
PISTES :
1. Kyoei no Ichi (Souk) (7:44)
2. Ido Uuenchi (Kirmes) (8:43)
3. Ranja (10:51)
4. Taiyo no kin np ringo (The golden apples of the sun) (8:31)
5. Heishitachi-e (To soldiers) (6:50)
6. Gokujo no yuuutsu (Exquisite blue) (7:28)
7. Escher (9:39)
8. Etranger (8:38)
FORMATION :
Keizo Endo
(basse)
Yasuhiro Tachinibana
(guitares)
Hideaki Nagaike
(claviers)
Hiroshi Mineo
(batterie)
Tamami Yamamoto
(chant)
WAPPA GAPPA
"Gappa"
Japon - 2004
Muséa - 68:44
Voilà donc le troisième album des Japonais, six ans déjà après A Myth : le moins qu'on puisse dire, c'est qu'ils prennent leur temps, ce qui n'est pas vraiment le meilleur moyen de se faire une place de choix sur un échiquier progressif de plus en plus encombré, d'autant plus que la formation garde des particularités stylistiques (un côté pop/blues-rock) qui la rendent un peu marginale dans notre microcosme.
Si le line-up n'a pas évolué, le livret du CD indique d'emblée un changement de taille : le guitariste Yasuhiro Tashibana (qui a depuis quitté le groupe d'ailleurs), compositeur principal sur l'opus précédent, n'est même plus crédité, l'écriture se partageant désormais entre Tamami Yamamoto (chant), Keizo Endo (basse) et Hideaki Nagaike (claviers). Conséquence logique : la guitare a perdu son aspect hégémonique, et fait désormais jeu égal avec des claviers qui jusque là restaient en retrait, et offrent maintenant des textures plus riches. Mais si l'ensemble peut donc paraître moins rugueux, il reste difficile de parler de progressif symphonique tant on reste éloigné des classiques nippons du genre tels que Pageant ou Mr Sirius. La guitare est ainsi tantôt plus proche d'un Gary Moore, tantôt d'un Allan Holdsworth, que d'un Andy Latimer, tandis que les interventions claviéristiques, les solos surtout, possèdent également un feeling jazz-rock évident, le tout étant loin de tout lyrisme ou grandiloquence (ce dont certains ne se plaindront pas d'ailleurs ...). Dans le même registre, l'absence de séquences acoustiques, ainsi qu'un choix de sonorités de claviers majoritairement synthétiques, et pas toujours des plus heureuses, permet certes d'éviter de tomber dans les clichés prog, mais d'un autre côté rend le tout un peu clinquant.
Chant et parties instrumentales jouent à jeu égal au sein des huit longs morceaux (de 6:50 à 10:51) qui constituent l'album. Concernant les secondes, elles se composent essentiellement de solos, en dehors des transitions et des introductions, dont certaines auraient pourtant mérité un meilleur développement, comme le début tonitruant de «Escher» ou celui plus majestueux de «Etranger». Beaucoup de solos donc, de guitare et de claviers bien sûr, mais aussi de basse et même de batterie, basés sur des thèmes répétitifs voire statiques (bien que reposant parfois sur des rythmes impairs). Cette formule, couplée à la copieuse durée de l'album (près de 70 minutes), ne permet pourtant pas d'offrir des structures suffisamment variées, donnant à l'auditeur une sensation d'uniformité que les écoutes répétées n'atténuent que partiellement. C'est un peu dommage, alors que les musiciens sont loin d'être des manchots, la section rythmique se révélant particulièrement efficace, avec un batteur volubile qui a visiblement pas mal écouté Neil Peart (on a fait pire comme référence...) et un bassiste fin et mélodique.
Le chant (en japonais) irréprochable de Tamami Yamamoto reste cependant un élément central de Gappa, avec un registre étendu, la belle passant des ambiances feutrées aux passages plus rock avec une égale réussite. Elle nous gratifie également de magnifiques vocalises, dont on regrettera qu'elles soient un peu trop rares, constituant souvent des moments forts de l'album. En témoigne l'intense envolée (quasi) finale du déjà cité «Etranger», qui rappellera Vermilion Sands, hélas gâchée par un retour inopportun au couplet tombant comme un cheveu sur la soupe. Le recours au format couplet/refrain est ainsi quasi-systématique et n'aide évidemment pas à échapper à ce côté routinier qui traverse le disque. Les mélodies chantées, pourtant séduisantes et même assez addictives pour certaines (la ritournelle arabisante de «Souk»), restent un peu prisonnières de ce carcan, si bien qu'on a parfois l'impression de se retrouver face à de la variété de luxe, sur les ballades en particulier.
Difficile au final d'avoir un avis clair et tranché sur un tel album : on a là affaire à un groupe sûr de son art, qui œuvre dans un contexte très professionnel (excellente production), mais dont la musique manque un peu de folie et de surprises, n'arrivant que rarement à décoller et à émouvoir. Pas évident non plus de voir quel peut être le public touché, les amateurs de symphonisme (japonais ou pas) pouvant être rebutés par cet aspect «terre a terre » tandis que ceux à la recherche de choses plus aventureuses passeront de toute manière rapidement leur chemin. Non, Wappa Gappa reste décidément une formation en marge au sein de notre courant, et à défaut de signer un grand album de rock progressif, propose là une œuvre finalement agréable et dénué de fautes de goût, ce qui n'est déjà pas si mal...
Clément CURAUDEAU
(chronique parue dans Big Bang n°54 - Juillet 2004)

