B.D. : Il y a des chances que notre démo de 1996 soit remasterisée et ressorte avec des morceaux bonus l'année prochaine. A part ça, je pressens qu'il s'écoulera un certain temps avant que nous nous mettions vraiment au travail sur un second album. L'avantage, c'est qu'entre-temps nous aurons certainement mûri en tant que musiciens, au point que celui-ci sera vraiment un pas en avant par rapport au premier...
(chronique et entretien parus dans Big Bang n°23 - Nov-Décembre 1997)

