BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

Made In Cuba pochette

PISTES :

1. Journey To The Centre Of The Earth
2. The Recollection / The Spaceman
3. Catherine Parr
4. The Visit / Return Of The Phantom
5. Jane Seymour
6. Shed Building
7. King Arthur (Medley of Arthur / The Last Battle / Lancelot And The Black Knight)
8. Cathedral Of The Sky
9. Merlin The Magician
10. Starship Trooper / Wurm
11. "The Road To Cuba" (documentaire)
Emission Szene '74

FORMATION :

Rick Wakeman

(claviers)

Ashley Holt

(chant)

Lee Pomeroy

(basse)

Dave Calquhoun

(guitares)

Ashley Soan

(batterie)

Erik Jordan

(claviers additionnels)

RICK WAKEMAN

"Made In Cuba" (DVD)

Royaume-Uni - 2006

Classic Pictures - 143mn

 

 

Après avoir présenté les deux dernières réalisations du maestro des claviers dans notre précédente livraison, voici avec un léger retard son plus récent DVD à ce jour, qui avait bénéficié d'une publicité imprévue à cause de la polémique liée au lieu d'enregistrement de cette prestation : Rick Wakeman avait en effet répondu à une invitation du ministère de la culture de Cuba, ce qui avait choqué les bien-pensants, qui se focalisent sur les défauts politiques de l'île sans nécessairement voir la face obscure des «démocraties» dans lesquelles ils vivent... Il s'en explique lui-même fort bien dans le documentaire d'une demie heure, «The Road to Cuba», rappelant qu'il avait par le passé donné des concerts dans l'Afrique du sud de l'apartheid ou l'Amérique latine des dictatures, l'essentiel pour lui étant d'apporter la musique aux peuples. En outre, sa venue à Cuba tient aussi d'une part à sa fascination pour la musique Cubaine, et d'autre part à l'aide qu'il souhaitait apporter à un hôpital pour enfants cancéreux. Avec sa croix autour du cou, Rick Wakeman n'hésite pas à affirmer ses opinions : certes, en tant qu'invité de marque, il avait certainement droit à un traitement de faveur, mais il relève la totale liberté de ton quant aux questions artistiques; plus, après une rencontre avec Castro, dont il partage les préoccupations écologistes, il se dit (non sans naïveté) extrêmement surpris par le fait que ce dernier demande à chercher un autre endroit que la salle de spectacle réservée aux musiciens pour prononcer un discours, l'opposant à Tony Blair, qui selon lui n'aurait jamais eu cette réaction... Voilà de quoi aller au-delà du manichéisme de rigueur lorsque l'on parle habituellement de Cuba. L'ampleur disproportionnée de cette histoire avait quand même décidé le claviériste à annoncer qu'il n'effectuerait plus de concert en solo.

En attendant de voir s'il mettra cette menace à exécution, profitons en toute objectivité musicale de cette prestation d'avril 2005, effectuée en compagnie d'un (New) English Rock Ensemble quelque peu remanié depuis le Live in Buenos Aires (voir Big Bang n°44) : seul Lee Pomeroy est fidèle au poste, le guitariste Ant Glynne ayant cédé la place à Dave Colquhoun, Tony Fernandez, blessé, au jeune Ashley Soan et Damian Wilson au vieux compagnon de Wakeman, Ashley Holt. Sur ce dernier point, d'ailleurs, la dimension nostalgique risque de ne pas suffire à tout faire passer. La prestation vocale de Holt se révèle en effet assez inégale : s'appliquant généralement du mieux possible, pour un résultat le plus souvent convaincant, il est à la peine sur plusieurs passages en hauteur, souvent sur les morceaux qu'il n'interprétait pas à l'origine. Le pire étant atteint sur «Starship Trooper», pour lequel son timbre de voix ne convient absolument pas.

Comme c'est désormais la règle de la plupart des concerts de Rick Wakeman, ce sont les anciens morceaux qui sont privilégiés. «Journey to the Centre of the Earth» a ainsi droit à une excellente version synthétique d'environ vingt-cinq minutes, supprimant les longueurs et contenant en outre des soli sympathiques de chaque musicien, dont une démonstration de vélocité toujours époustouflante du maître de cérémonie. Sont également présents les sempiternels extraits de The Six Wives : ici «Catherine Parr» dans une version longue avec une section rythmique du feu de dieu et des soli de claviers supplémentaires, dont la variété n'a d'égale que la technique, et «Jane Seymour», une bonne interprétation dans la limite des sonorités de l'orgue électrique. Quelques morceaux de King Arthur and the Knights of the Round Table sont aussi au programme. Sous l'intitulé «King Arthur», introduit par «Shed Building», un solo de batterie dispensable, un très bon medley mélange les titres «Arthur», «The Last Battle» et «Sir Lancelot and the Black Knight», avec des arrangements plus développés de guitare et de basse. Surtout, on a droit à «Merlin the Magician» dans sa version chantée, particulièrement musclée, donnant le prétexte à Wakeman pour endosser son clavier portatif et livrer des passes d'armes avec Lee Pomeroy et Dave Colquhoun, avant de descendre au contact avec le public et calmer tout le monde par une nouvelle démonstration de sa vélocité. Plus rares, deux extraits de la suite «No Earthly Connection» figurent également au programme, «The Recollection» et «The Spaceman», surtout centrés sur la dimension vocale, et à l'extrême fluidité. Titre plus récent, mais qui figurait déjà sur Live in Buenos Aires, «The Visit / Return to the Phantom», bien interprété, mais qu'on aurait préféré voir enchaîné à «Rock Pursuit» plutôt que complété par un solo de guitare un peu trop chargé en notes. Enfin, une seule composition représente Out There, heureusement une des plus intéressantes, «Cathedral of the Sky». Quant au rappel, il est consacré à l'inévitable hommage à Yes, avec «Starship Trooper», occasion de proposer des soli de basse, de guitare et bien sûr de claviers, le final n'étant d'ailleurs pas le meilleur de ceux qu'a pu fournir Wakeman par le passé. Ce Made In Cuba, que complète une galerie de près de deux cents photographies anecdotiques, est en tous les cas une nouvelle pièce majeure de la DVDthèque de Rick Wakeman.

Jean-Guillaume LANUQUE

(chronique parue dans Big Bang n°63 - Automne 2006)